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100 badass du cinéma, épisode 6 : Daniel Day Lewis, Roddy Piper, Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone, Lee Young-Ae

100 badass du cinéma, épisode 6 : Daniel Day Lewis, Roddy Piper, Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone, Lee Young-Ae

 On entame la deuxième semaine de notre hommage aux poilus des pattes, aux cadors du cool, aux seigneurs à sang froid… Episode 6/20 donc, avec à l’affiche du jour : There will be blood, Invasion Los Angeles, Predator, Rambo et Lady Vengeance.

26. Daniel Plainview (Daniel Day Lewis)

par Gilles Da Costa

FILM :  There will be blood, de Paul Thomas Anderson (2007)

Adapté du roman Oil! écrit en 1927 par Upton Sinclair, There Will Be Blood s’intéresse au boom de l’industrie pétrolière en Californie au début du siècle et suit le parcours de Daniel Plainview, un misanthrope prêt à tout pour faire fortune. Lorsque le réalisateur Paul Thomas Anderson en écrit le scénario en 2005, il pense immédiatement au génial Daniel Day-Lewis pour incarner ce mogul du pétrole en devenir. L’acteur comprend d’ailleurs très vite à la lecture du script la portée symbolique de cette histoire et ne tarde pas à s’approprier ce rôle complexe lui permettant de composer un anti-héros profond et torturé. Une aubaine pour ce comédien méthodique habitué à disparaître dans ses personnages en adoptant des tiques de langage et une gestuelle taillée sur mesure.

Plainview est un homme silencieux, fondamentalement solitaire et habité par un instinct de survie profondément ancré dans sa personnalité très individualiste. Un être qui se construit sans l’aide de quiconque et ne fait confiance à personne. Daniel Day-Lewis atteint avec ce personnage un équilibre incroyable et parvient à donner forme humaine à Plainview en le faisant constamment osciller entre humour noir et folie pure. Capable d’éprouver des sentiments mais toujours à deux doigts d’exploser dans accès de rage destructrice, cet organisme instable représente une menace permanente jusqu’à la fin du film. Un danger sous-jacent constamment entretenu par la splendide mise en scène de Paul Thomas Anderson et par l’excellente bande originale anxiogène et minimaliste de Johny Greenwood (qui n’est pas sans rappeler le travail du compositeur polonais Krzysztof Penderecki auquel Stanley Kubrick avait fait appel pour Shining).

Deux ans s’écoulent entre le moment où Daniel Day-Lewis accepte le rôle de Plainview et le premier jour de tournage. Tout le temps nécessaire à l’acteur pour étudier les différents pionniers du pétrole, comme Edward L. Doheny dont le personnage est ouvertement inspiré (la fin du film nous montrant le personnage vieillissant sera même tourné dans l’authentique Doheny Mansion). En effectuant des recherches il découvre ainsi la véritable nature de ces industriels impitoyables, guidés par une soif primale de richesse. Des pionniers habités par des rêves de grandeur, pour la plupart atteints par la fièvre de l’or noir. C’est ainsi que Plainview prend corps, en s’inspirant de ces figures impressionnantes et effrayantes dénuées de moralité ou de compassion.

Comme les héros du Trésor de la Sierra Madre de Huston, Plainview est possédé par ce désir de profit et de puissance. Guidé par son ambition démesurée, il ne laisse rien ni personne s’interposer entre lui et son objectif. Il mène une véritable quête dans ces paysages lunaires du désert Californien et surmonte les étapes les unes après les autres sans même prendre le temps se retourner. Que ce soit la mort de ses proches, le fanatisme religieux environnant, les souffrances physiques et morales liées à la solitude, rien ne semble l’atteindre ou ralentir sa progression. Tout d’abord humain il encaissera haines et animosités pendant des années jusqu’à les faire siennes, devenant peu à peu un être froid et arrogant indiffèrent à la douleur qui l’entoure. Figure du vampire revisitée, monstruosité capitaliste prédatrice, le mania du pétrole en arrive finalement à renier son humanité pour s’assurer richesse et pouvoir. Nous étions prévenus mais effectivement, pendant les 158 minutes du film, “There Has Been Blood”.

Badass Line : “One night I’m gonna come to you, inside of your house, wherever you’re sleeping, and I’m gonna cut your throat.”

