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100 badass du cinéma, épisode 4 : Lee Marvin, Robert Duvall, R. Lee Ermey, Robert Mitchum, James Cagney

100 badass du cinéma, épisode 4 : Lee Marvin, Robert Duvall, R. Lee Ermey, Robert Mitchum, James Cagney

Avec un peu de retard, voilà nos badass du jour avec des personnages cultes sélectionnés dans Le Point de non-retour, Apocalypse Now, Full Metal Jacket, La Nuit du chasseur et L’Enfer est à lui. Ha oui en effet aujourd’hui, on fait dans le dur à cuire old school avec un petit détour par le Vietnam. Eat that !!! Et à demain pour l’épisode 5, les aminches, 14h pétante cette fois (enfin on va essayer hein…).

16. Walker (Lee Marvin)

par Gilles Da Costa 

FILM: Le point de non-retour, de John Boorman (1967)

Lee Marvin, encore un habitué des rôles “hard-boiled” au cinéma. Que ce soit dans Les professionnels, Les douze salopards ou plus tard dans l’extraordinaire Au-delà de la gloire de Fuller, il incarna fréquemment des personnages peu enclins à supporter les empêcheurs de tourner en rond. Alors quand dans Le point de non-retour on ose le trahir et le laisser pour mort, Marvin empoigne son calibre et part assouvir sa vengeance. Dans cet excellent neo-noir inspiré formellement très abouti, le charisme naturel de l’acteur et son physique monolithique imposent le personnage de Walker à l’écran. Avare de paroles, peu expressif, il force le respect par sa seul présence. C’est cette force, cette physicalité intimidante qui rend crédible le combat de cet homme seul face à une organisation toute puissante qui le dépasse.

Walker est une machine que rien ne pourra stopper dans sa course, un ange exterminateur apparemment revenu du monde des morts pour errer dans ce purgatoire que représente le Los Angeles contemporain afin d’y accomplir sa mission. Avec la régularité d’un macabre métronome, il raye l’un après l’autre chaque nom inscrit sur sa liste. Comme l’ancien militaire Marvin, Walker est habité par une grande brutalité contenue, endurci par les horreurs dont il a été le témoin dans son passé (en l’occurrence, entre les quatre murs d’une prison). Malgré les “voix off” ayant pour but d’étoffer la personnalité de ce badass en puissance, l’homme est représenté comme un corps en mouvement, avant tout défini par son imposante présence et son interaction brusque avec son environnement. Son noble visage impavide ne laisse rien filtrer, tout passe par l’action et la réaction chez Walker.

Cette rugosité, cette implacabilité n’excluent pas une certaine grâce. Ses mouvements paraissent précis et calculés mais son caractère brute de décoffrage semble toujours en décalage complet avec un environnement très sophistiqué et urbain. Walker est un être rudimentaire et primitif isolé dans un monde moderne synthétique, une présence animale dénuée d’artifice. Un rôle parfaitement adapté à Lee Marvin et à son jeu dépouillé tout en gestes discrets et expressions pondérées. Il approfondira d’ailleurs encore ce travail des gestes et de la voix dénué de maniérisme chez Boorman l’année suivante en 1968 dans Duel dans le pacifique aux cotés d’un autre habitué des rôles de badass, le titanesque Toshirō Mifune.

Badass line : “Somebody’s got to pay.”

 

 17. Lieutenant Colonel Bill Kilgore (Robert Duvall)

par John Plissken 

FILM: Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola (1979)
Après l’avoir dirigé dans Les Gens de la Pluie, les deux volets du Parrain et Conversation Secrète, Coppola retrouve son acteur fétiche Robert Duvall pour lui confier un second rôle en or massif : celui du lieutenant-colonel Bill Kilgore. Créé par le scénariste du film John Milius d’après des souvenirs personnels, baptisé colonel Carnage dans une version initiale du script, Kilgore symbolise à lui tout seul la folie opératique du Vietnam telle que voulaient la décrire Coppola et Milius. Qu’il distribue ses cartes de la mort sur des cadavres vietnamiens jonchant le sol ou qu’il donne la gourde à un ennemi gisant les tripes à l’air avant de le laisser tomber aussi sec pour aller serrer la main du champion de surf Lance Johnson, Kilgore a clairement perdu les pédales. Coiffé de son Stetson orné de l’emblème de la cavalerie, il évoque un cousin de Patton qui aurait mal tourné (rappelons que Coppola fut aussi scénariste du Patton de Schaffner…). Confirmation de sa dinguerie avec l’attaque du village pro-vietcong bordant l’embouchure de la rivière Nung où Kilgore accepte d’escorter Willard (Martin Sheen) et ses hommes, principalement parce que sur les plages du littoral, les vagues offrent des conditions de surf exceptionnelles.

