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100 badass du cinéma, épisode 16 : Christopher Walken, Frances McDormand, Chiwetel Ejiofor, Mickey Rourke, Rutger Hauer

100 badass du cinéma, épisode 16 : Christopher Walken, Frances McDormand, Chiwetel Ejiofor, Mickey Rourke, Rutger Hauer

Les badass, dernière semaine ! Avec au programme du jour : du badass mafieux, du badass enceinte, du badass expert en jiu-jitsu, du badass à Chinatown et du badass androïde. Bref, du Badass en folie ! Tiens, ça me rappelle ce film de Claude Zidi… heu…

 

76. Frank White  (Christopher Walken)

par Sheppard

FILM : The King of New York, d’Abel Ferrara (1990)

Dans le 8ème épisode de la 2de saison d’Inside The Actors Studio, Christopher Walken parle de son personnage comme d’un grand oiseau blessé, que personne, ni homme, ni animal, n’ose approcher. Cette image résume peut-être au mieux qui est véritablement Frank White, un parrain de la drogue pris entre son instinct de tueur et son empathie sociale. Après avoir purgé une peine de prison que l’on devine longue, Frank White revient vers les siens pour récupérer ce qui lui appartient, son royaume. Mais le roi est fatigué et s’il veut reprendre son royaume ce n’est que pour mieux le dilapider et enfin réaliser son rêve : construire un hôpital pour les pauvres.

Il y a des rôles qui collent tellement à un acteur que lui-même semble avoir été spécialement conçu pour les incarner. Cette combinaison entre l’intense et l’énigmatique, le tueur implacable et le politicien, le maître du crime et le philanthrope, personne ne pouvait mieux la matérialiser que Christopher Walken. Rien qu’avec son élégance naturelle, sa démarche aérienne, son visage émincé et son regard perçant, il parvient à insuffler en un seul plan toute la dualité du personnage. Les longues pauses qu’il prend, contemplant du haut de sa suite d’hôtel le vaste étendu de son royaume conquit dans le meurtre et le sang, alors que lui, Frank White, ne voit finalement que son hôpital ; tout cela transparaît rien que dans l’incroyable jeu corporel de l’acteur. Walken ne s’est jamais autant servi de son corps et de son passé de danseur pour jouer un personnage.

Et puis il y a cette diction, lente, posée, qui est celle du criminel, mais qui cache aussi une profonde tristesse. Le génie de Ferrara est d’avoir conçu un meurtrier qui déteste son métier mais qui n’éprouve aucun remord à le faire, car, comme il aime à le répéter, il n’a jamais tué personne qui ne le méritait pas. Frank White est un démon convaincu de faire le bien et The King of New York est son requiem, son opéra funèbre. De la plénitude de la suite royale du Plaza, au bruit assourdissant du métro, l’oiseau tente de reprendre son envole et il n’y arrivera pas. Les charognards sont là, mais aucun n’ose porter le coup fatal, personne n’ose s’approcher. Frank White meurt seul à l’arrière d’un taxi mais même mort, on peut encore voir son aura de peur, de mort et de tristesse flotter autour de lui. Même mort, ni homme, ni animal n’ose encore s’approcher de lui.

BADASS LINE : « I never killed anybody who didn’t deserve it« 

 

77. Marge Gunderson (Frances McDormand)

par Dominique Montay

FILM :  Fargo, de Joel et Ethan Coen (1996)

Marge Gunderson est un personnage qu’on croirait issu d’une collection littéraire. Fargo n’en serait qu’un opus parmi d’autres. Les aventures de Marge Gunderson raconteraient les enquêtes du plus poli policier de l’histoire. Une femme douce et prévenante, image de la mère parfaite. Sauf que son métier, c’est mettre sous les verrous des sales types, des ordures.

Dans Fargo, Gunderson est enceinte. Quand elle se penche sur la neige, ça n’est pas parce qu’elle a trouvé un indice capital, mais parce qu’elle s’apprête à vomir. A la gentillesse naturelle de Gunderson, sa perspicacité et son intelligence s’oppose la bêtise crasse des malfrats qu’elle poursuit dans ce film.

