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100 badass du cinéma, épisode 11 : Darwin Joston, Clint Eastwood, Mel Gibson, Ralph Fiennes, Harrison Ford

100 badass du cinéma, épisode 11 : Darwin Joston, Clint Eastwood, Mel Gibson, Ralph Fiennes, Harrison Ford

Goooood moooorning, les aminches badassophiles (ou un truc dans le genre) ! On dévale l’autre versant de la montagne avec le début de cette troisième semaine et le listing des badass n°51 à 100… Et au programme de ce 11e épisode, explorons du tatoué, du pur et du brutal dans :  Assaut, La Maître de guerre, Mad Max 1 & 2 (bon ok et aussi un peu le 3), Bons baisers de Bruges et L’Empire contre-attaque. Allez, on y va !

51. Napoleon Wilson (Darwin Joston)

par John Plissken

FILM :  Assaut, de John Carpenter (Assault on precinct 13, 1976)

J’ai vu Assaut pour la première fois par une brûlante soirée de l’été 1986, sur Canal+. De Carpenter, j’avais déjà vu New York 1997 en salles et Halloween en vidéo, mais jamais n’avais-je alors vraiment pris conscience de son existence sous un angle cinéphilique. Avec Assaut, tout a changé. A 14 ans et demi je réalisai soudain, dans la foulée de ma surexcitation incontrôlable suscitée par ce chef-d’oeuvre qui obsédait mes pensées, qu’un seul et même homme avait orchestré (le mot n’est pas choisi au hasard) ces trois films définitifs à mes yeux. John Carpenter devint mon héros. Dans les mois et les années à venir, j’allais régulièrement griffonner son nom et celui de ses oeuvres en long, en large et en travers de mes cahiers de texte au lycée, bassinant mes camarades de classe avec ce réalisateur royalement ignoré par la presse de bon goût. Le terme “geek” n’allait s’épanouir dans le langage courant que vingt ans plus tard mais, oui, j’en étais assurément un et perçu comme tel. Pas simple pour choper de la boutonneuse avec ce genre de passion, mais passons !

Hommage de Carpenter au Rio Bravo de Hawks, le film reprend la même thématique du siège, transposée dans les quartiers chauds de South Central, Los Angeles, en pleines seventies déliquescentes pour l’Amérique. L’intrigue a tout du western que Carpenter rêve depuis toujours de réaliser : dans un commissariat en voie de désaffection, un groupe hétéroclite composé de deux détenus, d’un flic et de deux secrétaires va devoir s’unir pour résister toute une nuit à l’assaut du bâtiment par un gang déchaîné. Les assaillants veulent la peau du père de famille qui s’est réfugié au poste après avoir tué leur chef, qui lui-même avait abattu gratuitement sa petite fille en pleine rue. Le lieutenant Ethan Bishop refuse de livrer le malheureux aux agresseurs, les prisonniers Napoleon Wilson et Wells (Tony “l’entraîneur d’Apollo Creed” Burton) veulent juste sauver leur peau : flic et voyous n’ont pas d’autre choix que de s’allier pour rester en vie. Joué par le quasi-inconnu Darwin Joston, Napoleon Wilson est comme un brouillon du futur Snake Plissken. Sarcastique, énigmatique, individualiste mais un homme d’honneur assurément. Sa psychologie et son background nous sont livrés au compte goutte, à l’économie, Carpenter style. Le prologue nous apprend que Wilson est condamné à mort pour avoir buté quelques gars, on n’en saura pas beaucoup plus… Mais quel présence, quel charisme !

Et lorsqu’en pleine seconde attaque du Precinct 13, Bishop les libère, lui et Welles, de leur cellule, Napoleon Wilson saura montrer sa droiture morale en prenant les armes aux côtés de ses geoliers. Magnifique lancer de riotgun par Bishop, attrapé en plein vol par Wilson avant de faire feu in extremis sur trois assaillants ! Ce plan sur Wilson contemplant avec fascination l’engin de mort qui vient de lui sauver la vie restera un sommet de badassitude dans la carrière de Joston, qui n’a plus jamais retrouvé de rôle de cette envergure par la suite.