 

 

27. John Nada (Roddy Piper)

par David Bianic

FILM :  Invasion Los Angeles, de John Carpenter (They Live, 1988)

Trop tôt amigo. J’ai vu Invasion Los Angeles trop tôt. À l’heure où tu découvres la mobylette, le film de Carpenter était beaucoup trop ringard pour savoir l’apprécier : la coupe de cheveu de Roddy Piper, son port du jean au nombril, et puis merde, quoi, des lunettes de soleil pour repérer les aliens ?! À l’époque, les ciné frissons du master of horror relevaient d’un rite de passage adolescent plus à propos : Halloween bien sûr, mais surtout The Fog et, avant tout, The Thing.

Ce n’est que 10 plus tard que They Live atteint sa cible. Enfin, le premier degré du film pouvait être apprécié à sa juste valeur et Roddy Piper de trouver rédemption à mes yeux. Le badass ne sortait plus d’une autre planète où il semblait épargné des balles et toujours cool, voire cold as ice. Non, le John Nada de Carpenter est un prolo, mieux un hobo, un délaissé du système. Sûr, on devine que Nada a dû faire quelques conneries et que ses biceps ne lui ont pas servi qu’à soulever du parpaing, mais probablement à en distribuer aussi dans la gueule d’un salaud de patron.

La mise en place du réalisateur est ainsi exemplaire : longue, immersive, avec cette basse et saxo entêtants. Si Nada met autant de temps à laisser parler le badass en lui, on comprend très vite ses motivations alors qu’il fait connaissance avec son collègue de chantier Frank (Keith David) dans ce bidonville de L.A. : “I believe in America”. Rebel with a cause, c’est tout le badass, ça, coco ! Carpenter réfute ainsi le passage obligé de la scène introductive d’action et il faut attendre la 25e minute avant qu’un premier bourre-pif ne s’engage. Pour un film d’action, c’est une éternité, un pari osé de la part du réal’. et probablement une des raisons de son échec relatif.

Piper était alors une star de la WWF, la World Wrestling Federation : un catcheur reconnu par tous les Américains, et notamment pour le kilt qui lui servait de costume de scène. Une célébrité du petit écran qui l’avait mené à jouer un an auparavant dans un obscur film de post-apo, Hell Comes to Frogtown. Une prestation dispensable où Piper est capturé par des infirmières-guerrières pour servir d’étalon fertiliseur, et ne peut s’échapper sans risquer l’électrochoc aux bourses… Mais Carpenter le retient pour They Live car “à la différence des autres acteurs d’Hollywood, la vie de Roddy est écrite sur son visage”.

Honnêtement, Piper est loin d’être un grand comédien mais laisse à l’histoire du cinéma d’action une de ses plus célèbres punchlines. Malgré le caractère éminemment macho man du personnage badass, il est souvent engagé dans une “bromance” qui flirte parfois avec le crypto-gay. Quand Nada tente de convaincre son poto Frank que derrière ces lunettes de soleil, il existe une autre réalité, ce n’est pas avec des bisous qu’il va l’amadouer mais dans un fistfight désormais historique pour sa longueur. Un mano a mano qui est un peu ce qu’est la scène de sexe à la comédie romantique, ces deux-là font l’amour à coups de poings. Tu as parfaitement le droit de trouver ça ridicule et abjecte cher lecteur, mais c’est mon sincère avis.

Le problème est, qu’après cette séquence de “je t’aime, moi non plus”, le film baisse franchement en qualité pour laisser cours aux 20mn obligatoires d’actioner bourrin sans grande originalité. Mais Piper de montrer toute l’étendue de sa badassitude nourrie par une carrière entre les cordes. Pour Carpenter aussi, c’est fun time. Sa critique des médias et de la marchandisation s’adresse particulièrement au magnat Ted Turner.

Si les lunettes montrent l’aberration extra-terrestre en noir & blanc, c’est une façon pour Carpenter d’hurler sa haine envers les colorisations de classiques chez Turner Classic Movies. Dans un final explosif, Piper devient le bras vengeur de Carpenter alors qu’il démolit bureau par bureau la chaîne télé collabo, avant de faire péter l’antenne relai avec un mini-pistolet pour gonzesse… Mort pour sa patrie dans l’acte, Piper s’en va en adressant un majeur tendu à la nation alien. La voix de John Rambo résonne alors dans nos têtes : Live for nothing or die for something. Malgré tous ses défauts, They Live/Invasion Los Angeles demeure mon Carpenter favori pour ses 40 premières minutes.

