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100 badass du cinéma, épisode 3 : Carrie Ann Moss, Michelle Rodriguez, Kurtwood Smith, Pascal Greggory, Choi Min-sik

100 badass du cinéma, épisode 3 : Carrie Ann Moss, Michelle Rodriguez, Kurtwood Smith, Pascal Greggory, Choi Min-sik

Troisième volet de notre exploration des badass les plus marquants de l’Histoire du cinéma avec au programme aujourd’hui ceux de Matrix, Machete, Robocop, Nid de guêpes et Old Boy. Qui a dit qu’on ne variait pas les plaisirs au Daily Mars, mmmh ?

11. Trinity (Carrie Anne Moss)

par Intheblix 

FILM: Matrix, des frères Wachowski (1999)

Badass : traduction littérale, mauvaise fesse. Trinity (Carrie-Anne Moss), sublime et moulée dans sa combinaison vinyle noire ne peut évidemment pas rentrer dans cette catégorie tant elle a un joli …(nous sommes désolés mais un problème, hum, technique a effacé une partie de cette chronique…Blix, dans mon bureau !!!! – NDPlissken). « Dur à cuire » est la traduction à privilégier dans ce cas-ci, sans la Suze.

Première scène du film, première claque visuelle et déjà le charme de Trinity opère sur moi. Chambre 303, elle attend la police après avoir été repérée, elle est sereine, son regard est glacial. Trois policiers rentrent et la tiennent en joue… you’re too old for this shit. De manière brutale et élégante, elle va s’en défaire : Trinity s’élève dans les airs et reste en suspension telle la cigogne (prends en de la graine Karaté Kid), dans le fameux Bullet Time, usé jusqu’à la corde maintenant mais quasiment inédit à l’époque…Un orgasme cinématographique. Puis le temps reprend son cours, Mae giri sur le premier policier qui traverse la pièce sans toucher le sol, course sur les murs (Merinos, Merinos…), high kick, l’affaire est pliée. Trinity 3 Police 0. Il vous en faut plus ? Une course-poursuite sur les toits, elle court, féline, rapide, enchaine un saut digne de Carl Lewis sous amphétamine entre 2 immeubles et un plongeon « Superman » jusqu’à une petite lucarne qu’elle traverse pour se réceptionner les deux flingues dégainés prêts à trouer la paillasse de l’agent Brown…la classe internationale. Trinity, pendant féminin de Georges Abitbol ?

Pirate informatique, elle est froide, précise, déniaisant peu à peu ce pauvre Neo (Keanu Reeves) qui ne comprend pas tout de suite ce qui lui arrive. Et toujours avec cette combinaison vinyle qui ne craque jamais…

Le point d’orgue du film reste l’assaut de l’immeuble où Morpheus (Laurence Fishburne) est retenu prisonnier. Avec Neo, elle se débarrasse d’une vingtaine de gardes armés jusqu’aux dents plus rapidement que Kasilla (notre chroniqueuse Jeux Vidéo)en mode facile dans Call of Duty, puis sauve la mise de l’Elu en abattant à bout portant l’agent Brown dans LE plan badass absolu: « Dodge This ».

 

12. Luz/Shé (Michelle Rodriguez)

par David Bianic 

FILM :  Machete, de Robert Rodriguez (2010)

Michelle est une natural born badass. D’un père militaire, elle est un peu le troisième garçon (manqué) de la famille Rodriguez. Elle débute fort dès son tout premier rôle, Girlfight en 2000, où elle distribue les tatanes avec la rage au ventre, au point de poursuivre dans la vraie vie, impliquée dans dans un fight avec sa coloc’ puis dans plusieurs délits de fuite au volant, bourrée bien sûr. Un vraie thug.

Sa participation au Top 100 Badass, Rodriguez la doit davantage au particularisme de son rôle dans Machete, une exception pour ainsi dire. Si Robert Rodriguez lui fait volontairement empreinter la panoplie de Snake Plissken, le bandeau sur l’œil est les guns au chaud dans ses holsters de cuisse, le perso de Luz/Shé tranche avec le profil du héros de Carpenter. Souvent réac’ à tendance nihiliste dans l’histoire du cinéma qui sent le vestiaire, le badass est ici un héros del pueblo, une icône de la revolución : “Shé brings hope. Shé rights the wrongs. Unfortunately, Shé is a myth”.

C’est bien l’étiquette politique qui fait de Shé un héros badass à part. Figure de proue du Network, un réseau d’immigration clandestine vers les US, piloté depuis sa couverture de taco-truck, Shé est à mon sens la vraie héroïne du film alors que Danny “Machete” Trejo n’est que le bras armé d’une révolution à laquelle il participe surtout par esprit de vengeance. Quand Luz/Shé se prend une bastos dans la face, son camion à dysenterie est transformé en autel, véritable lieu de culte des oubliés du système. Avec Ché… pardon Shé, le héros badass n’est plus solitaire et taciturne, il se bat pour les faibles et une idéologie. Un combattant, oui, mais “seulement quand il faut se battre pour une cause qui en vaille la peine”.