Carl Showalter (Steve Buscemi) et Gaear Grimsrud (Peter Stormare) sont deux porte-flingues débiles qui vont commettre les pires atrocités pour un butin de 80 000 $. Tout ça à cause de Jerry Lundegaard (William H. Macy), vendeur de bagnoles qui a des soucis d’argent, et qui a la brillante idée de faire kidnapper sa femme pour faire cracher son beau-père.

Les idiots dépassés par le crime, les Coen n’arrêtent pas d’en mettre en scène, et Fargo nous en montre une belle collection. Le personnage qui tranche le plus, qui impressionne par sa prestance et sa qualité humaine, c’est bien Gunderson. Si elle est “badass”, c’est parce qu’elle impose le respect, parce qu’elle étale sa bonté et son humanité tout le long du film tout en restant cool. Impossible de ne pas adorer Marge Gundarson.

Pour ce rôle, Frances McDormand gagnera un Oscar bien mérité. Ethan et Joel Coen (le second est aussi son mari), lui ont offert le rôle de sa vie. Ce flic tellement plus intelligent que les autres, qui avance l’air de rien avec son attitude désarmante…

Quelques années plus tard, les Coen resserviront un personnage similaire à Gunderson. Dans No Country for Old Men, le shérif Bell (Tommy Lee Jones) fait face à un meurtrier terrifiant, Anton Chigurh (Javier Bardem). Comme Gunderson, il est un personnage normal à la poursuite d’anormaux. Comme elle, il ne comprend pas la violence qui l’entoure.

Gunderson, après nous avoir fait vibrer et rire, nous donnera un monologue final poignant. Contrepoint à la violence à laquelle nous venons d’assister (très graphique et drôle), elle nous rappelle à quel point tout cela a été vain. Tant de morts pour si peu. Un monologue mémorable… (qu’on cite partiellement en badass line)

BADASS LINE : “ And for what? For a little bit of money. There’s more to life than a little money, you know. Don’tcha know that? And here ya are, and it’s a beautiful day. Well. I just don’t understand it.

 

78. Mike Terry (Chiwetel Ejiofor)

par Sheppard

FILM : Redbelt, de David Mamet (2008)

Redbelt n’est pas un film d’art martial. C’est un film sur les arts martiaux construit comme un film de samouraï. En ce sens, ce pourrait presque être un film de Kurosawa tant il aborde des thèmes chers au réalisateur japonais et tant son personnage principale porte en lui les caractéristiques du héros kurosawaien.

Professeur de Jiu-jitsu, Mike Terry est d’un naturel contemplatif, dernier garant d’une philosophie et d’un mode de vie en totale opposition avec les exigences du monde moderne. Frappé de plein fouet par la mort de l’un de ses élèves, Terry perd pied et se laisse séduire par l’appât du gain et de la célébrité. Il dérape et se laisse entraîner dans une rixe de bar. Il s’affiche avec des gens pour qui le Jiu-jitsu est un spectacle, un business, un sport de combat. Alors que pour lui, il n’a jamais été question de combat, mais de défense, de sagesse, de contrôle de soi où l’utilisation de la force n’est pas une option, ni un spectacle, mais un ultime recours.

Poussé dans ses derniers retranchements, il lui faudra l’aide d’une jeune avocate, elle aussi complètement perdue et incapable d’affronter le monde moderne, pour reprendre confiance. Dans une scène finale d’une puissance incroyable, Terry part seul à la reconquête de sa vie et de son honneur, laissant quasiment sur place tous ceux venu l’en empêcher. Il devient alors l’incarnation même de sa discipline, il se transforme en héros magnifique que rien ne peut arrêter. Car il ne se bat pas pour gagner, il se bat pour lui-même, pour ne plus jamais à avoir à se battre. N’est ce pas là après tout la finalité de tout Badass ?

BADASS LINE : « The hands are not the issue. The fight is the issue. The battle is the issue. Who imposes the terms of the battle will impose the terms of the peace. « 

 

79. Stanley White (Mickey Rourke)

par Sheppard

FILM : L’année du dragon, de Michael Cimino (Year of the Dragon, 1985)

Mickey Rourke a la trentaine lorsqu’on lui propose le rôle de Stanley White. Supposé être de quinze ans son aîné, le talent conjugué d’Oliver Stone, de Michael Cimino et bien sûr de Mickey Rourke vont faire de White, un homme sans âge.

