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100 badass du cinéma, épisode 19 : Marlon Brando, Steve McQueen, James Coburn, Al Pacino, Rose McGowan

100 badass du cinéma, épisode 19 : Marlon Brando, Steve McQueen, James Coburn, Al Pacino, Rose McGowan

Avant dernière journée pour l’invasion des badass sur le Daily Mars. Au programme du jour : L’Equipée sauvage, Guet-apens, En quatrième vitesse, L’Impasse et Doom Generation, à savoir les badass numéro 91 à 95. Ca sent la fin, la poudre et le sexe, bordel !

 

 

91. Johnny Strabler (Marlon Brando)

par Gilles Da Costa

FILM :  L’Equipée sauvage, de Laslo Benedek (1953)

L’équipée sauvage (The Wild One) eut l’effet d’un électrochoc culturel aux États-Unis. Il lança à lui seul le genre du “film de bikers” qui fit en partie la fortune de Roger Corman et Russ Meyer dans les années 60, avant de connaître son apogée de manière détournée en 1969 avec une variation hippie : Easy Rider de Dennis Hopper. Encore bien représenté aujourd’hui grâce à la série Sons of Anarchy, ce genre ne semble à aucun moment s’essouffler, signe d’un appétit insatiable du public pour cette figure du rebelle monté sur roues vivant en décalage avec la société et en rejetant ses codes imposés. Mais l’impact de cette thématique et de l’imagerie qui l’accompagne est incomparable à celui ressenti en 1953 par les spectateurs américains dès l’introduction du personnage de Johnny Strabler interprété par Marlon Brando à l’écran. Avec ce rôle, Brando réinvente le look et l’attitude rock ‘n’ roll. Quelques années plus tard James Dean lui empruntera cette gestuelle nonchalante et s’inspirera très clairement de sa garde-robe, faisant dire à Brando : “James Dean porte mes fringues et mon talent de l’année dernière !”. Elvis Presley lui aussi s’inspira beaucoup du personnage de Johnny pour composer Vince Everett, le héros du film Le rock du bagne (Jailhouse Rock) en 1957. De manière générale, Johnny Strabler est l’incarnation de ce à quoi prétend la jeunesse des années 50, le summum du cool.

Leader charismatique du « Black Rebel Motorcycle Club« , perfecto en cuir sur le dos et casquette vissée sur la tête, il parle son propre langage et n’obéit qu’à ses propres lois. Il n’est pas le plus grand, le plus fort, ni le plus agressif de sa bande mais son aura naturelle impose sa domination sur le groupe. Tous le regardent avec respect, espérant manifestement arriver un jour à son niveau de classe. Même son concurrent direct Chino (Lee Marvin, survolté et sauvage), meneur du gang adverse des « Beetles », semble lui vouer une admiration sans bornes. C’est peut-être son air détaché et son attitude posée qui font de ce personnage un si grand badass. Comme tous les véritables durs à cuire de ce top 100, il dégage une confiance en lui remarquable et ne ressent pas le besoin d’impressionner car il sait pertinemment ce qu’il représente. Ainsi lorsque Mary, la fille du bar, lui tape dans l’œil, il ne se rabaisse jamais au niveau des morts de faim de sa bande dont les mimiques à la Tex Avery les cataloguent dans la catégorie « vautour » aux yeux de la gente féminine. Non, Johnny joue de son magnétisme, comme avec les autres. Et il arrive à ses fins, comme toujours.

Il faut imaginer à quel point l’attitude de ce personnage semblaient révolutionnaire à l’époque. L’agressivité passive de son comportement, son nihilisme assumé et cette gestuelle ouvertement sexualisée ont beaucoup choqué la société américaine des années 50. Jugé trop provoquant et radical, le film dû être remonté de nombreuses fois avant de se voir accordé une sortie en salle, et il fallut même attendre les années 60 pour qu’il sorte en salle en Angleterre, classé X. La carrière de Brando était déjà bien lancée avant L’équipée sauvage avec des films comme Un tramway nommé désir (A Streetcar Named Desire) ou Viva Zapata! de Kazan mais ce fut avec ce film là qu’il devint le sex-symbol iconique que nous connaissons aujourd’hui et la figure tutélaire du badass rock ‘n’ roll qui influença plusieurs générations de jeunes se prétendant rebelles. Personnage punk avant l’heure, n’hésitant pas à se servir de ses poings comme de son sex-appeal, Johnny Strabler porte au panthéon la figure du chevalier dissident sur son destrier mécanique. Un exemple dont s’inspirera certainement George Miller presque trente ans plus tard pour son Max Rockatansky.

