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100 badass du cinéma, épisode 8 : Chow Yun-Fat, Alan Rickman, Joe Pesci, Dennis Hopper, Jenette Goldstein

100 badass du cinéma, épisode 8 : Chow Yun-Fat, Alan Rickman, Joe Pesci, Dennis Hopper, Jenette Goldstein

Au programme de ce 8e épisode :  du badass de toutes les nationalités dans A toute épreuve, Piège de cristal, Les Affranchis, True Romance et Aliens. Dévorez, découvrez, exultez…. GRAOU !!!

 

36. Inspecteur « Tequila » Yuen Chow (Chow Yun Fat)

par John Plissken

FILM : A toute épreuve, de John Woo (Hard Boiled/Lat sau san taam, 1992)

C’était au Max Linder, en 1993. Une nuit John Woo proposait A toute épreuve, Une balle dans la tête et, me semble-t-il, Le Syndicat du crime 1 & 2. Le réalisateur hong-kongais, porté aux nues par la presse ciné engagée (dont… Starfix, disparu en décembre 1990, snif), se taillait une réputation stellaire depuis plusieurs années chez les cinéphiles pétris de HK movies. Je n’en faisais pas vraiment partie et, à l’époque, ma culture en la matière se limitait aux pelloches de Bruce Lee et Jackie Chan. Mais dans mes bibles ciné (Starfix, Le Cinéphage, Mad Movies et une lichette des Cahiers du cinéma), le nom de John Woo avait acquis un prestige tel que la perspective de pouvoir ENFIN découvrir ses chefs-d’oeuvre (remember les jeunes, pas d’Internet à l’époque) ne se refusait décemment pas.

Avec son titre anglophone (Hard Boiled), homonyme d’une BD de Frank Miller sortie en 1990, A toute épreuve me faisait nettement plus frétiller que les autres films de la programmation. Certes, on ne lui remettra pas la palme du scénario : deux flics, dont l’un sous couverture (chow-Yun Fat et Tony Leung) , luttent sans merci contre un gang de trafiquants d’armes sanguinaires à Hong Kong. Mais malgré ce pitch simpliste (et voulu comme tel par Woo), sa réputation d’opéra de violence virtuose aux fusillades défiant l’entendement l’avait précédé. Et bordel de mes aïeux, holy crap, criss de caribou de calisse, je ne fus pas déçu ! Chorégraphiées par Woo (ancien prof de danse, je comprends mieux…) avec l’aide précieuse du coordinateur des cascades Philip Kwok et du chef op’ Horace Whon Wing-hang, les dites fusillades relevaient bel et bien du jamais vu.

Quant à Chow Yun-Fat, dans un rôle pensé à l’origine comme une version hong kongaise de Dirty Harry, difficile de lui contester une classe à badass tendance pet-au-casque lorsqu’il flingue du gredin en dévalant sur le dos une rampe d’escalier lors de l’affolante scène de la maison de thé. Un gunfight introductif de six minutes conclu par un gros plan furieux (et suggéré par Chow Yun-Fat lui-même) sur le visage de Tequila maculé de farine et du sang du truand à terre qu’il vient d’abattre d’une balle dans la tête. Et dire que tout celà n’était qu’un hors d’oeuvre en attendant la monstrueuse fusillade finale dans un hôpital : 20 minutes de folie pure et un Chow-Yun Fat/Tequila qui valse entre les pruneaux un chérubin dans la main. Bande de malades !!!

 

37. Hans Gruber (Alan Rickman)

par John Plissken

FILM :  Piège de cristal, de John McTiernan (Die Hard, 1988)

Le génie de Piège de cristal, hormis d’autres innombrables raisons, tient aussi au choix d’Alan Rickman pour le rôle d’Hans Gruber, le boss teuton des braqueurs du Nakatomi Plazza. Rickman, la quarantaine à l’époque, n’a pas tourné un seul film de sa vie lorsque Joel Silver et John McTiernan le repèrent au printemps 1987 sur les planches à Broadway, où il incarne le Vicomte de Valmont dans Les Liaisons dangereuses. Bim ! Le grand méchant de Die Hard est trouvé et Alan Rickman va littéralement créer à lui tout seul une franchise. Antithèse des malendrins dégénérés auxquels sont abonnés Stallone, Schwarzenegger et autres Chuck Norris, Hans Gruber représente la quintessence de l’homme moderne et civilisé qui a choisi le Mal par pur pragmatisme.