Carpenter lui fera faire un panouille dans Fog en médecin légiste, Lynch aussi dans Eraserhead, Joston recroisera également Austin Stoker dans le nanar Time Walker (1982) et trimballera sa carcasse dans diverses séries télé… Avant de se recycler (misère) dans le business de chauffeur à Hollywood, notamment sur les tournages du Clochard de Beverly Hills et Sailor & Lula. Darwin Joston sera emporté à soixante piges par une leucémie, le 1er juin 1998, dans l’indifférence quasi générale. Triste destin pour le noble chevalier d’Assaut qui, face à Laurie Zimmer, s’est livré dans le film à l’une des plus belles déclarations d’amour de l’histoire du cinéma. Un moment suspendu entre deux fusillades, tout en non-dit et regards complices, conclu par un bouleversant “je suis un homme sans avenir” adressé par Wilson à l’héroïque Leigh, qu’il aurait sûrement pu aimer et chérir dans une autre vie. Hé ouais les gars, parce qu’un badass, c’est aussi un putain de lover contrarié.

BADASS LINE : « got a smoke ? »

 

52. Sergent Tom Highway (Clint Eastwood)

par David Bianic

Le maître de guerre, de Clint Eastwood (1987)

« Va t’faire pomper l’dard et fais pas chier ! »

C’est probablement sur un malentendu que beaucoup d’entre-nous ont découvert Le maître de guerre en salles. De par son titre évocateur à la promesse de batailles retranchées épiques et une affiche glaciale, je m’attendais à assister à un film d’assaut. Pas du tout, Le maître de guerre s’avère en réalité plus proche d’un teen movie de lycée, dans le sens où les Marines font ici leurs classes, souvent contre leur gré, dans un rite de passage adolescent vers la badassitude. Dans le rôle du surveillant général vachard, Clint Eastwood ressort ici tout ce qu’il possède de plus grumpy en lui, nourri par des années d’Inspecteur Harry, et met tout ce potentiel de grincheux au service de son âge : du jeune réac’ au vieux réac. Un rôle qu’il allait endosser pendant les 20 années à venir entre ImpitoyableDans la ligne de mire et surtout Gran Torino.

Heartbreak Ridge, son titre original, évoque la bataille de Crèvecœur qui eut lieu lors de la guerre de Corée en 1951. Six jours et six nuits de combats dont la légende veut qu’un sergent de l’infanterie déclara “s’ils ne nous tuent pas, ils crèveront nos cœurs”. Le sergent Highway a connu la guerre, ses affres, et pour lui, elle ne s’est jamais vraiment achevée. Quand on lui propose de devenir sergent-maître et de faire de bleus-bites un vrai corps de Marines, Highway rempile pour la patrie, et son égo, aussi.

Sauf que cet authentique morceau de patriotisme en marche dévie très rapidement de sa course, pour donner lieu à un film éminemment comique, servi principalement par le duo Clint Eastwood-Mario Van Peebles, dans une relation père-fils plutôt bien sentie. Pourtant, en 1987, une vraie violence se dégageait du film, non pas dans l’action militaire mais dans les mots. Très, très cru, la langue des Marines est des plus fleuries et je rougissais alors presque à l’écoute des invectives très largement en-dessous de la ceinture, voire carrément scato, qui fusent à tout instant. Le film n’était définitivement pas à mettre entre les oreilles d’un kid de 12 ans pour peu qu’on souhaite lui éviter des heures de colle pour grossièretés répétées (rassurez-vous, ce ne fut pas le cas, j’étais un clean cut kid☺).

« Ce sera Lacolique, Couillon, Prophylactique et Ajax… Plus beaux que vous, on crève ! »

Pour en revenir à ce badass de Highway, Eastwood se délecte de jouer un tel anachronisme vivant. Highway ne comprend pas le monde qui l’entoure, en véritable relique qu’il est. Chargé d’inculquer un peu de discipline dans ce peloton de reconnaissance, Highway enchaîne les humiliations et les corvées, non sans lui-même devoir faire face à une contre-attaque musclée de son propre corps. Sueur, testostérone et gros biceps, les clichés macho-men sont tellement énormes que, 25 ans plus tard, tout cela sonne très crypto-gay. Highway devra alors mettre ses couilles sur la table pour montrer qui a les plus grosses baloches. Et, quand ses ouailles finiront par découvrir son passé militaire glorieux – la médaille d’honneur en Corée -, il les tiendra enfin par les gonades. Le maître de guerre, ce n’est que ça, une affaire de couilles.