Une fois au sol après l’attaque en hélico et le massacre de la population au son de Wagner, Kilgore marche sans ciller entre les explosions d’obus et exige, malgré l’objection timide d’un de ses hommes, que ses troupes surfent avec lui au milieu des tirs. Trompe la mort dangereux et imprévisible, en même temps proche de ses hommes et habité d’un code d’honneur, Kilgore est assurément l’une des plus grandes réussites d’Apocalypse Now, autant pour ses répliques magnifiques que pour l’interprétation stellaire de Duvall. Lequel a su trouver le ton juste pour ne pas faire de son alter ego un simple foudre de guerre bas du front.

Kilgore n’a que trois scènes consécutives, situées dans la partie pré-onirique de l’histoire, soit à peine 20 minutes de présence à l’écran dans un film qui en fait 2h33 (montage 1979). Et pourtant il nous laisse pantois, quittant une dernière fois le cadre  à l’issue de son inoubliable monologue final dont, plus encore que la fameuse déclaration d’amour à l’odeur du napalm, on retiendra le magnifique « Un jour cette guerre prendra fin », accompagné d’un imperceptible geste de désarroi. Une tirade tétanisante conclue sous le regard éberlué de Martin Sheen et le nôtre par la même occasion.

BADASS LINE : « I love the smell of napalm in the morning »

 

18. Sergent instructeur Hartman (R. Lee Ermey)

par John Plissken 

FILM: Full Metal Jacket, de Stanley Kubrick (1987)

Il est au centre de toute la première partie de Full Metal Jacket et on l’aime, tant cet odieux personnage a le sens de la formule bien saquée : le sergent d’artillerie instructeur Hartman, impitoyable bourreau des jeunes recrues qu’il est chargé de former dans un boot camp avant leur départ pour le Vietnam au sein du Corps des Marines. A l’écran, Hartman n’est rien d’autre qu’une machine à gueulantes, un déversoir d’injures dont la mission est de transformer les boutonneux en authentiques machines à tuer après un lavage de cerveau méthodique. Les plus forts s’en sortent avec suffisamment de distance pour endurer leur déconstruction psychologique, les plus faibles craquent comme le pauvre “engagé Baleine” (l’acteur élastique Vincent d’Onofrio) lors d’une des scènes les plus glaçantes de toute la filmo de Kubrick.

Le secret de l’authenticité du sergent Hartman ? Son incroyable interprète, le génial Ronald Lee Ermey (R. Lee pour les intimes), authentique ex-Marine, ex-vétéran du Vietnam, reconverti dans le cinéma depuis les seventies, à la fois comme acteur et consultant militaire. Ermey (à ne pas confondre avec le fabricant de macarons, hein), qui avait déjà conseillé Coppola sur Apocalypse Now tout en y incarnant un pilote d’hélico, n’était pas le premier choix de Kubrick pour jouer Hartman. Sur le plateau, il était “simple” consultant pour les acteurs mais une vidéo de 15 minutes concoctée par Ermey, où ce dernier alignait sans s’interrompre une bordée de jurons, attira l’attention du maestro sur son incroyable aptitude à l’abattage verbal. La légende raconte que le réalisateur acheva d’être convaincu le jour où, voulant attirer son attention, Ermey lui intima soudainement l’ordre de se lever quand il lui parlait… Obtempérant instinctivement, Kubrick finit par embaucher Ermey pour le rôle.

Bien lui en a pris : ce gros réac raciste d’Hartman est aussi révoltant qu’hilarant et l’on savoure jusqu’à la lie la moindre goûte de ses obscénités dégradantes, quasiment toutes improvisées par Ermey devant la caméra (un exploit quand on connait l’aversion de Kubrick pour l’improvisation !!!). Le metteur en scène fut comblé, dit-on, par la prestation de R. Lee Ermey qui, pour renforcer son autorité, ne rencontra aucun des comédiens avant le tournage ni ne sympathisa avec eux entre les prises. Troublante mise en abîme de l’acteur avec sa fonction technique sur le plateau. A mi-parcours dans Full Metal Jacket, implacable démonstration de la destruction mentale de l’Homme par la guerre, Hartman périra par où il a pêché. Une scène choc pour le spectateur qui s’était paradoxalement attaché à ce vieux dégueulasse en uniforme et une sortie de première classe pour R. Lee Ermey, dont la carrière à Hollywood fut jusqu’à aujourd’hui extrêmement prolifique grâce à cette inoubliable composition. A noter qu’en VF, R. Lee Ermey fut doublé sur Full Metal Jacket par feu Bernard Fresson qui fit un admirable travail d’interprétation sur la base d’une non moins admirable adaptation française aux petits oignons des répliques hautes en couleurs du sergent Hartman.

BADASS LINE :  heu…. toutes !

 

19. Harry Powell (Robert Mitchum)

par Gilles Da Costa 

FILM: La nuit du chasseur, de Charles Laughton (1955)

Dans ce chef-d’oeuvre torturé qu’est La nuit du chasseur, cette fable aux accents expressionnistes d’une noirceur abyssale, le personnage d’Harry Powell est l’ambassadeur de la faucheuse. Une ombre menaçante au regard vide, veuf noir tuant les unes après les autres ces femmes qui ont bien voulu croire en sa panoplie de religieux fanatique. Il est l’émissaire du diable portant la bonne parole pour masquer ses mauvaises actions. Un loup (mal) déguisé en agneau. Un rôle – longtemps convoité par Laurence Olivier – parfait pour la silhouette imposante de Mitchum et son visage si particulier, comme taillé à la serpe. Sa voix de stentor et son jeu possédé viennent parachever ce personnage mythique, premier boogeyman de l’histoire du cinéma devant lequel Michael Myers n’a d’autre choix que de se prosterner.

