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100 icônes badass du cinéma, épisode 1/20 : Kurt Russell, Rutger Hauer, Ken Foree, Lino Ventura, Atsuko Tanaka

100 icônes badass du cinéma, épisode 1/20 : Kurt Russell, Rutger Hauer, Ken Foree, Lino Ventura, Atsuko Tanaka

A compter de ce 1er avril, une nouvelle série d’articles quotidienne sur le Daily Mars : les 100 personnages badass du cinéma. Un classement pas du tout hiérarchique, totalement subjectif, un brin nostalgique et qui nous rappelle à quel point ces durs à cuire font la loi dans nos coeurs de bouffeurs de ciné de genre. Un dossier qui sent la sueur et la poudre, bordel de merde  !

Dans le numéro 84 de feue la revue Métal Hurlant, publié en février 1983 et exhumé à l’occasion de ce dossier par David Mikanowski (notre documentaliste fou), Philippe Manoeuvre s’était fendu d’un article gonzo de légende intitulé L’Homme au masculin. Précurseur sans le savoir du saint Daily Mars, cet homme jadis brillant (avant de cachetonner dans un télé-crochet minable pour M6), s’était alors mis en tête d’établir une cartographie de l’homme burné au cinéma. Le dossier, brillant et drôlissime, était parti d’une couverture de Libé sacrant à l’époque E.T « Homme de l’année » et plongeant Manoeuvre dans une abîme de consternation révulsée : « Un foutu extra-terrestre mou et aguichant comme une bite de centenaire, voilà ce qu’ils ont trouvé comme homme de l’année ? Mais où sont-ils passés, les hommes, bordel de merde, qu’on soit obligé d’en imposer ces artefacts odieux pour faire l’unanimité des masses décervelées ? » Brillant, je vous dis.

Copyright Les Humanoïdes associés (février 1983)

Et dans un magnifique exercice de style entre le premier et le second degré pastichant la beauferie, Phil « Mad » Manoeuvre s’attelait à un décryptage typographique, tout en guerroyant contre les féministes « surgissant du néant, déferlant en horde serrée et touffue » et surtout contre les « patineurs à roulettes bouffeurs de yaourts« . Les bouffeurs de yaourt. Quelle expression géniale, probablement recyclée sans vergogne ici-même dans les jours qui vont suivre. Elle caractérise bien par la négative la série consacrée aux personnages cultes que nous entamons en ce lundi saint (amen) : bad guys ou héros, star ou troisième couteau, homme ou femme (le badass est unisexe), humain ou alien, aucun des 100 noms de notre sélection au fil des prochaines semaines ne sont des putain de bouffeurs de yaourt.

Et à l’heure où le cinéphile orphelin d’un cinéma d’action décent peine à trouver ses icônes contemporaines, en cette ère troublée où les vampires moisis de Twilight ont mièvrisé la pop culture et où John McClane n’est plus qu’un blaireau inutile, il est temps, mes frères, de rappeler haut et fort ce qu’est un fucking badass, nom de Dieu ! Certes, pas facile d’en donner une définition par l’affirmative. Le badass est un concept élastique, forcément fonction de la perception des uns et autres, et l’on peut essentiellement le caractériser par une qualité première : à l’écran, il a de la gueule et nous manque dès qu’il sort du cadre.

Plus concrètement, le terme en lui même remonte à l’argot américain des années 60 (selon l’édition 2013 du Random House Dictionnary)  et sa définition oscille du substantif badass (« personne dure ou agressive » – Collins English Dictionnary) à l’adjectif badass (« personne difficile à gérer ; d’un caractère mauvais, susceptible » ou « significativement dur ou puissant » ; « si exceptionnel qu’il peut être intimidant » –  Random House dictionnary).  On aime bien cette définition lue sur www.urbandictionnary.com :  » A person who defines supreme confidance, nearly divine abilty, and a frequent disregard for authority« . Ca me parait assez parlant ! Au cinéma, le badass, lorsqu’il est évidemment bien écrit et joué, est une figure généralement extrêmement payante pour la notoriété de son interprète. Son usage dans le langage courant français nous paraît relativement récent et synchrone avec la montée en puissance de la culture geek consciente d’elle-même depuis une dizaine d’années – on ne trouve aucun « badass » dans l’article de Metal Hurlant par exemple. Mais peut-être nous enduisons nous d’erreur, allez savoir… Bref ! Voilà cent exemples, tous très subjectifs, d’icônes définitivement cultes et cool du 7e art et qui nous ont offert, ne serait-ce que le temps d’une scène, les plus intenses vertiges d’exultation cinématographiques. Enjoy ! Or die hard…

