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100 badass du cinéma, épisode 14 : Kevin Bacon, Robert Shaw, Seiji Miyaguchi, Brandon Lee, Michael Caine

100 badass du cinéma, épisode 14 : Kevin Bacon, Robert Shaw, Seiji Miyaguchi, Brandon Lee, Michael Caine

Au programme du jour :  du badass dans Death Sentence, Les Dents de la mer, Les Sept Samouraïs, The Crow et La loi du milieu. Faites vos jeux !

66. Nick Hume (Kevin Bacon)

par Sheppard

FILM :  Death Sentence, de James Wan (2007)

Vaguement basé sur le roman de Brian Garfield Death Wish, Death Sentence aurait pu (dû ?) s’appeler History of Violence tant James Wan analyse avec une précision et une maîtrise éblouissante la chute d’un homme sans histoire vers la violence la plus radicale. Cet homme, c’est Nick Hume (Kevin Bacon), un col blanc, père de famille, dont la vie va basculer le soir où il assiste impuissant au meurtre de son fils aîné. D’abord confiant envers la justice de son pays, il va consciemment mentir au procès de l’assassin de son fils afin d’assouvir son désir de vengeance.

Le film sombre alors dans une noirceur rarement atteinte pour un « vigilante » et qui ferait passer le film Death Wish de Michael Winner, pour une promenade de santé. Si Kevin Bacon prend des allures presque iconiques lors de son premier meurtre, la métamorphose de Hume devient de plus en plus effrayante au fur et à mesure de sa descente aux enfers. Bientôt le bon père de famille qui tente de protéger les siens, laisse place à un assassin déterminé, méticuleux et sans pitié. Lorsque la vengeance confine à la folie meurtrière, et rien, ni personne n’est épargné.

L’interprétation de Kevin Bacon est tout aussi méticuleuse. Il fait passer son personnage par toutes les phases de la haine avec une telle précision qu’on finit par se demander si ce tueur au crâne rasé qui apparaît lors de la tuerie finale, n’est pas la véritable nature de Hume, ou tout du moins sa part de ténèbres devenue libre et incontrôlable.

Plus qu’un simple « vigilante », Death Sentence est une véritable tragédie sur la métamorphose d’un homme ordinaire en machine à tuer. Et comme dans toutes les bonnes tragédies, sa chute n’est pas le fait de la société ou du monde, mais de lui-même.

 BADASS LINE : « The equation. Sometimes it’s… just chaos. That’s all there is. »

 

 

67. Quint (Robert Shaw)

par John Plissken

FILM : Les Dents de la mer, de Steven Spielberg (Jaws, 1975)

En raison du temps extrêmement limité dont dispose hélas votre serviteur au moment où il tape frénétiquement ces lignes, ce badass-là sera beaucoup plus expéditif qu’à l’accoutumé et  OUI JE SAIS, c’est d’une injustice cruelle pour le majestueux Robert Shaw. Il mériterait un livre à lui tout seul pour son interprétation inoubliable du chasseur de requin au long cours Quint, pièce maîtresse et certainement le personnage le plus extraordinairement fascinant du chef-d’oeuvre de Spielberg. Shaw, vétéran du cinoche depuis les années 50, réputé casse burne sur les plateaux mais acteur d’immense talent, n’était pourtant que le troisième choix de Spielberg, qui avait initialement jeté sans succès son dévolu sur Lee Marvin puis Sterling Hayden.

Le tournage des Dents de la mer fut, comme on le sait, un cauchemar pour Spielberg, le pire de toute sa carrière et le réalisateur en garda durant de longues années un véritable ressenti vis à vis du film. Parmi les innombrables galères :  Robert Shaw. Le comédien ne faillit pas à sa réputation de prima donna ingérable et importa sur le plateau ses problèmes d’alcoolisme, ajoutant une tension supplémentaire là où Spielberg n’en avait vraiment pas besoin. Shaw détestait Richard Dreyfuss et, dans le film, l’initimitié entre les personnages de Hooper (Dreyfuss) et Quint n’est pas vraiment feinte. La scène-clé du récit de Quint sur le naufrage de l’Indiana, en partie écrite par John Milius, fut au départ une catastrophe, toutes les prises de Shaw étant inutilisables au vu de l’état d’ébriété avancée de l’acteur ce soir-là. Conscient d’avoir merdé, Shaw mit tout de même de l’eau dans son vin (si je puis dire, ahem…) et demanda à Spielberg de recommencer la scène le lendemain, avec le résultat fabuleux que l’on sait. Poivrot peut-être, mais professionnel encore plus.