John McTiernan, qui a remplacé les terroristes du script original par une bande de braqueurs parce qu’il souhaitait faire un film léger, tenait à ce que la bande à Gruber ressemble davantage à une bande de top models qu’un groupe d’hystériques poilus. Avec Rickman, c’est réussi : mince, élégant, bel homme, Hans Gruber a l’air tout droit sorti des pages d’un numéro de Vogue Homme. Sa voix si particulière (un timbre extrêmement distingué dû parait-il à une legère malformation de la machoîre), son self control imperturbable (peu à peu rongé au fil du film, certes), sa culture, son intelligence, son ironie mais aussi sa froide détermination en font l’un des plus grands bad guys de l’Histoire du cinéma d’action. Un CSP + du crime, maintes fois plagié depuis et dont la mort en forme de grand plongeon achève de le graver définitivement dans nos mémoires.

BADASS LINE : “I’m going to count to three… there won’t be a four”

 

38. Tommy DeVito (Joe Pesci)

par John Plissken

FILM :  Les Affranchis, de Martin Scorsese (Goodfellas, 1990)

Presque dix ans avant les Soprano et dans un registre radicalement plus léger que les Parrain de Coppola, Martin Scorsese nous fit aimer dans Les Affranchis un mafieux de la pire espèce. Je ne parle ni du héros du film Henry Hill (prodigieux Ray Liotta), ni de son complice Jimmy Conway (Robert De Niro, impeccable), encore moins de leur boss Paul Cicero (Paul Sorvino, impérial)…. Mais bien du fou furieux Tommy DeVito, incarné par un Joe Pesci aux antipodes du bouffon grimaçant de L’Arme fatale 2 sorti un an plus tôt. Scorsese, qui avait déjà dirigé Pesci dans le rôle du frère cadet de Jake LaMotta (De Niro) dans Raging Bull, savait très bien de quel bois était fait le petit nerveux. A savoir un acteur à l’immense potentiel charismatique, capable de passer en un clignement d’yeux d’un rigolard facétieux à un psychopathe meurtrier quasi-animal. Talent indispensable pour pouvoir incarner DeVito avec toute la crédibilité requise.

Tourné par Scorsese dans la foulée de La Dernière tentation du Christ, Les Affranchis (probablement son meilleur film) adapte le livre documentaire Wiseguy de Nicolas Pileggi, inspiré de la vie authentique du mafieux repenti Henry Hill, entre 1955 et 1980. Le personnage de Tommy DeVito est lui-même calqué sur un véritable truand : Tommy “Two Gun” DeSimone, réputé pour tuer comme il respirait, parfois pour les motifs les plus futils. Dans son livre Gangsters and Goodfellas: The Mob, Witness Protection, and Life on the Run (2007), Hill décrit ainsi son ex-associé trépassé comme un “pur psychopathe” que les gens cherchaient à éviter la plupart du temps : “DeSimone pouvait tuer quelqu’un juste parce qu’il voulait essayer une nouvelle arme et avait besoin d’une cible humaine”. Selon Hill, l’interprétation de Joe Pesci est fidèle entre “90 et 95%” à la réalité, la seule véritable différence concernant la carrure de l’acteur, nettement plus “format de poche” que son modèle.

A l’écran, le choix de Pesci s’avère payant au centuple : à chacune de ses scènes, il éclipse littéralement tout le reste du casting par son invraisemblable abattage et ses vannes d’une drôlerie sans nom. Quand Pesci/DeVito fait plier de rire des convives avec ses souvenirs du gnouf, on rit avec eux tant l’acteur manie la chute en orfèvre. Mais lorsque sa loghorrée s’interrompt brutalement parce qu’un misérable a prononcé le mot de trop, son regard s’embrase d’une lueur démente aussi incontrôlable que la violence qui va suivre. Et là, il fout salement les jetons, le nabot…

Avec lui, un banal accrochage se termine en bain de sang : la haine et la rage qu’il déploie en s’acharnant sur le corps ensanglanté de son rival Billy Bats font d’autant plus froid dans le dos que la scène est tirée d’un souvenir authentique. Tout comme le meurtre de sang froid du pauvre Spider (Michael Imperioli, plus tard recruté par David Chase dans Les Soprano, comme 80% du casting des Affranchis), abattu sans sommation par DeVito pour une simple insulte.