BADASS LINE : « Nobody tells me what to do. You keep needlin’ me, if I want to, I’m gonna take this joint apart and you’re not gonna know what hit you. »

 

 

92. Doc McCoy (Steve McQueen)

par David Mikanowski

FILM : Guet-apens, de Sam Peckinpah (The Getaway, 1972)


Aucune autre star de films d’action n’avait autant de style et de virilité que Steve McQueen. Il représentait l’essence du cool. Un esprit indépendant, fort et déterminé. Et le plus bel exemple de masculinité vu au cinéma.

Et ce sourire, bon Dieu, ce sourire ! Et ces yeux bleus !

Tous les personnages qu’il a incarné à l’écran avaient pourtant un côté sombre. D’humeur difficile, souvent à cran, McQueen renfermait un caractère violent et colérique. Réputé peu commode sur les tournages, prêt à exploser à tout moment, ce bad boy au caractère rebelle et indomptable adorait les courses automobiles et testait sans arrêt ses limites.

Rongé par des démons intérieurs, le type était complexe, ce qui le rendait d’autant plus intéressant.

Trente-trois ans après sa disparition, il reste, par l’intensité de son jeu, l’ultimate badass.
Le tough guy, par excellence…

Steve n’a pas connu son père, celui-ci ayant quitté le domicile conjugal alors qu’il n’avait que six mois. Élevé par une mère alcoolique et des beaux-pères plus ou moins brutaux, il connaît une enfance turbulente. Formé à la dure école de la rue, abonné aux maisons de correction, il flirte avec la délinquance et refuse de se plier à l’autorité. Sa scolarité est médiocre. Il devient plus tard barman, émondeur d’arbres au Canada, travaille sur un pétrolier, puis sert dans les Marines de 1948 à 1950 : voilà qui trempe un caractère.

Admis à l’Actors Studio parmi deux mille candidats (le seul autre lauréat est Martin Landau), il devient, après des années de vaches maigres, le héros d’une série Z à succès : Danger planétaire (alias The Blob en VO). Révélé au public par la télévision, McQueen devint une star à la fin des années 1950 en interprétant Josh Randall, le charismatique chasseur de primes, armé d’une Winchester à canon scié, dans la série en noir et blanc de la chaîne CBS Au nom de la loi (Wanted Dead or Alive). Avec son aisance à se mouvoir dans l’espace et son déhanché fascinant à observer, l’acteur crève déjà l’écran et impose une forte présence.

On aurait pu vous parler ensuite des Sept mercenaires, de La grande évasion, Nevada Smith, La canonnière du Yang-Tsé, L’affaire Thomas Crown, Bullitt, Papillon ou La tour infernale

Mais notre choix s’est arrêté, en tout subjectivité, sur Guet-apens qui, en matière de badasses, se pose un peu là !

Il y a d’abord le badass en chef – McQueen donc – qui à 42 ans, est producteur et initiateur du projet par le biais de sa compagnie indépendante First Artists, qu’il a fondé en 1969 avec Paul Newman (très bien), Sidney Poitier (mister Tibbs en personne, OK !) et… Barbra Streisand (pas très badass celle-là !). McQueen a en effet acheté les droits d’un roman du grand Jim Thompson, Le lien conjugal, en vue de l’adapter au cinéma. Située en 1949, l’action du livre est transposée en 1972 par Thompson lui-même, qui rédige le scénario.