A l’écran, Robert Shaw est autant un pilier  émotionnel de Jaws qu’une véritable attraction. A l’image de sa première apparition dans le film (des doigts crissant sur un tableau), il polarise inexorablement l’attention par ses vociférations, son chaleureux argot (magnifique VF d’origine) et sa gouaille permanente. Sa part de ténèbres, il nous la révèle lors de cette glaçante anecdote de l’Indiana, fondation de sa haine recuite du requin renvoyant directement à l’obsession d’Achab pour Moby Dick. Robert Shaw s’y montre prodigieux, d’une justesse terrible et nous impose le silence comme à ses deux compagnons de chasse, médusés. Le badass marin achèvera de s’octroyer une place au soleil dans nos mémoires avec l’atroce disparition de Quint dans la gueule du requin soupe au lait. La mâchoire du monstre se referme, celle de Quint s’ouvre grand pour pousser le plus traumatisant des cris. Une fin opératique à la mesure de ce loup de mer hors norme, boulotté par son pire ennemi.

BADASS LINE :  « $10,000 for me by myself. For that you get the head, the tail, the whole damn thing« 

 

68. Kyuzo (Seiji Miyaguchi)

par Gilles Da Costa

FILM : Les Sept Samouraïs,d ‘Akira Kurosawa (1954)

Dans ce colossal chef-d’oeuvre d’Akira Kurosawa, Kyuzo est sans aucun doute le plus badass des sept épéistes. Dés son introduction dans le village où le vétéran Kambei Shimada part recruter ses alliés afin de protéger des paysans menacés par une bande de voleurs, le ton est donné. Alors qu’il s’entraîne au maniement du katana en compagnie d’un autre samouraï, Kyuzo cède à la provocation de ce “sparring-partner” le jugeant inférieur et n’hésites pas à le pourfendre dans le sens de la longueur d’un mouvement de lame pur et parfait pour lui faire comprendre son erreur. Kyuzo est un rōnin (samouraï solitaire ne servant ni clan, ni seigneur) mutique concentrant tout son temps et son énergie au perfectionnement de son art. Il représente la figure la plus noble du samouraï en ce sens qu’il ne ressent jamais le besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Sa discrétion et sa modestie soulignent avec force sa supériorité. Il est conscient d’être le meilleur mais sa plus grande force est de ne pas le montrer.

Dégageant une certaine mélancolie, on imagine que Kyuzo porte sur la conscience un nombre de cadavres considérable. Il semble hanté par un lourd passé, condamné à servir les plus nobles causes pour expier ses fautes. Outil au service du bien, il frappe en silence avec l’assurance de celui qui n’a plus rien à perdre. Ainsi lorsque l’armée de fortune des sept samouraïs se retrouvent acculée dans sa forteresse improvisée par des voleurs disposant de mousquets, Kyuzo se porte naturellement volontaire afin de ramener ces armes à feu entre les mains de ses alliés. Il part seul dans la nuit en direction des lignes ennemies pour ne revenir que le lendemain matin, fusils en main, devant les yeux ébahis et admiratifs des hommes de son camp. Impassible, il ne réclame aucune reconnaissance ou accolade. Kyuzo se contente de s’asseoir calmement, katana sur l’épaule, pour dormir du sommeil du juste. Ce n’est que devant la fascination du jeune Okamoto Katsushiro qu’il esquissera un sourire discret trahissant son humanité, sans doute amusé par cette reconnaissance de sa maîtrise.

Hommage doit être rendu à l’immense acteur Seiji Miyaguchi qui, par son jeu sobre et son visage émacié taillé à la serpe, impose ce personnage par la seule force de son charisme. Une fantastique performance de la part d’un acteur qui retrouvera le maître Kurosawa quelques années plus tard en 1957 dans un autre monument du cinéma japonais : Le château de l’araignée.

 

BADASS LINE : « Killed Two. »

 

 

69. Eric Draven (Brandon Lee)

par Kasilla

FILM : The Crow, d’Alex Proyas

En cette an de grâce 1994, j’ai 16 ans. Aaahh 16 ans (soupir), cet âge où l’on se sent si différent, si incompris, où l’on est à la fois idéaliste, rêveur et un peu mélancolique. Autant dire que le film The Crow est sorti exactement au moment où j’étais le mieux à même de l’apprécier certainement. Un antihéros choisi par un étrange corbeau, une âme en peine toute de noir vêtue et en quête de vengeance. Interprétée par le regretté Brandon Lee en tête d’affiche, cette adaptation dirigée par Alex Proyas a permis à toute une génération de découvrir cette histoire d’amour et de mort, ainsi que cet acteur impressionnant de charisme qu’était Lee.