Un monstre, Tommy DeVito ? Assurément. Et pourtant, sa bonhomie, son affection pour sa mère (jouée dans le film par la propre maman de Scorsese) et son amitié fidèle pour Hill et Conway parasitent toute antipathie radicale, telles de fragiles trouées d’humanité scintillant dans l’obscurité du fauve. Joe Pesci, qui remporta l’Oscar du meilleur second rôle masculin en 1991 pour cette sidérante prestation, a fait plus que prêter ses traits et son jeu à son alter ego : il en a écrit certaines répliques, comme son inoubliable monologue “Funny how ?”, pétrifiant sur place Ray Liotta, peu à peu interloqué par la vraie-fausse colère piquée par DeVito. Joe Pesci ou l’art de faire basculer toute une tablée du rire au silence de mort, en nous intimidant de concert avec le groupe avant de tout désamorcer in extremis. Quoique… Un chef-d’oeuvre de performance pour un des plus grands chefs-d’oeuvre de Scorsese et dans la foulée, osons l’excès, de toute l’Histoire du cinéma.

 

39. Clifford Worley (Dennis Hopper)

par John Plissken

FILM : True romance, de Tony Scott (1993)

Parfois, une scène, une seule, suffit à asseoir la réputation du badass pour l’éternité. Et ce quel que soit son statut social, son âge ou sa tronche. Prenez donc Clifford Worley (Dennis Hopper), daron de Clarence Worley (Christian Slater) dans True Romance. Côté standing, le mec ne vaut pas une portion de tripes comme ex-flic reconverti en vigile croupissant avec son chien dans une caravane miteuse à Detroit. Un beauf gras du bide et probablement pas le genre à soutenir le mariage pour tous. Et pourtant, Worley Sr est un vrai badass daddy : lorsque son fiston, en cavale avec la prostipute Alabama (Patricia Arquette) après avoir buté son maqu’ (Gary Oldman), débarque pour lui demander de l’aide, Clifford se plie en quatre alors qu’ils ne se causent plus depuis une paie.

Une fois Clarence et Alabama partis à Los Angeles, Clifford va montrer de colossales bollocks pour les couvrir lorsque sa caravane est investie par le mafieux Don Vincenzo Coccotti (Chris Walken, parfait !) et ses molosses. Vincenzo sait que le couple est passé, il veut savoir où est-il parti. Face à l’élégance vulgaire et au ton comminatoire faussement policé du gominé, Worley, assis et encerclé, joue d’abord au con. Première beigne : Vincenzo n’a pas son pareil pour repérer les mimiques des menteurs. Le ton de la scène bascule alors du jouissif au carrément grandiose : en une lueur dans le regard et une question à Walken (“je peux avoir une cigarette ?”), Dennis Hopper nous fait comprendre que son personnage a compris qu’il était foutu. Qu’il balance son fils ou pas n’y changera rien.

La « Sicilian scene » : Clifford Worley (Dennis Hopper, de dos) dans son face à face d’anthologie avec le mafieux Vincenzo Coccotti (Christopher Walken). Sublime, ni plus ni moins !

Autant partir sur un acte de bravoure et, au passage, connaître si possible une mort douce et rapide plutôt qu’une longue agonie. Clifford Worley se lance alors dans l’un des monologues les plus extraordinaires entendus à l’écran : une “leçon d’Histoire” à l’attention de Vincenzo sur les racines noires des Siciliens. Le condamné à mort prend son temps pour exposer patiemment son raisonnement kamikaze face à un Don Vincenzo autant interloqué qu’amusé. Ecrite par Tarantino (encore lui !), la scène se savoure à plusieurs niveaux : la complicité palpable entre Walken et Hopper à l’écran (amis très proches dans la vie, ça aide), la mise en place dramaturgique du sacrifice de Worley sur fond de musique opératique, les mots désopilants qu’il choisit pour humilier son adversaire et enfin une issue forcément tragique et poignante.

La provoc’ de Worley a payé : Don Vincenzo laisse finalement sa rage éclater et abat froidement le papa téméraire, lui qui “n’avait tué personne depuis 1984”. Magnifique. Blague de sale gosse typiquement tarantinienne : un porte flingue de Vincenzo découvrira juste après l’adresse de Clarence à Los Angeles… sur un post it collé au frigo. Tarantino expliquera plus tard que le monologue de Dennis Hopper sur les Siciliens lui a été inspiré par un “type black” qui vivait chez lui à l’époque de ses années vidéo-club. Quant à Worley Sr, il l’aurait directement modelé sur le souvenir de son propre beau-père. La « Sicilian scene », truffée du terme “niggers” abhorré par Spike Lee, reste en tout cas l’une des préférées de son auteur. Et Clifford Worley assurément l’un des badass éphémères les plus héroïques de l’Histoire du cinéma.