True badass, ce fils de shérif avait déjà écrit L’ultime razzia et Les sentiers de la gloire pour Kubrick et son œuvre au noir a connu par la suite de nombreuses adaptations au cinéma (Série noire d’Alain Corneau, Coup de torchon de Bertrand Tavernier, Les arnaqueurs de Stephen Frears, After Dark, my Sweet de James Foley, The Killer Inside Me de Michael Winterbottom).

Mais Steve McQueen, effrayé par la noirceur du script, vire Thompson et le remplace par le débutant Walter Hill, autre badass qui va pourtant édulcorer et trahir la nouvelle du romancier par souci de satisfaire Hollywood (McQueen fera de même avec le compositeur Jerry Fielding et remplacera sa bande originale par une partition plus jazzy de Quincy Jones).

Ebloui en 1971 par La dernière séance (The Last Picture Show), Steve McQueen pense d’abord confier la réalisation de Guet-apens à Peter Bogdanovich, qui verrait bien sa maîtresse Cybill Shepherd dans le premier rôle féminin. Il se ravise. Et c’est là que l’ultime badass de l’histoire entre en jeu : “bloody” Sam Peckinpah !

Sam et Steve s’étaient déjà rencontrés en 1965 sur le tournage du Kid de Cincinnati. Viré du plateau par le studio au bout de quatre jours et remplacé derrière la caméra par Norman Jewison, Peckinpah dirigera une première fois l’acteur dans Junior Bonner, portrait d’un cow-boy, champion de rodéo, anachronisme vivant dans l’Amérique moderne. Une estime réciproque naît sur le tournage entre les deux hommes, qui remettent vite le couvert sur Guet-apens. Le comédien engage ensuite Ali MacGraw, une jeune et belle actrice de 33 ans qui a triomphé deux ans auparavant dans un mélo qui a bouleversé la planète : Love Story.

Dans Guet-apens, McQueen – le visage dur et fermé – interprète McCoy, un perceur de coffres-forts au mutisme farouche, qui purge une peine de prison pour vol à main armée. Après quatre ans de bonne conduite, l’animal en cage voit sa libération conditionnelle refusée. Fatigué de moisir au pénitencier de Huntsville, il demande alors à sa femme Carol (Ali MacGraw), de faire appel à Jack Benyon (Ben Johnson), un avocat marron. Ce dernier accepte de parler en sa faveur si, en échange, McCoy réalise pour lui le hold-up d’une banque à Beacon City. Doc accepte la proposition et sort de taule. Mais le casse se passe mal et, trahi, le couple s’enfuit avec l’argent, 500 000 dollars dissimulés dans un grand sac en cuir…

La suite est un road movie qui nous entraîne à travers tout l’État du Texas et s’achève dans un hôtel d’El Paso, proche de la frontière mexicaine, où se déroule le règlement de comptes final entre McCoy et une demi-douzaine de tueurs coiffés de chapeaux de cow-boy (mais aussi Al Lettieri et son 357 Magnum Colt Python !). Dans Guet-apens, on ne flingue pas, on détruit. On nettoie. Les interminables ralentis de cette scène de massacre et ses cadavres secoués par les impacts de balles resteront dans les annales du genre. Elle sera d’ailleurs reprise quasiment à l’identique par Walter Hill dans 48 heures (comparez ce gunfight avec celui qui oppose Nick Nolte et James Remar dans un hôtel de San Francisco et vous verrez…).

Entre-temps, on aura assisté à plusieurs séquences d’anthologie, comme celle où McQueen dérouille la jolie MacGraw sur une bande d’arrêt d’urgence. En effet, le big m… se met à la gifler violemment, à huit reprises (j’ai compté !), et à brandir le poing (dans l’intrigue, Carol n’a pas hésité à tromper son mari, pour hâter sa libération). La légende prétend que McQueen n’avait pas prévenu sa partenaire avant de lui démolir le portrait. Bullshit or not ?