Mais The Crow, c’est avant tout un comic-book, intégralement en noir et blanc, aux traits vifs, crée par James O’Barr, dessinateur au combien encensé par les fans du genre et vénéré par la communauté Gothique. Car l’histoire d’amour qu’il raconte est triste à en mourir : deux âmes soeurs, deux destins tragiques et une créature ailée – un corbeau – qui ramène l’homme d’entre les morts, Eric Draven… The Crow. Brandon Lee était idéal pour ce rôle : à la fois grand, sportif (il pratiquait plusieurs arts-martiaux depuis l’âge de 4 ans, normal me direz vous vu le paternel…) et acteur par vocation puisqu’il avait choisi la voie de l’Actor Studio pour tenter de suivre les traces de son père, mort lorsqu’il avait 8 ans. Sa belle gueule et sa légère mélancolie ont certainement fini de convaincre Proyas de lui confier le rôle titre du film. Investi de certains pouvoirs, dont l’invincibilité, Eric Draven va utiliser cette seconde chance pour se venger de ceux qui ont assassiné sa fiancée et brisé son bonheur, en cette terrible Nuit du Diable.

Rythmée par une bande-son à base de Rage Against the Machine, The Cure,The Smashing Pumpkins, Pantera et Nine Inch Nails entre autres, cette histoire à la fois belle et tragique sera hélas doublée d’une autre tragédie, bien réelle celle-ci :  le décès de Brandon Lee en plein tournage, victime d’un tir à balle réelle lors d’une scène de fusillade alors que l’arme du tireur était supposée chargée à blanc. Une sinistre (et assez mystérieuse) boulette d’accessoiriste et un drame qui, d’une façon horrible, apporta une dimension ‘éternelle’ au film. The Crow restera ainsi la dernière apparition de Brandon Lee, talent si prometteur fauché en plein envol. Le comic book eut une suite, le film aussi (on se crève les yeux, merci…), mais aucun d’entre eux ne parvint à atteindre la dimension poétique (O’Barr est un inconditionnel d’Edgar Allan Poe) de ce premier opus, seul et unique digne de ce nom d’après ses nombreux fans (et moi je pleure toujours à la fin – “Real Love is forever”).


BADASS LINE : « Mother is the name for God on the lips and hearts of all children… do you understand ?« 

 

 

70. Jack Carter (Michel Caine)

par Sheppard.

FILM :  La Loi du milieu, de Mike Hodges (Get Carter, 1971) 

Avec son physique de comptable et sa carrure en fil de fer, Michael Caine pourrait sembler être le dernier acteur à figurer sur une liste de Badass. Et pourtant, en interprétant Jack Carter, il a non seulement créé l’un des Badass les plus mémorables de l’histoire du cinéma anglais, mais il a en plus définitivement changé la vision du gangster à l’anglaise, et ce pour plusieurs générations.

Il faut dire que Caine s’est énormément investi dans le film. Sa stature de star internationale grâce à Alfie, The Italian Job et The Ipcress File, lui permet d’obtenir sans problème une part dans la production. Bien que non crédité au générique, c’est tout de même son premier film en tant que co-producteur, comme il s’agit du premier film du réalisateur et scénariste, Mike Hodges.

Mais l’investissement de l’acteur dépasse celui de la production, il s’agit aussi d’une volonté personnelle d’incarner un gangster au plus près de la réalité. Jusqu’ici, les gangsters des films anglais étaient soit idiots, soit drôles. Or selon Caine, les véritables gangsters ne sont pas des idiots et bien sûr, loin d’être des rigolos. Du fait de son enfance passé dans les quartiers sud de Londres, Caine a une bonne connaissance de la pègre londonienne. A vrai dire, Caine aurait pu facilement devenir Carter s’il n’avait pas choisit de devenir acteur et c’est cela qu’il l’a intéressé de prime abord. « Je le connais bien. Il est le fantôme de Michael Caine », confie l’acteur à son biographe Michael Freedland (Michael Caine : a biography, 2000).

Toujours par souci de réalisme, Caine obtient d’Hodges deux ou trois changements dans le script et dans la manière de jouer le personnage de Jack Carter. Le script d’origine contenait des scènes de violence beaucoup plus explicites. Or selon Caine, ses scènes ne correspondait en rien à la réalité. En effet, Jack Carter n’est pas le genre de type à mettre 30 bourre-pifs quand un seul suffit. L’homme a de la retenu et ses accès de violence sont calculés, comme ses affaires. Il fit aussi couper pas mal de punch-lines de façon à lui donner un aspect plus froid et plus dur.

Au grand regret de Caine, Get Carter ne reçu pas le succès escompté au box office. Il acquis néanmoins avec l’âge un statut de film culte auprès d’une future génération de réalisateur comme Guy Richie et Quentin Tarantino, projetant de surcroît cette immense acteur qu’est Michael Caine au rang de Badass du Daily Mars et ça, c’est la classe !

BADASS LINE : « I’m the villain in the family, remember? »

 

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