 

1. Snake Plissken (Kurt Russell)

par John Plissken

FILM : New-York 1997, de John Carpenter (Escape from New York, 1981)

C’était un soir de l’été 1981, l’année de mes dix ans. Starfix n’était pas encore né mais mon imaginaire, à coup de Strange, Star Wars et Goldorak, atteignait déjà l’intensité d’une supernova. Alors que ma cinéphilie bourgeonnante et pas encore tout à fait consciente s’apprêtait à exploser, mes parents m’avaient emmené voir New York 1997 dans un ciné du côté de Montparnasse. Parfum de soufre, le film était interdit aux moins de treize ans à l’époque.

J’ai un souvenir très précis de l’ouvreuse vaguement dubitative (“mais vous êtes sûrs qu’il a treize ans ce garçon ?”), de mes parents droits dans leur bottes de mauvaise foi (“mais bien sur madame, enfin !”)… et du film. De la claque. De l’immersion affolante dans un New York du futur nocturne et coupé du monde, rongé par la crasse et la mort. De ce petit prologue anxiogène et excitant nous apprenant que Big Apple a vu son taux de criminalité augmenter de 400% en 1988 et que la situation incontrôlable a conduit le gouvernement à transformer la ville en prison à ciel ouvert. Je me souviens aussi de la musique, cette foutue mélodie en mode mineur façon marche funèbre au synthé, qui me file toujours la même bordée de frissons à chaque écoute, aujourd’hui encore. Et Snake Plissken. Kurt Russell.

A-t-on jamais vu avant, et depuis, un salopard plus cool et culte au cinéma ? De son vrai nom S. D. Robert Plissken, “Snake” (baptisé ainsi raison du cobra tatoué sur son ventre) est un ancien héros d’une 3e guerre mondiale furtivement évoquée dans le film, devenu braqueur de banques avant d’être capturé par les forces de l’ordre. C’est à lui que le chef de la sécurité Bob Hauk (Lee Van Cleef, idée de casting géniale) demande d’aller récupérer le président des Etats-Unis (Donald Pleasence) dont l’avion s’est crashé en plein Manhattan. Plissken accepte, bien obligé : cette crevure de Hauk vient de lui faire injecter deux minuscules charges explosives dans les veines jugulaires, commandables à distance et qui ne seront désamorcées que si Snake ramène le président vivant. Le condamné s’acquittera de sa mission… mais réserve à Hauk (et au spectateur) un coup final effroyable de nihilisme et d’humour désespéré.

Pour un gosse de 10 ans à peine, la vision de Snake Plissken sur grand écran est un choc irrémédiable. Sous influence du Watergate et d’Un justicier dans la ville au moment de l’écriture du scénario (d’ailleurs Charles Bronson fut un temps envisagé pour le rôle de Snake…), Carpenter le rebelle a créé un double à son image (“J’ai toujours eu un problème avec l’autorité” confie-t-il sur le DVD paru chez MGM). Un alter ego impérial et fatigué, paria du système, dont le look et les actes vont frapper pour toujours l’imaginaire de millions de fanboys. Si EFNY est le reflet d’une Amérique en pleine déroute morale avant les années Reagan, Snake Plissken est devenu au fil des ans l’ultimate badass, l’anti-héros de l’apocalypse, une icône de la “fuck you” attitude suscitant une increvable mythologie multimédia (comics, jeux vidéos…) depuis trente ans.

Dans le rôle, Kurt Russell, imposé par Carpenter dont il est un ami proche depuis le tournage du téléfilm Le Roman d’Elvis (1979), fait brillamment oublier l’ex-enfant acteur trimballant sa frimousse joufflue dans quantité de séries et produits Disney dans les sixties. A l’écran, il EST Snake Plissken et le restera à jamais, malgré une belle carrière principalement due à l’impact du chef-d’oeuvre de Carpenter. Quinze ans plus tard, Snake reviendra avec dix kilos de plus dans le douloureusement nanardesques Los Angeles 2013, réalisé par un Carpenter aux abonnés absents et plombé par de gros problèmes de post-production.

Malgré ses tares, Los Angeles 2013 parvient à rester attachant ne serait-ce que pour un final qui, comme en 1981, nous laisse le cul par terre. Snake a encore frappé ! La pensée d’un remake de New York 1997 et d’un autre acteur dans ce rôle culte parmi les rôles cultes me désole et en même temps qu’importe. Dans nos coeurs, Snake Plissken est pour toujours le rôle magnifique d’un acteur magnifique dans une série B magnifique, symbole matriciel de son réalisateur et de l’indéfectible amitié qui l’unit à son comédien fétiche. Aucun photocopieur au monde ne pourra jamais nous enlever le lien si étroit que nous partageons avec ces deux-là.