Il y a aussi ce moment incroyable dans lequel le Doc, armé d’un fusil de chasse semi-automatique, emballé dans du papier kraft, réduit en miettes une voiture de police. Voir son Riot Shotgun cracher le plomb est d’ailleurs l’une des grandes jouissances de ce film, magistralement monté par Roger Spottiswoode, le futur réal d’Under Fire.

N’oublions pas le séjour prolongé de McQueen et MacGraw dans une benne à ordures nantie d’un broyeur, qui recrache les époux au milieu des déchets d’une décharge publique. Vision terrible d’un couple abîmé et à la dérive dans un paysage de fin du monde…

Car ce violent thriller, dégraissé au maximum, est d’abord et surtout l’histoire d’un couple. C’est d’ailleurs sur le tournage que naîtra l’idylle entre McQueen et MacGraw, alors mariée à Robert Evans, le directeur de la Paramount qui – comble de l’ironie – avait produit pour elle Love Story.

Evans dira par la suite : “Tout homme qui croit comprendre les femmes est un fou et un ignorant. (…) Ali demanda le divorce et se maria avec McQueen moins de trois mois plus tard (le 31 août 1973) (…) Quand une femme part sans regret, ce n’est déjà pas facile. Mais quand elle part avec la plus grande star de cinéma du monde, disons que vous vous sentez un peu… petit.”

Le mariage avec McQueen, miné par des problèmes d’alcool, durera en tout cinq ans. Et Ali MacGraw tournera encore avec Sam Peckinpah dans Le convoi (Convoy, 1978), film joyeux et sans prétention, montrant la solidarité entre routiers, cowboys des temps modernes communiquant par CB.

McQueen, lui, a failli faire ensuite Rencontres du troisième du type de Spielberg, Le convoi de la peur de Friedkin et Apocalypse Now de Coppola. Mais huit ans après Guet-apens, l’icône meurt, à 50 ans, d’un cancer des poumons.

Plus grand succès commercial du nihiliste Peckinpah, Guet-apens aura droit, en 1994, à un pâle mais fidèle remake signé Roger Donaldson, avec un autre couple à la ville comme à l’écran : Alec Baldwin et Kim Basinger. Mais Baldwin est très loin d’avoir l’animalité dangereuse de Steve McQueen. Même si une part plus importante a été accordée au personnage féminin, joué par Basinger. Mais là encore, la conclusion déprimante du livre de Thompson est supprimée (dans celui-ci, les McCoy débarquent au Mexique dans un camp spécial réservé aux gangsters américains en cavale où ils sont soumis à un régime peu enviable. Et ils se trahissent mutuellement !).

Résumons : Steve McQueen + Jim Thompson + Walter Hill + Sam Peckinpah = The Getaway, le plus badass des badass movies ! Ça se discute, bien sûr. Mais il est placé très haut au firmament de nos films chéris. Si seulement on pouvait m’offrir la même carabine que Stevie pour mon anniversaire.

Badass Line :

Le contexte est le suivant : Steve McQueen est assis tranquillement dans un train. Un gamin noir avec une casquette vient l’importuner et le menacer avec un pistolet à eau…

The Black Boy : – Stick ’Em Up ! I Said Stick ’Em Up, or I’ll Shoot You ! (“Haut les mains ! Haut les mains ou je tire !”)

(il asperge d’eau McQueen avec son revolver en plastique)

McQueen (qui lui saisit le bras) : – Listen, I know you’re a good kid. Get back there with your mother. Because if you don’t, I’m gonna break your little arm. Okay ? (“Écoute, tu es un bon petit gars. Alors, va voir ta mère. Sinon, je te casse le bras ! Compris ? ”).