Badass line : “I came here to chew bubblegum and kick ass. And I’m all outta bubblegum”.

 

28. Major Alan “Dutch” Schaefer (Arnold Schwarzenegger)

par David Bianic

FILM : Predator, de John McTiernan (1987)

L’année : 1987. J’ai 13 ans. Ma grande taille m’avait jusqu’ici permis de duper la dame au guichet et ainsi de braver l’interdiction au moins de 12 ans. Mais cette fois, je suis un “grand”, je rentre la tête haute. De toutes façons, j’avais déjà vu Commando deux ans plus tôt, ça ne me faisait plus rien. Mieux, j’aimais ça cette débauche de violence des actioners signés Golan-Globus ou Joel Silver. Peut-être s’agissait-il de compenser l’adolescence qui poussait dans ma culotte et sur mon visage, mais toujours est-il que Schwarzie me confortait dans l’idée d’un idéal masculin (avec Michael Dudikoff aussi, dans la série American Ninja, mais pour d’autres raisons…). Mais rien ne m’avait préparé à Predator. Jusqu’ici le cinéma du mercredi (merci maman pour ton abnégation) était soit un film de guerre, soit un film de science-fiction, mais pas les deux.

Tous les rendez-vous du cinéma badass sont présents dès les premières minutes du film : les mercenaires musculeux qui n’ouvrent le bec que pour jurer ou cracher leur chique, venus sauver un officiel. Ça me rappellait cette VHS que j’avais vu en douce chez des amis un soir… comment déjà ? Ah oui, New York 1997À 13 ans, le Major “Dutch” et sa bande sont mes douze salopards, mes indestructibles : “C’est coton, j’y enverrai pas un chien vérolé”. Putain que ça sonne juste. À vrai dire, je préfère encore cette VF un peu empruntée à ce jour. La madeleine de Proust sûrement…

Sauf que rapidement, là dans la forêt, se cache quelque chose qui fait trembler même ces durs à cuire, et moi par la même occasion. Comme le requin de Jaws qui occupe l’espace grâce à la musique de John Williams, sans que jamais la bête n’apparaisse, c’est ici l’écho forestier créé par le compositeur Alan Silvestri qui me glace le sang, avant que le bruit de mandibule du Yautja/Predator ne vienne en rajouter une couche (de frisson).

Le tour de force de McTiernan sera pourtant de déconstruire totalement cette apologie militaire, montrant peu à peu le caractère vain de l’arsenal des mercenaires et de leur logique de gros américains impérialistes face à cette menace non-humaine. L’absurdité de la guerre, tout ça, défile dans ma caboche, et l’engagement de Dutch m’ouvre sans le savoir au concept d’existentialisme. D’éminemment badass, Dutch devient une proie fragile, violentée par cette bestiole qui n’a pas “une gueule de porte-bonheur”.

Complètement vampirisé à ce stade par le film, son dernier tiers me propulse dans une autre dimension et me permet de comprendre cette leçon de cinéma : “less is more”. Le cache-cache puis face-à-face entre Dutch et le Predator se passe alors de mots ou presque. De décor, la forêt passe au statut de rôle principal, d’arbitre de l’affrontement (et pourtant ces séquences sont tournées en partie en studios…).

La fatalité du combat ne fait plus aucun doute, il n’y a plus d’enjeu : que Schwarzie ou le Yautja l’emporte n’est plus important à mes yeux, la beauté est dans la mise en scène, dans ce moment de vie. Je voudrais que le temps demeure suspendu. McTiernan venait de tuer (pour un moment) le mythe du héros badass chez moi. Cette posture de coolitude dans la violence venait de s’envoler, Schwarzie était redevenu mortel et allait laisser place à un nouveau personnage badass, plus faillible : John McClane.

Badass line : “S’il peut saigner, on peut le tuer”.