Badass Line : “The president of what ?”

 

 

2. John Ryder (Rutger Hauer)

FILM :  Hitcher, de Robert Harmon (1986)

par John Plissken

Haaaa cette couverture de Starfix datée de juin 1986…. Rutger Hauer en gros plan, cramant au soleil la tronche ensanglantée, fusil à pompe braqué vers l’objectif. Hitcher, de Robert Harmon sur un scénario d’Eric Red, avait mis ce mois-là la rédaction en émoi. Ha c’est pas demain la veille qu’on risque de revoir un action movie de cette trempe faire la Une d’un canard ciné, triste époque ! Initialement envisagé pour Sam Elliott, le rôle du serial killer psychopathe John Ryder échoua finalement à Rutger Hauer, alors en plein envol à Hollywood. Sur le tournage, C. Thomas Howell (vu récemment en flic… badass dans Southland), alias le jeune convoyeur de bagnoles Jim Halsey harcelé sur la route par Ryder, avait vraiment peur de Rutger Hauer, tant ce mec exsude le charisme d’un fauve prêt à vous bouffer s’il détecte en vous la moindre faiblesse. Pour avoir interviewé Hauer lors de l’Etrange Festival en 2011, je confirme.

Pas étonnant qu’à l’écran, Ryder vous écrase de sa présence menaçante et d’autant plus intimidante que l’on ne sait quasiment rien de son personnage. John Ryder n’a aucun passé, aucun document officiel ni extrait de naissance, ce type sort de nulle part, nous apprend la police à mi-parcours du film. Ryder pourrait tout aussi bien être l’antéchrist ou un alien à forme humaine, on ne saura jamais. Sa seule raison d’être, qu’il goûte avec délectation, est de jouer au croquemitaine£££££ du bitume et il a choisi le pauvre Jim Halsey comme cible privilégiée. On pourrait s’étendre longuement sur ce film sublime et vénéneux, d’une maîtrise visuelle d’autant plus ahurissante qu’il s’agissait alors de la première réalisation de Robert Harmon. On pourrait tout autant gloser sur le fascinant script d’Eric Red (Near Dark), inspiré de la chanson Riders on the storm des Doors pour planter son pitch évoquant Duel dans une ambiance peckinpahienne.

Mais ici, on cause badass avant tout et Rutger Hauer, bon sang, Rutger Hauer ! Archange de la mort, le sourire presque miséricordieux aux lèvres, Ryder s’amuse autant à piéger sa victime confite de trouille qu’à troubler sa libido. Irrémédiablement taré, insensible, Mal à l’état pur, ce mec semble invincible, instoppable, même une fois emprisonné par de malheureux poulets. Badass il est lors de son premier échange tétanisant avec Halsey, badass il est encore en dézinguant de l’hélico à coup de flingue depuis son pick-up, badass il restera toujours lors d’un face à face final de toute beauté avec Halsey. Et malgré les apparences à l’issue de ce showdown explosif, Ryder a gagné : au coucher du soleil, Halsey, le petit convoyeur insouciant du début du film, n’est plus qu’un lointain souvenir au profit d’un homme au mental éparpillé par petits bouts façon puzzle. Sublime, je vous dis.

Badass line : “I want you to stop me”  

 

3. Fernand Naudin (Lino Ventura)

Par John Plissken

FILM : Les Tontons flingueurs, de George Lautner (1963)

Qu’est ce que vous voulez qu’j’vous dise ? Pourtant bien sabré par la critique à sa sortie, Les Tontons flingueurs a depuis, au fil des redif’ télé, acquis le statut mérité d’intouchable pépite du cinéma français, chaudron à répliques toutes plus succulentes les unes que les autres, classique génial dont il est absolument impossible (et interdit au Daily Mars) de se lasser. En son centre : Lino Ventura, alias Fernand Naudin, ex-truand reconverti dans le négoce de machines agricoles mais contraint de regoûter au milieu pour assurer la succession de son vieil ami Louis le Mexicain.