 

 

 

93. John H. Mallory (James Coburn)

par David Mikanowski

Il était une fois la révolution, de Sergio Leone (Giù la testa, 1971)

James Coburn a représenté longtemps pour moi une sorte d’idéal. Il s’était fait connaître dans le rôle de Britt, le lanceur de couteaux des Sept mercenaires. Et bien qu’il faisait partie d’un casting all-stars, ce grand type à la décontraction naturelle irradiait la pellicule et tirait chaque scène à lui. Il retrouve Steve McQueen dans La grande évasion. Mais c’est avec Sam Peckinpah qu’il tourne trois films immenses : Major Dundee, Pat Garrett et Billy le Kid et Croix de fer, dans lequel son interprétation du sergent Steiner, un baroudeur de l’armée allemande en pleine déroute sur le front russe en 1943, me vrille la tête à chaque vision. C’est pourtant avec Sergio Leone qu’il trouve le plus beau rôle de sa carrière dans Il était une fois la révolution…

1913. Ex-membre de l’I.R.A., l’Irlandais John Mallory (James Coburn, la classe incarnée) fuit son passé au Mexique. Cet expert en dynamite rencontre sur place un paysan pilleur de diligences, Juan Miranda (Rod Steiger, truculent). Ce péon tente de le convaincre de l’aider à dévaliser la Banque nationale de Mesa Verde. Ils vont être pris malgré eux dans la tourmente de la révolution mexicaine… Cette histoire d’amitié initiatique entre un intellectuel et un homme du peuple mêle humour, violence et émotion. Extraordinaire conteur, Leone exprime, avec cette fresque grandiose, son scepticisme devant les idéologies politiques. Emmené par la superbe partition lyrique d’Ennio Morricone, le film arrache des larmes.

Dans ce grand spectacle d’une profondeur insoupçonnable et d’une générosité inouïe, je me souviens surtout de Coburn caché sur une colline d’où il mitraille, avec son pote Juan, un bataillon de boches traversant un pont. Cette séquence, qui mène tout droit à l’extase, jamais je ne l’oublierai. Sous mezcal, c’est encore meilleur !

 

Badass Lines : “Where there’s revolution there’s confusion and when there’s confusion a man who knows what he wants stands a good chance of getting it.”

“I used to believe in many things, all of it ! Now, I believe only in dynamite.”

“Duck you, sucker !”

94. Carlito Brigante (Al Pacino)

par Sheppard

FILM : L’Impasse, de Brian De Palma (Carlito’s way, 1993)

Les seigneurs de la pègre ont remplacé les rois shakespeariens, mais l’histoire, elle, reste inchangée. Elle parle de sommet que nous n’atteindrons jamais, elle parle de tréfonds que nous ignorons, et entre les deux, elle parle de la chute. Ils s’appelaient Macbeth, Lear, César,  Hamlet ou Richard, ils s’appellent désormais Cody, Tony, Sonny, Michael, Frank et Carlito.

Le destin tragique de Carlito Brigante est annoncé dès les premières images du film. C’est sur son lit de mort qu’il va nous raconter les derniers jours de sa vie. C’est l’histoire d’un homme, un brigand, un seigneur de la rue lassé par le pouvoir. Certes c’est un homme vieillissant, mais il a surtout la sagesse de ces princes qui savent quand il faut raccrocher. Et si ça ne tenait qu’à lui, il l’aurait probablement fait 5 ans plus tôt. Seulement voilà, ces choses là ne se décident jamais seul. Surtout lorsque l’on place l’honneur et la loyauté au dessus du reste.  Car c’est en général de là que viennent les emmerdes.

Mélancolique, toujours habillé de noir, Carlito est une ombre qui passe. L’ombre sans doute de ce qu’il fut jadis et qu’il tente de fuir par tous les moyens. Une ombre qui cherche non pas la rédemption, ni même le pardon, mais la simple possibilité de terminer ses jours tranquillement, une vie rangée, sans surprises. Il est aussi l’ombre d’une époque révolue, parachuté dans un monde qui n’est plus le sien. Il erre sans repère à la recherche d’une porte de sortie.

Mais voilà, pour le moment il y a l’honneur, la loyauté et David Kleinfeld, un avocat marron, camé jusqu’au plafond, son meilleur ami, celui qui l’a fait sortir de prison uniquement semble-t-il pour lui sauver la peau. Poussé par un désir de libération, Carlito reste cloué au sol par des valeurs auxquels plus personne ne croit et qu’il est désormais le seul à défendre.