 

29. John J. Rambo (Sylvester Stallone)

par David Mikanowski

FILM :  Rambo, de Ted Kotcheff (First blood, 1982) et ses suites…

Ancien béret vert des forces spéciales de l’US Army, médaillé d’honneur, John J. Rambo (Sylvester Stallone et ses grands yeux tristes de cocker) revient sur le sol natal, l’esprit encore embrumé par les fumigènes. Dans un petit bled des Rocheuses, où il espérait retrouver le seul survivant de son commando, il arrive trop tard. Certains gaz utilisés au Vietnam ne pardonnent pas : son compagnon d’armes est mort d’un cancer à retardement. Sous le choc de cette révélation, Rambo cède à la provocation d’un flic aussi minable qu’imbu de son pouvoir (Brian Dennehy). Placé sous les verrous, humilié et brutalisé (ce qui réveille en lui un vieux trauma : le viet vet a été torturé par des congs !), le soldat sort en force du commissariat et s’échappe. Dès lors, la police locale et la garde nationale déploient les grands moyens pour retrouver le fugitif. C’est le début d’une chasse à l’homme où, réfugié dans les bois, Rambo tient un échec tous ses poursuivants. Traqué comme une bête, seul contre tous, le chassé devient chasseur et entre en guerre contre les autorités…

Meilleur épisode de la série, ce premier volet traite, avec émotion, de la difficile réadaptation à la vie normale des vétérans du Vietnam, montrant la détresse d’une génération sacrifiée, puis marginalisée. Rambo personnifie d’ailleurs la mauvaise conscience et les blessures toujours ouvertes d’une nation, qui nie l’immensité de son sacrifice. Des cicatrices que l’on a voulu refermer trop vite dans un conflit aussi vain qu’oublié. Oui, Johnny porte un cri de rage et de désarroi contre l’ingratitude et l’incompréhension de la population “restée au pays”. Mais cet acharnement à le détruire n’est-il pas une façon d’effacer un mauvais souvenir ?

En parfaite forme physique, Sly s’est surpassé sur ce film. Il a insisté pour exécuter lui-même toutes ses cascades, s’est cassé trois côtes… Il court, se bat, tire à l’arme lourde, nage et – acculé et blessé – plonge dans le vide, espérant amortir sa chute de 50 mètres grâce aux branches d’un sapin ! Il traverse surtout l’un des plus excitants survival des années 1980, tourné au Canada, en Colombie-Britannique.

Rambo est né en 1972 sous la plume d’un universitaire, David Morrell. À l’époque, ce dernier étudiait les poètes français, en particulier Arthur Rimbaud. Rimbaud. Rambo… les deux syllabes titillent l’imagination de l’auteur. Le nom sonne bien. Il l’adopte ! Il y a pourtant une différence majeure qui sépare le film du livre : dans ce dernier, le héros meurt, expédié ad patres par son propre officier-instructeur, son mentor et père spirituel le colonel Trautman (aka Richard Crenna dans la saga cinématographique) !

Film amer et violent, Rambo (First Blood en VO : le “premier sang” versé, titre magnifique) sera un honnête succès aux États-Unis… mais cartonnera surtout en Europe – ce qui entraînera immanquablement une suite : Rambo II : la mission (Rambo en VO !), coécrit par un certain James Cameron. En bon patriote, Stallone change de stratégie commerciale pour mieux gratter la fibre américaine. Cette fois, Rambo s’est débarrassé de la mauvaise conscience qui flottait sur sa première aventure et continue SA guerre (on le charge de ramener aux pays des soldats américains, encore en captivité au Vietnam. Il en profite pour dégommer, au passage, un maximum de soviets). Malgré l’idéologie douteuse du film sorti en pleine ère Reagan, ce deuxième épisode revanchard est magistralement réalisé par George Pan Cosmatos et reste un film d’action ultra efficace. Il est d’ailleurs plus ambigu qu’il n’y paraît puisque notre titan moderne y est trahi par l’administration américaine et la CIA ! Ce qui n’empêchera pas le long métrage de faire retentir le tiroir-caisse avec plus de 300 millions de dollars de recettes dans le monde, dont la moitié aux States. Sans compter les produits dérivés (avec sa lame affûtée en acier Inox de 39 cm, le poignard Rambo a été le grand best-seller de l’année 1985). America is Back !