Mais si les deux premiers tiers du film dézinguent surtout à coups de punchlines (au rythme de une par phrase !), le dernier morceau prend une tout autre tournure, plutôt risquée au sens filmique. Fini de rire, Le maître de guerre entre d’un coup un seul dans la vraie vie, dans la vraie guerre. C’est en effet l’intervention décidée en 1983 par Ronald Reagan sur l’île de la Grenade, l’opération Target Fury, qu’Eastwood fait entrer de façon abrupte dans son film et en bouscule les codes. Réussie ou pas, cette tentative de réalisme sur le tard du film introduit toute l’interrogation face à la filmo à venir du réalisateur : Eastwood joue-t-il de son message réaco-patriotique ou y croit-il à donf ? À vous de juger.

Badass-line(s) :  “Je suis l’sergent tirailleur Highway ! J’ai descendu plus d’bières, ramassé plus d’pêches, baisé plus d’poufiasses, émasculé plus de mecs, que vous tous ici bande de bleusailles !”

“Le père la colique te prévient qu’il est un père la colique fatigué, qui a des renvois de barbelé, qu’il pisse du napalm et qu’il te vide un chargeur dans le cul d’une mouche à 200 mètres, alors arrète de me peler le jonc, sinon, il va y avoir explication des gravures.” 

“J’suis pas v’nu ici pour qu’on s’fasse des toutouches sous la douche tas de cons ! Et j’ai pas envie de crever la gueule ouverte, dans un bled à Pétaouschnock parce que vous “no habla” comprende ?

 

 

 

 

53. Max Rockatansky (Mel Gibson)

 

par David Mikanowski

FILMS : Mad Max (1979) et ses suites Mad Max 2, le défi (Mad Max 2, 1981), Mad Max : au-delà du dôme du tonnerre (Mad Max Beyond Thunderdome, 1985)

Mad Max, premier du nom, a failli ne jamais sortir en France. Heureusement, après trois ans d’interdiction, ce film “ixé” pour violence débarque enfin sur les écrans en janvier 1982, amputé de sept minutes trente ! À l’époque, les distributeurs français pensent intituler le film… “Matière hurlante”.

Grâce au changement de gouvernement et suite au succès de Mad Max 2 en août 1982, Mad Max ressort en version intégrale dès janvier 1983. Le long métrage est hélas toujours interdit au mineur (ce qui contribue à établir sa réputation). Âgé seulement de 12 ans, je désespère de voir un jour cette série B furieuse et paroxystique, ce fleuron de l’Ozploitation, qui “attire voyous et délinquants.” Je tente de m’infiltrer dans une salle de banlieue, mais la caissière du cinéma me refoule à l’entrée, après avoir contrôlé ma carte d’identité. J’enrage d’autant plus que j’ai déjà vu Mad Max 2 plusieurs fois de suite quelques mois auparavant (cette suite n’a écopé que d’un simple avertissement).

Une affiche, c’est la promesse d’un rêve. Et la tagline de Mad Max disait : “Quand la violence s’empare du monde, priez pour qu’il soit là…”. Et moi aussi j’ai prié, prié, pour découvrir ce road movie mythique. Hélas, ce sont mes parents qui s’en sont mêlés en demandant au responsable de leur vidéoclub de NE PAS ME LOUER CE FILM ULTRAVIOLENT ! Autant dire que le guerrier de la route était devenu mon Arlésienne. Ma quête du Graal. Un pur fantasme. Une dangereuse obsession.

Un jour d’été, profitant que mes vieux étaient partis en vacances, j’ai réussi à me procurer en douce une cassette Warner qui proposait une version intégrale – mais Pan & Scannée (recadrée) – du film australien. Le soir, seul à la maison, j’enclenche, tout tremblant, la VHS dans le lecteur et j’attache ma ceinture de sécurité. Autant vous dire que je n’ai pas été déçu.