BADASS LINE :

– Clifford Worley : « Here’s a fact I don’t know whether you know or not. Sicilians were spawned by niggers ».
– Coccotti : « Come again ? ».

 

 
40. Private J. Vasquez (Jenette Goldstein)

par David Brami

FILM :  Aliens, de James Cameron (Aliens, 1986)

Vasquez. Tout bon cinéphile qui se respecte ne doit penser qu’à un seul et unique personnage quand il entend ce nom : la jolie marine mexicaine d’Aliens. Dans ce film, James Cameron impose sa réputation aujourd’hui acquise de créateur de femmes fortes. A l’époque, le réalisateur d’Avatar n’était connu du grand public que pour le déjà culte Terminator, et il tardait de voir comment il allait s’en sortir en montrant Ripley à contre jeu, c’est à dire armée non plus d’une petite culotte blanche, mais d’une grosse pétoire bien lourde. Si Jim a bien comblé nos attentes à ce niveau, il est allé beaucoup plus loin. Ici, Ripley doit retourner sur LV-426 cette fois accompagner d’une escouade de marines afin de défourailler du Xénomorphe à la sulfateuse.

Clope au bec, cheveux ras, bandana bien serré et semblant tout droit sortie des ghettos mexicains avec ses muscles saillants, Vasquez se démarque du reste de l’équipage dès les premiers plans. A peine sortie l’hyper sommeil et alors que tout le monde tente de se sortir la tête du fion, la chinga saute sur la première barre venue pour faire des tractions. Avec des étoiles dans les yeux, on observe alors celle dont le festival de vannes et de bonnes répliques s’ouvre de façon grandiose : « Et toi ? » répond-t-elle à l’un de ses collègues qui lui demande si on l’a déjà prise pour un mec (je valide, je surlove cette punchline !  – NDPlissken). Quand Ripley sera douloureusement en train de revivre son expérience à l’oral, afin que tout le monde comprenne l’horreur qui les attend, Vasquez la coupe : « Je veux savoir une seule chose : où est-ce qu’ils se cachent ? », simulant l’action d’en shooter un avec ses mains.

Directe et brute de décoffrage, elle prendra avant tout le monde les décisions qui s’imposent. Pesée par l’inaction et l’incapacité de son supérieur à prendre les bonnes décisions, c’est elle qui ouvrira le bal en tirant à tout va quand leur première rencontre avec les aliens prendra un mauvais tour. Elle proposera ensuite de gazer tous les nids de bestioles avant que Ripley ne prenne le relais en proposant de tout faire sauter. Sulfateuse, shotgun intergalactique, pistolet, Vasquez utilisera jusqu’à sa dernière balle pour couvrir l’équipe et partira aux quatre vents, se sacrifiant avec son lieutenant en faisant péter une grenade afin de bousiller le maximum de créatures dans un dernier «OoRah» flamboyant.

Un rôle qui vaudra à son interprète Jennette Goldstein le bien mérité Saturn Award du second rôle en 1987. On retrouvera d’ailleurs cette dernière la même année dans le vampirique Aux Frontières de l’Aube de Kathryn Bigelow, dans une partition presque aussi badass aux côtés de ses complices d’Aliens Lanre Henriksen et Bill Paxton. Un film pour lequel elle recevra également une nomination. Malheureusement, ce dernier n’aura pas le succès escompté et il faudra dès lors avoir l’oeil avisé pour reconnaître la miss dans Terminator 2 (elle y joue la mère adoptive de John Connor, celle qui bute son mari avec un bras en métal liquide), Titanic ou deux épisodes de la troisième saison de 24 Heures Chrono. Mais impossible d’oublier la baroudeuse, surtout quand dans une volonté auto-référentielle, Cameron offrira un rôle quasi-similaire à Michelle Rodriguez dans Avatar. Un bel hommage à celle qui possède aujourd’hui sa propre société… de soutiens gorge grandes tailles ! Ai-je besoin de dire jusqu’où Jenette Goldstein est badass ? Inutile en tous cas de chercher bien loin pourquoi son personnage dans Aliens porte son prénom (et oui, c’est bien Jenette Vasquez).

Badass line : «LET’S ROOOCK !»

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