Il y aura encore deux suites : le très bruyant Rambo III, en 1988, dans lequel Stallone, bardé d’armes, va rechercher son colonel chéri, prisonnier des Popovs dans le désert afghan. Sly hurle, vocifère, borborygme, pas aidé par un doublage très “World Company”.

Puis après vingt ans d’absence, le héros guerrier fait son baroud d’honneur en 2007 avec John Rambo : retiré du monde en Thaïlande, le culturiste botoxé quitte sa retraite pour porter secours à d’imprudents missionnaires, enlevés par la junte militaire birmane. Complaisant et sommaire, ce quatrième épisode interprété par un Sly sexagénaire se termine dans un bain de sang (les corps déchiquetés à la mitrailleuse lourde). Mais l’émotion du dernier Rocky a hélas disparu. Au moins, dans le premier Rambo, l’Étalon italien inventait… le “badass sensible”.

Badass Line(s) : “En ville tu fais la loi, mais ici c’est moi. Alors fais pas chier. Me fais pas chier ou j’te ferais une guerre comme t’en as jamais vu ! (Rambo 1)

“Je veux ce que eux veulent et ce que tous les types qui ont vidé leurs tripes et donné tout ce qu’ils avaient dans le ventre veulent : NOUS voulons que notre pays nous aime autant que NOUS l’aimons !” (Rambo 2)

“Je suis ton pire cauchemar” (Rambo III).

 

30. Lee Geum-ja (Lee Yeong-ae)

par Gilles Da Costa

FILM :  Lady Vengeance, de Park Chan-wook (Chinjeolhan geumjassi, 2005)

Troisième volet de l’impressionnante trilogie de la vengeance orchestrée de main de maître par le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook après Sympathy for Mr. Vengeance et Old Boy, Lady Vengeance témoigne de la maîtrise narrative et formelle de son metteur en scène. Tout ici est pensé pour sacraliser la vengeance, sublimer la violence pour la pousser vers un état paroxysmique touchant à l’absurde et au surréalisme. L’héroïne du film interprétée par l’excellente Lee Young‑Ae, la jeune Lee Geum-ja, y est montrée comme une figure vengeresse quasi religieuse, magnifiée par une mise en image grandiloquente, presque opératique. Une Marie-Madeleine paradoxalement auréolée de grâce venant apporter sa “juste” rétribution à celui qui porte la responsabilité de son incarcération durant plus de dix ans pour un crime qu’elle n’a pas commis.

Geum-ja symbolise cette violence décomplexée, un mélange de pureté et de sadisme. Calculatrice et appliquée elle fait en sorte de théâtraliser sa démarche comme pour mieux apprécier son accomplissement. Elle entreprend les plus abjectes actions, mais toujours avec style, soignant la forme comme son réalisateur pour souligner avec insistance la monstruosité du fond. L’environnement, les costumes, les accessoires choisis par Geum-ja sont là pour parfaire cette mise en scène et offrir un écrin à l’expression de sa rage contenue. En décalage avec les deux précédents héros de cette trilogie de la vengeance, elle représente plus une figure de style incarnée qu’un être à part entière. Outil d’une vengeance réduite dans ce film à un pur motif, elle est le vecteur utilisé par Park Chan-wook pour exercer sa maestria technique, le véhicule fantomatique accompagnant le spectateur d’un tableau à un autre.

Stratège de la vendetta, adepte de la loi du Talion, Geum-ja est certainement l’un des personnages les plus impitoyables du cinéma de Park Chan-wook. Ayant enfermé son humanité à double tour derrière une beauté glacée et une attitude détachée, elle révélera sa véritable nature durant le dernier tiers du métrage mais laisse derrière elle un tas de cadavres témoignant de son implacable détermination. Belle, machiavélique, totalement dénuée de compassion envers ses ennemis, elle est le modèle le plus évolué de toutes les machines de vengeance conçues par Park Chan-wook. La perfection faite sociopathe, aboutissement d’un parcours dans l’exploration de la vindicte humaine, alliant en son sein l’idéal formel du contenant à la sophistication structurelle du contenu.

Badass Line : “Nous faisons tous des erreurs, mais si on a péché, il faut expier. Expiation, tu comprends ?”

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