Dans un futur proche, des bandes de motards font régner la terreur. Tout de cuir vêtu, Max, un flic pur et dur, les traque au volant de son Interceptor, un bolide noir aux huit cylindres en V (une Ford Falcon XB Coupe 351, avec compresseur et moteur modifié qui suce de la nitro !). Mais les punks font cramer son meilleur ami, Jim Goose, puis écrasent sa femme et son enfant en bas âge. Anéanti, le policier bascule dans la folie meurtrière. Les mains crispées sur le volant de son V-8, il élimine méthodiquement tous les membres du gang. Sa vengeance sera terrible. Il n’y a guère qu’à Johnny the Boy (qui ressemble étrangement à Sid Vicious, le bassiste des Sex Pistols) qu’il laissera le choix : bruler vif ou se couper la cheville avec une scie ! Badass or not ?

J’ai entendu des réflexions imbéciles sur l’idéologie douteuse du premier Mad Max, que certains ont vite taxé de film fasciste prônant l’autodéfense et l’apologie de la violence. Son réalisateur, George Miller, se défend : “Il n’y a quasiment pas une goutte de sang dans mon film. Tous les effets violents ont été réalisés au montage. Ici, la violence est davantage psychologique”. Miller a pratiqué la médecine avant de se tourner vers le cinéma. Travaillant aux urgences dans un grand hôpital, il était en contact quotidien avec les accidentés de la route. “Il y a en Australie une civilisation de l’automobile comme aux États-Unis celle de l’arme à feu. C’est un pays avec un taux impressionnant de morts par accident de voiture. Et Mad Max est un spectacle qui a la force d’impact d’un car crash.” On voit d’ailleurs dans le film des cascades automobiles qui ne respectent guère les codes de sécurité les plus élémentaires (un cascadeur l’a d’ailleurs payé de sa vie).

Max-le-dingue doit aussi beaucoup à un jeune acteur inconnu de 23 ans, qui deviendra par la suite une star internationale : Mel Gibson. Regard bleu acier, le jeune comédien est en effet incroyablement charismatique dans la peau de cet antihéros névrosé. Trait d’union entre Dirty Harry et Judge Dredd, ce personnage eastwoodien sera de retour dans une suite très différente, mais encore plus réussie : Mad Max 2, le défi. Un avertissement Dolby Stereo aux portes du 21e siècle. Dans un monde post-apocalyptique, les réserves de pétrole sont presque épuisées. Max erre sur les routes désertiques, jonché de tôles calcinées, à la recherche de carburant. Pour quelques gouttes d’essence, il est amené à défendre la raffinerie d’une communauté de survivants. Des hippies assiégés par une horde de barbares motorisés, menés par une montagne de muscles au masque de fer, sorte d’Attila irradié, Humungus (“Gloire et honneur au Seigneur Humungus, Ayatollah suprême des rock and rollers”).

Ce western futuriste, qui remplace les indiens par des punks iroquois aux engins délirants, offre des cascades stupéfiantes et des courses-poursuites filmées au ras du bitume. George Miller confère un rythme survolté à cet Apocalypse Now auto-moto. Véritable épopée de fer, de sang, de fureur et de vrombissements. Car il y a une économie de gestes et de mots (mais aussi de gas-oil !) dans ce film où même le générique est expédié en 60 secondes chrono. Toujours aussi taciturne, le road warrior y croise un enfant sauvage, armé d’un boomerang chromé aux bords tranchants comme un rasoir. Accompagné d’un chien, il affronte aussi des brutes SM et des mutants géants, bardés de chaînes, de bottes, de cuir clouté. Tout un Barnum qui inspirera de nombreuses bandes ritales dégénérées, copiant sans vergogne la saga et son lot de punks albinos. En 1982, au Palais des Sports, Johnny Hallyday, recouvert d’une peau de bête, pompe aussi dans son show l’univers mad-maxien. Suivra l’infâme Terminus en 1987 avec le même affreux jojo.