Stanley White est un fantôme. Avec son chapeau mou, son pardessus et son attitude de cow-boy, il est le spectre d’une Amérique vivant dans le fantasme d’un classique en noir et blanc où l’on savait encore distinguer le sheriff du truand, le gentil du méchant, le bien du mal. Il est le spectre d’une Amérique qui était encore peuplée d’américains, et non d’italiens, de chinois ou d’irlandais.

Vétéran d’une guerre qui paracheva de mettre en pièces le rêve américain, Stanley White est aussi le fantôme d’une guerre qu’il a déjà perdu, mais qu’il continue de mener seul. Une guerre qui n’est que la vengeance d’un homme fatigué, usé, largué, paumé dans un monde dont il ne comprend ni les valeurs, ni le fonctionnement. Une vengeance mue par les mêmes convictions de justice et de droit qu’un GI Joe parti à la reconquête de son pays, fantasmée comme un film de cow-boy, mais qui se heurte systématiquement à la réalité de son époque et à ses propres contradictions.

Il voudrait être un mari dévoué et fidèle mais tombe sous le charme d’une journaliste portant le visage de son ennemi. Il voudrait être le justicier blanc sans faille mais n’hésite pas à sacrifier au passage sa femme et ses amis. Il voudrait être le symbole du travailleur américain luttant contre une aristocratie étrangère de plus en plus puissante et corrompue, mais il n’est en fait que ce paysan polonais bourru, têtu et ignorant. Il voudrait être le gentil, mais de son propre aveu, il ne sait pas comment.

Malgré les critiques qui refusèrent de voir au-delà que la simple expression du bon vieux flic raciste, L’année du dragon révéla au monde un acteur magnifique. L’un de ces acteurs, rares, qui donnent l’impression de jouer sans efforts, d’être sans paraître, tant ils sont habités par une grâce et un talent presque magique. Ce talent, Rourke devait le confirmer deux ans plus tard en incarnant le torturé Harry Angel dans le tout aussi magnifique Angel Heart d’Alan Parker. En ce qui me concerne, Rourke fut sans nul doute le James Dean, le Marlon Brando ou le Steve McQueen des années 80.

BADASS LINE : « There’s a new sheriff in town… Me. And I don’t wanna see your fucking faces unless you deliver me spare ribs« 

80. Roy Batty (Rutger Hauer)

par John Plissken

FILM :  Blade Runner, de Ridley Scott (1982)

C’est en le découvrant chez Verhoeven dans Turkish Delice et Soldiers of Orange que Ridley Scott jeta son dévolu sur Rutger Hauer pour incarner l’impérial Roy Batty, a.k.a le Nexus 6, androïde meurtrier en cavale pourchassé par le Blade Runner Rick Deckard (Harrison Ford) dans le L.A de 2019 (putain c’est dans 6 ans !).

Hauer s’était déjà fait remarquer du public anglo-saxon en incarnant le terroriste Wulfgar dans le thriller Les Faucons de la nuit de Bruce Malmuth, mais c’est avec Blade Runner qu’il marquera au fer rouge nos mémoires dans le rôle de l’androïde pensant le plus badass du 7e art. Entre Hauer et son personnage, la rencontre sera totale. Iconoclaste et intimidant (il terrifia réellement Scott le jour de leur premier rendez vous), l’acteur fit de Batty une machine à la fois effrayante et touchante, sensible et brutale, poétique et sans pitié. On ne compte plus les plans iconiques du leader des réplicants dans le film, depuis son apparition en portrait sur un écran de contrôle au final mythique, en passant par le sort atroce qu’il réserve à son propre créateur, Eldon Tyrell (Joe “Shining” Turkel).

Et surtout, difficile de faire l’impasse sur ce sublime monologue concluant le climax, écrit par l’acteur lui-même pour accompagner le décès de son personnage, face à un Deckard épargné à l’ultime seconde. Un moment suspendu de pure émotion et de poésie dans un film auquel ses détracteurs reprochaient (et reprochent toujours) sa trop grande froideur. Grand enfant cherchant désespérément “plus de vie”, machine mortelle Batty reste à ce jour le rôle préféré de Rutger Hauer, à tel point que le comédien a baptisé son propre festival d’après le début du ce monologue qui l’a rendu célèbre à tout jamais (le “I’ve seen things festival”).

 BADASS LINE :  « All those moments will be lost in time…. like tears in rain. Time to die…« 

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