Badass ? Le mot est faible. Il incarne la menace sombre et inéluctable dans cet incroyable premier et dernier film de Charles Laughton entant que réalisateur. “love” tatoué sur la main droite, “hate” sur la gauche, Powell est la personnification du déséquilibre. Un monstre à l’apparence humaine qui tuera femmes et enfants sans même y réfléchir à deux fois. Robert Mitchum admettait lui-même que cette créature était sa plus belle composition. Une prouesse certainement due à la direction précise et méticuleuse de l’acteur Laughton qui encourageait son comédie à repousser les limites de son interprétation pour atteindre des sommets d’intensité. Pas étonnant alors que ce personnage demeure encore aujourd’hui un des plus efficaces bad guys imprimés sur celluloïd.

Pour venir à bout de cette figure maléfique indestructible il faudra bien une femme au moins aussi badass que lui, la matrone virtuose du fusil de chasse Rachel Cooper. Magnifiquement Incarnée entre puissance et douceur par la star du muet et égérie de D.W. Griffith, Lilian Gish, ce personnage monolithique est la réponse logique au croquemitaine Powell. Elle symbolise la stabilité, l’altruisme, la maitrise de soi. Toutes ces valeurs totalement étrangères à ce révérend de pacotille qui ne semble vivre que pour satisfaire ses instincts primaires malgré ses discours ampoulés.

Terminons par une note comique en précisant que le rôle de Powell fut repris en 1991 par Richard Chamberlain dans une adaptation télévisée de La nuit chasseur. Et ça, c’est tout de suite moins badass.

Badass Line : “No, no! Don’t you touch that, little lamb. Don’t touch my knife, that makes me mad. That makes me very, very mad.”

 

20. Cody Jarrett (James Cagney)

par Gilles Da Costa

FILM: L’enfer est à lui, de Raoul Walsh (1949)

James Cagney, cet immense acteur, a interprété de nombreux rôles de malfrats durant sa longue carrière – notamment dans L’ennemi public en 1931, Les anges aux figures sales en 1938 ou encore dans Les fantastiques années 20 en 1939 – mais le héros de L’enfer est à lui (White Heat) de Raoul Walsh est certainement le plus radical de tous. Car Arthur “Cody” Jarrett, gros bonnet de la côte ouest, n’a jamais eu une enfance miséreuse comme Tom Powers dans L’ennemi public et n’est pas non plus un vétéran de la guerre exposé à une Amérique en dépression comme Eddie Barlett dans Les fantastiques années 20. Non Cody est simplement un pur psychopathe d’une cruauté insondable souffrant d’un complexe d’oedipe si prononcé qu’il ferait passer Norman Bates pour un être équilibré.

Il n’hésite pas à dessouder aussi bien ennemis qu’alliés avec la même nonchalance, affichant un rictus de satisfaction soulignant encore sa nature maléfique profonde. Rien à sauver chez ce caïd là. Il parle aussi vite que sa mitraillette débite des balles, utilise ouvertement ses associés comme de simples pions pour arriver à ses fins et menace de mort quiconque ose remettre en cause son autorité (ou celle de sa mère, bien évidemment). Magnétique et intense, Cagney en fait un personnage pourtant séduisant et parfois pathétique lorsqu’il est poussé à mettre un genou à terre, pilonné par de fortes migraines. Une idée de Cagney afin d’humaniser ce personnage qu’il pensait trop antipathique et bidimensionel sur le papier pour remporter l’adhésion du public.

Cody Jarrett peut être perçu comme l’enfant cinglé né de l’abolition d’un code Hays ayant édulcoré les productions Hollywoodiennes depuis 1934. Un feu d’artifice de violence et de rage célébrant en fanfare le retour à une approche plus crue du film de gangsters. Un rôle sur mesure pour Cagney qui, après l’échec de sa propre société Cagney Productions, signait un juteux contrat avec la Warner et revenait sur le devant de la scène après six ans de vaches maigres.

Pinacle de l’odyssée destructrice de ce personnage flamboyant, cette sublime scène durant laquelle (attention, ça va spoiler) Jarrett, alors en prison apprend la mort de sa mère. Cagney y fait preuve d’une bestialité incroyable, hurlant, pleurant, allongeant les matons d’un crochet du droit les uns après les autres. Une interprétation si physique et tendue que certains figurants donnèrent leur démission le jour même, craignant certainement que Cody, ce lion de la jungle urbaine des 50’s, prenne le pas sur l’acteur et mette en danger leur intégrité physique.

Badass Line : “Big Ed, Great… Big… Ed. Know why they call him that? Because his ideas are big. Someday he’s gonna get a really big one, about me. It’ll be his last.”

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