Le héros asexué (car en matière de sexualité, Max n’a eu aucun rapport depuis la mort de sa femme…) sera de retour en 1985 dans Mad Max : au-delà du dôme du tonnerre. Reconverti en chamelier du désert, les cheveux longs, Maxouille est pris pour un messie par une colonie d’enfants sauvages, qui vont redonner un peu d’humanité au personnage (rassurez-vous, ils meurent presque tous). Miller s’inspirerait-t-il de Sa majesté des mouches ? À Bartertown, Max devient aussi un gladiateur, participant à des jeux du cirque futuristes, pour le compte d’Aunty Entity (Tina Turner), une femelle qui règne sur la ville du troc. On trouve également un substitut au pétrole : l’excrément de porcs que l’on transforme en méthane ! Enfin, le méchant est interprété par Angry Anderson, le chanteur chauve et tatoué du groupe de hard rock Rose Tattoo ! Plus aseptisé et “américanisé”, ce troisième volet, émaillé par quelques longueurs (un comble pour une série basée sur la vitesse), déçoit quelque peu. Le compositeur Brian May est d’ailleurs remplacé par Maurice Jarre et le Royal Philarmonic Orchestra (plus prout prout). Le film offre heureusement une longue poursuite finale qui renoue avec la tradition. Et la mise en scène de George Miller est toujours aussi extraordinaire (il a curieusement réalisé le film avec un certain George Ogilvie).

Près de trente ans plus tard, le roi de l’asphalte s’apprête à faire son come-back dans Mad Max : Fury Road, sous les traits iconiques de Tom Hardy (Mel étant devenu Mad pour de bon !). Prévu pour 2014, ce blockbuster à 100 millions de dollars est actuellement en postproduction. On retrouve au casting Charlize Theron, Nicholas Hoult, Zoë Kravitz et la meuf de Jason Statham, Rosie Huntington-Whiteley. L’intrigue est tenue encore secrète… mais les véhicules ont l’air dément et George Miller, qui a abandonné cochons (Babe et sa suite) et manchots (la série Happy Feet), est revenu derrière la caméra. Max comme maximum ? On allume un cierge. La ligne d’horizon est la seule limite.

Max mon amour, je vais encore regretter de ne jamais avoir décroché mon permis de conduire !

Badass Line : Max est un taiseux. Il n’a que faire des punchlines imbéciles (il laisse ça à Schwarzenegger). Il est libre, Max ! Y’en a même qui disent qu’ils l’ont vu voler.

NdA : Cet article est dédié à la mémoire de l’associé de George Miller, le producteur Byron Kennedy, mort tragiquement dans un accident d’hélicoptère en 1983.

 

 

54. Harry Waters (Ralph Fiennes)

par Dominique Montay

FILM :  Bons baisers de Bruges, de Martin McDonagh (In Bruges, 2008)

Harry Waters, un mec sympa

Il fut un temps où Ralph Fiennes était un héros romantique tourmenté dans des productions parfois pompeuses comme Le Patient Anglais, cyber-punks avec le très mésestimé Strange Days de Kathryn Bigelow, ou juste bouleversante comme The Constant Gardener. Puis il a perdu sa crinière blonde d’adolescent romantique.

Depuis quelques années, la carrière de Ralph Fiennes a prit un virage, pour le plus grand plaisir des cinéphiles. Maintenant, il joue les personnages durs. La mâchoire serrée et le regard bleu perçant, il décontenance, assoit sa supériorité, vole les scènes de ses collègues comédiens.

Dans In Bruges, Fiennes joue le rôle d’Harry Waters, chef de mafia inflexible. Un malfrat terrifiant, qui vit selon un code d’honneur très strict, que le jeune Ray (Colin Farrell, lui aussi excellent) a transgressé, même si c’était involonte. Fiennes joue un rôle taillé pour un grand, riche en contradictions.

S’il est un assassin implacable, Waters est un esthète. Il envoie Ray et Ken (Brendan Gleeson, formidable lui aussi, décidément, quel casting…) à Bruges. Pourquoi Bruges ? parce qu’il pense leur faire un beau cadeau. Pour lui, c’est une cité merveilleuse, la plus belle du monde. Et quoi de plus beau qu’une ville magnifique pour mourir.