Heureusement, il y a Gail, sa porte de sortie, son étincelle. Et même si elle aussi est marquée par le fer de la ville, elle porte son avenir, son assurance qu’il ne finira pas criblé de balle, le nez collé au sol comme un pantin désarticulé.

Mais voilà, il y a eu l’honneur, la loyauté et David Kleinfeld. Et alors que sa vie s’échappe peu à peu, Carlito regarde une affiche et il imagine. Il imagine sa femme, son enfant, sa vie tranquille, sa vie rangée, sans surprises, sans honneur, sans loyauté, sans David Kleinfeld et sans Benny Blanco… « Benny, from the Bronx ».

BADASS LINE : « I’m reloaded! Okay? Come on in here, you motherfuckers! Come on, I’m waitin’ for ya! What, you ain’t comin’ in? Okay, I’m comin’ out! Oh, you up against me now, motherfuckers! I’m gonna blow your fuckin’ brains out! You think you’re big time? You gonna fuckin’ die big time! You ready? HERE COMES THE PAIN! « 

 

 

 

95. Amy Blue (Rose McGowan)

par Kasilla

FILM : Doom Generation, de Gregg Araki (The Doom Generation, 1995)

En 1995, je préparais secrètement l’Ecole des Beaux-Arts option cinéma… du coup, on m’avait conseillé de me gaver de films dits ‘borderlines’ pour faire bonne impression à l’examen d’entrée. C’est comme ça que j’ai découvert le génial Gregg Araki. Le jeune réalisateur américain d’origine japonaise avait déjà commencé à se faire remarquer avec des films comme The Living end ou Totally f***ed up. Lorsque cette année-là sort The Doom Generation, mes pas en dock coquées m’ont menés vers mon petit cinéma d’Art et d’Essai pour tenter de m’imprégner de cet OVNI. Mais plus qu’un road-movie déjanté, j’ai surtout découvert une très jeune actrice totalement investie dans un rôle pourtant difficile : Rose McGowan.

Dans The Doom Generation, on commence avec l’histoire classique d’un couple d’ados rebelles – Jordan (joué par James Duval, l’égérie d’Araki) et Amy (Rose McGowan) – qui décident de mettre fin à leur quotidien merdique et de prendre le large… Mais lorsque notre duo de metalleux camés prend en stop un certain Xavier (ou “X”), leur trip va alors adopter une tournure totalement inattendue et étrange (comme le fait que la note de leurs achats soient toujours de 6,66$ et que des tas d’inconnus semblent prendre Amy pour une autre).

Agée alors de 18 ans, Rose interprête dans The Doom generation son premier rôle : Amy, donc, jeune fille aux cheveux noir corbeau, coupe au carré strict, regard torve et lèvres rouge sang. Son look bigaré (lunettes de starlette et Dock Martens) et son langage ‘chatié’ en font l’archétype de la petite chieuse à qui on aimerait volontier apprendre la vie… mais aussi dont on aimerait, pourquoi pas, prendre la place. Tour à tour je-m’en-foutiste, manipulatrice ou totalement désoeuvrée, son personnage va évoluer de la gamine suicidaire et paumée, à la jeune femme qui n’a plus peur de rien ni de personne. A la fois flippante et délicieusement provocante, le personnage Amy avait su faire écho à la sale gosse que j’étais.

Même si aujourd’hui elle a perdu de sa superbe (il ne fallait pas participer au remake de Conan, Rose, vraiment pas !), Rose McGowan a marqué les esprits en actrice polyvalente, valsant du grand au petit écran (Charmed, Nip/Tuck…), tout sachant toujours garder un pied – chaussé d’un escarpin – dans le cinéma de genre (Nowhere toujours avec Araki, mais aussi Jawbreaker ou Planète Terreur). On peut ainsi dire que la demoiselle s’est fait ‘les dents’ sur son personnage d’Amy, qu’il lui a permis de se faire remarquer et de prouver ses talents… et pour ma part c’est ce rôle de badass girl là que je retiendrai d’elle.

BADASS LINE : “The World sucks”

 

 

 

 

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