 

13. Clarence Boddicker (Kurtwood Smith)

 

par John Plissken

FILM : Robocop, de Paul Verhoeven (1987)

A l’heure où une interminable crise et 15 années de télé-réalité de merde nourrissent un inexorable individualisme exacerbé ruinant le “vivre ensemble” de nos sociétés occidentales, un personnage d’enflure suprême comme Clarence Boddicker revêt une troublante résonance. Boddicker, terriblement badass par son absence totale de sens moral et l’inexplicable (mais réel) pouvoir de séduction physique de son interprète Kurtwood Smith, c’est le triomphe du capitalisme ultime. Dans un Detroit du futur où l’Etat a capitulé, cédant ses fonctions régaliennes (dont la sécurité), à des consortiums privés sans éthique, un truand sanguinaire comme Clarence Boddicker exécute les basses besognes de ses patrons corrompus sans jamais être inquiété par la Justice. Son seul moteur : l’argent et les possessions matérielles qu’il permet d’obtenir, incommensurablement plus précieuses que la vie humaine.

Poussant cette logique à l’extrême, Boddicker et ses sbires à son image n’auront pas le moindre état d’âme quand il s’agira de cribler de balles l’officier Murphy jusqu’au quasi démembrement, le sourire aux lèvres. Cette terrible scène, l’une des plus cruelles et traumatisantes jamais vues à l’écran, fut écrite et filmée de façon à évoquer la crucifixion du Christ et son supplice… avant la résurrection symbolique de Murphy sous la carcasse du Robocop. Mais l’exécution sadique de Murphy (particulièrement insoutenable dans la version intégrale du film, disponible en DVD/blu-ray) renvoie aussi directement au mode de pensée nazi tel que décrypté par la philosophe Hannah Arendt : dans l’Allemagne du IIIe Reich, le Juif était considéré non plus comme une personne, mais un objet “superflu” dont on peut disposer à sa guise et réduire en bouillie le cas échéant.

Point Godwin un peu trop vite dégainé, ami lecteur ? Nenni : initialement auditionné pour le rôle de Dick Jones (attribué finalement à Ronny Cox), Kurtwood Smith écopa de celui de Clarence Boddicker parce qu’avec ses petites lunettes rondes, Verhoeven lui trouvait une ressemblance avec le dignitaire nazi Heinrich Himmler. Le parallèle est donc volontaire et de fait, à l’écran, Boddicker suscite le même effroi que son sinistre modèle : intelligent, élégant, visiblement plus cultivé et sophistiqué que ses troupes… mais n’accordant pas une once de prix à la dignité humaine.

On doit vraiment à Kurtwood Smith, qui n’avait jusqu’alors rien joué de bien impérissable, d’avoir totalement transcendé son rôle de salopard supérieur et d’électriser l’écran à chacune de ses apparitions. D’autant que l’enflure ne manque pas de panache, comme lorsqu’il vient narguer un concurrent dans sa propre fabrique de coke ou tire sans ciller dans les rotules de ce pauvre Morton avant de dégoupiller négligemment la grenade qui achèvera sa cible. Même la mort de ce vil binoclard, dans son ultime face à face avec Robocop/Murphy, est un sommet de badasserie.

Bref : une vraie réussite de motherfucker à la mesure de celle du chef-d’oeuvre visionnaire de Verhoeven et qui vaut encore à Kurtwood Smith, 26 ans après la sortie du film, d’être célébré par les geeks du monde entier. La preuve : au temps ancien de John Plissken of Mars, le tout premier article de la rubrique Les Chéris de ces geeks avait été consacré à cet étonnant acteur à la voix autoritaire et nasillarde. Smith a depuis incarné d’autres rôles marquants – du père castrateur du Cercle des poètes disparus à celui d’un… père castrateur dans la sitcom That 70’s show. Mais pour nous, Kurtwood, tu seras pour toujours Clarence Boddicker, tueur sans scrupule de Detroit City. Y a pire casserole, va !

Badass line : ex-aequo “Bitches, leave” et “You see, cops don’t like me… so I don’t like cops”

 

14. Louis (Pascal Greggory)

FILM :  Nid de guêpes, de Florent-Emilio Siri (2002)

par John Plissken

La stratégie du contre-emploi s’avère souvent particulièrement payante en matière de badasserie. Regardez ce que Claude Berri a fait de Coluche dans Tchao Pantin, où le comique se montrait bien badass dans la partie vigilante du film. Je me souviens même – ne riez pas – d’avoir été assez plutôt impressionné à la vision d’un Roland Giraud reconverti en tueur à gages sidekick de Michel Sardou dans le vigilante (et oui, un autre) nanar des eighties Cross de Philippe Setbon. Ok, l’illusion avait duré quelques secondes, mais quand même. Bref : Pascal Greggory, généralement plutôt abonné aux planches et productions auteurisantes du cinéma français (notamment du côté de chez Patrice Chéreau) et aux planches, nous scotche littéralement par son incarnation de la force tranquille dans Nid de guèpes.