D’abord intervenant dans des télégramme dont certains sont à mourir de rire, tant le décalage entre la volonté d’Harry et son propos est manifeste, il est ensuite entendu au téléphone. Dans cet échange, je croyais entendre un autre comédien que Fiennes, le grand Ben Kingsley. Une voix sèche, grave, emprunte de violence. La surprise fut grande en découvrant Ralph Fiennes, le regard saisissant, la bouche finement fermée, prêt à exploser.

Son arrivée à Bruges lance le film dans une tout autre dynamique, bouleverse l’ordre établi sans changer le ton. Tel un Terminator capable de s’émouvoir face à la beauté d’une cité médiévale ou du destin d’un enfant, il vient avec un seul but en tête: éliminer celui qui a transgressé son code d’honneur.

Sa fin reste une des plus mémorables du cinéma. [GROS SPOILER] Alors qu’il s’apprête à en finir avec Ray, qu’il accuse d’avoir tué un enfant lors d’une mission, Harry tire sur… un nain. Mais, persuadé d’avoir tué un enfant, il retourne l’arme contre lui, et se donne la mort. Une fin qui pourrait être grotesque si elle n’était pas aussi brillamment écrite, et si elle ne révélait pas la profondeur de son personnage, un homme d’honneur parmi les malfrats.

badass line, quand un vendeur d’armes lui propose un Uzi : “I’m not from South Central Los Angeles and I’m not planning to mow down a bunch of ten-year old black kids in a drive by.  I need a normal gun for a normal person.”

 

55. Han Solo (Harrison Ford)

par Kasilla

FILM : Star Wars épisode V, L’Empire contre-attaque, d’Irvin Kershner (1980)

Je fais partie de cette génération qui a grandi avec Star Wars, mais qui n’a pas eu la chance de le découvrir au cinéma (je suis née l’année de sortie de La Guerre des Etoiles sur les écrans français). Ma première prise de contact avec cet univers fantastique s’est donc faite à la télévision, dans les années 80. Et dès le départ, ce fut le choc… La gamine curieuse que j’étais s’est tout de suite prise de fascination pour Dark Vador (tel qu’on le nommait alors), mais celui qui m’attirait le plus était bien entendu le contrebandier Yan Solo (prénom légèrement déformé dans la VF).

Harrison Ford n’était pas le premier choix de Georges Lucas, qui avait hypothéqué jusqu’à sa propre demeure pour financer Star Wars et devait impérativement composer un casting sans faute. Le jeune réalisateur avait ainsi proposé le rôle de Solo à d’autres acteurs plus en vue comme Al Pacino, Kurt Russell, Christopher Walken ou Burt Reynolds. C’est finalement ce dernier qui sera sélectionné mais lorsque Ford se retrouve avec le script en main, il sait que ce personnage est pour lui : il fera tout pour convaincre Lucas de le lui céder, malgré les réticences du réalisateur à retravailler deux fois avec le même acteur (il avait déjà dirigé Ford dans American Graffiti). Mais lorsque Burt Reynolds se désiste, Lucas recontacte Ford pour finalement lui proposer le rôle… un sacré coup de chance (ou un coup de pouce de la Force ?) !

Bien lui en a pris : Harrison Ford joue à la perfection sa partition de pistolero mauvais garçon au grand coeur, uniquement intéressé par l’argent dans le premier volet pour ensuite accéder au statut de héros sentimental et sacrificiel dans L’Empire contre attaque. Dans ce chef-d’oeuvre, la scène de la cryogénisation de Solo, livré par Vador au chasseur de primes Boba Fett, sous les yeux terrifiés de Leia, reste l’un des moments les plus poignants de toute la saga. Dans une atmosphère pesante, amplifiée par de faibles lumières pourpres et baignée d’une mélodie déchirante  signée John Williams, Han est emmené vers l’appareil qui doit le congeler… ou le tuer. Leia lui adresse alors un regard lourd de tristesse et d’inquiétude et c’est après un baiser fugace que s’inscrit la phrase qui résume à elle seule à mes yeux leurs personnalités respectives : “Je t’aime” lui dit-elle, “Je sais” répond-il. Leurs regards se suivent durant la lente descente d’Han dans la machine (et là on sort tous les mouchoirs)… Argh, c’en est trop j’arrête, où sont mes Kleenex ?!

BADASS LINE :  « I know » (et oui, encore !)

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