Déjà vu hors de ses sentiers habituels dans Zonzon quatre ans plus tôt, l’acteur en impose ici carrément dans l’uniforme d’un agent de surveillance d’entrepôt dans une Z.I de Strasbourg, contraint de s’allier à ses propres braqueurs pour tenir un siège contre une menace commune. Greggory ouvre le film en pose badass tranquille, allongé dans un hamac, sirotant son whisky et tirant sur son cigarillo, les yeux planqués derrière des carreaux fumés, regardant de loin un documentaire sur une race de guêpe tueuse de mygales. Plus tard, qu’il garde un calme olympien alors que deux fusils à pompe sont braqués sur lui ou empoigne un fusil sous les yeux de son collègue terrorisé, pas de doute : Greggory est aussi à l’aise dans le défouraillage burné que la pignolerie Rohmerienne. Avec le fait d’avoir repompé avec brio le Assaut de Carpenter, c’est sans doute l’un des plus grands mérites de Nid de guêpes de nous l’avoir prouvé. Dommage de ne pas avoir retrouvé plus souvent l’acteur les armes à la main.

Badass line :  « T’inquiète pas, on est pas des héros »

 

 

15. Dae-su Oh (Min-sik Choi)

par Gilles Da Costa

FILM : Old Boy, de Park Chan-wook (2003)

Edmond Dantès de ce Comte de Monte-Cristo sud-coréen, Oh Dae-Su revient dans le monde réel après 15 ans d’incarcération suite à un kidnapping, sans savoir qui lui a fait subir ce calvaire et pourquoi. Brisé, n’ayant plus d’humain que son enveloppe charnelle, il n’aura de cesse que de trouver des réponses aux questions qui l’ont hanté durant cette période de réclusion. Malheureusement pour ceux qui se mettront en travers de son chemin, l’homme n’est plus très porté sur le langage parlé et préfères “enquêter” à grands coups de mandales dans les gencives. Il faut dire qu’il a eu le temps de s’entraîner, seul entre quatre murs pendant plus d’une décennie. Pas étonnant alors qu’il soit passé maître dans l’art de distribuer les bourre-pif avec la générosité caractérisant celui qui veut vraiment se faire comprendre.

Intellectuellement et émotionnellement désynchronisé avec le monde extérieur, il nous apparaît comme une créature autiste quasiment invincible néanmoins consciente de son anormalité. Un bloc de granite lézardé de multiples fêlures qui en font un personnage profondément humain et faillible. Sa quête, au-delà de la reconstruction de sa vie et de son identité, est aussi celle de la destruction de son créateur Lee Woo-jin, ce Docteur Frankenstein qui a fait de lui cette entité ostracisée. Mue par une soif de vengeance insatiable, ne communiquant qu’à travers la violence,  Oh Dae-Su vient à bout de cinq hommes à la force des ses poings, clope au bec, comme de vingt à grands coups de marteau, et ce même avec un couteau planté dans le dos. S’improvisant dentiste de fortune non homologué, il n’hésite pas non plus à faire sauter quelques chicots sans sourciller, tortionnaire froid et implacable se positionnant comme un miroir réfléchissant la haine qui l’entoure. Car dans Old Boy, la fin justifie les moyens. Oeil pour oeil, dent pour dent (pun intended).

Oh Dae-Su n’a pas choisi ce statut de badass qu’il mérite pourtant amplement. Ce n’est pas une posture mais une seconde nature due à la reconfiguration forcée de sa personnalité. Cet air détaché, ces lunettes noires de jour comme de nuit, cette coupe de cheveux approximative façon cactus noir de jet, ce style dégingandé ne sont que les manifestations de son état intérieur. Il ne joue pas la coolitude, se fout des apparences et de l’image qu’il renvoie à ce monde extérieur qui lui est désormais étranger, car il sait qu’il ne pourra plus s’intégrer de toute façon. Un anti-héros tragique involontairement punk remarquablement incarné par l’immense Choi Min-sik qui livre ici une prestation bluffante aussi physique que sensible.

Badass line : “Personne ne retrouvera ton corps de pourri ! Ni tes os, ni tes cheveux, personne au monde ne pourra retrouver la moindre trace de toi, rien ! J’avalerai avec soin chaque morceau de ton cadavre.” Où comment manifester son hostilité avec mesure et pondération.

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