Ventura, comédien depuis une dizaine d’années après une brillante carrière de lutteur et très soucieux de son image publique, hésitait à l’époque à s’engager dans cette comédie truculente où chaque personnage subit un traitement aussi bouffon qu’attachant. Mais son Fernand Naudin, pour autant drôlissime qu’il soit avec ses répliques ciselées en orfèvre par Michel Audiard, n’en reste pas moins une fine gâchette badass comme le ciné tricolore en compte trop peu. Un mâle bourru peu porté sur la patience, les bouffeurs de yaourt et les filandreux. Aspirant à une vie tranquille et pourtant précipité dans une guerre de gangs, Naudin passe son temps à maugréer, coller des bourre-pif à Raoul Volfoni, échanger des pruneaux avec ses rivaux et enguirlander Patricia, la fille de Louis dont il a désormais la tutelle. Ventura joue sa partition en virtuose, désopilant dans l’humour à froid et la colère contenue, jouissif quand il perd ses nerfs devant Antoine Delafoy (Claude Rich), remet à leur place les Volfoni ou refait le portrait d’un jeune blanc bec qui a manqué de respect à Patricia. Un tonton inoubliable dans un film qui ne l’est pas moins.

Badass line : ex-aequo « Mais ces mecs-là n’auraient quand même pas la prétention d’engourdir le pognon de ma nièce, non ? » et « Happy birthday toooo youuuu… »

 

4. Peter Washington (Ken Foree)

par John Plissken

FILM :  Zombie, de George Romero (Dawn of the dead, 1978)

Je l’avais d’abord vu en photos dans Starfix n°3 (ha oui, autant vous prévenir, vous risquez d’en bouffer du Starfix ici-bas) et je me souviens que, déjà, sa carrure et son regard déterminé en jetaient un max. Ken Foree, alias Peter Washington, l’un des quatre fugitifs en hélico dans Zombie, respirait la coolitude badass et le sang froid nécessaire à la survie dans un monde dévoré autant par les macchabées que par sa propre folie auto-destructrice. L’article consacré à Zombie dans Starfix m’avait, à lui seul, filé la pétoche tant les photos tirées du film étaient à la fois belles et terrifiantes. Censuré sous Giscard, le classique de Romero se voyait enfin délivrer un visa d’exploitation dans la France de Mitterrand et sortit très discrètement sur quelques écrans en 1983.

Je ne l’ai vu qu’en VHS deux ans plus tard, grâce à l’éditeur René Chateau et surtout la complicité de l’employée du Palace Vidéo qui savait pertinemment que je n’avais pas les 18 ans réglementaires pour visionner la boucherie romerienne. Et dans ce film hautement flippant, sans doute celui qui a le mieux décrit à ce jour l’effondrement d’une civilisation sous les coups d’une invasion de zomblards, chaque apparition de Ken Foree à l’écran était rassurante. “Il agit objectivement et pour cela, il survivra” mentionnait d’ailleurs la légende sous l’une de ses photos publiées dans Starfix. Au début de Zombie, nous découvrons Peter comme membre d’une Swat team participant à l’assaut sanglant d’un taudis infesté de morts-vivants, à Philadelphie. L’épidémie a commencé voici trois semaines, on la devine mondiale et hors de contrôle. La scène de l’assaut pose admirablement les fondamentaux de Peter : un homme d’action maîtrisé, s’adaptant sans état d’âme au cauchemar ambiant, sans pour autant sacrifier sa part d’humanité.

Invité par son collègue Roger à fuir la ville à bord d’un hélico de surveillance du trafic piloté par Stephen flanqué de sa compagne Fran, Peter sera à la fois la tête et les muscles du groupe. Le pragmatique, ingénieux, méthodique et ne cédant jamais à ses intincts primaires. Des qualités cruciales pour la protection du clan et, accessoirement, sa propre survie. On apprendra au fil du film que Peter, d’origine cubaine par son grand père, a laissé “quelques frères” derrière lui. Ken Foree, la trentaine et bâti comme un frigo, débutait à l’écran mais pouvait compter sur une solide expérience au théâtre pour camper un Peter exemplaire. Un leader naturel sur lequel reposent nos frêles espoirs, une planche de salut rationnelle dans une Humanité décimée et dont les rares survivants sont peut-être plus dangereux que les zombies eux-mêmes. Et puis bordel, quel classe quand il dézingue du zomblard ! Pour l’anecdote, votre serviteur avait croisé le bonhomme en 2006 au Comic-Con de San Diego. Rigolard et bon enfant, Foree m’avait alors dit qu’il avait adoré la performance de l’équipe de France lors du Mondial la même année, et notamment le coup de boule de Zidane à Materazzi en finale. Cool, fun et chaleureux, ce Mr Foree. Il y a des icônes badass qui font honneur à leur notoriété.

Badass line : “When there’s no more room in hell the Dead will walk the earth”


 

 

5. Major Motoko Kusanagi (doubleuse : Atsuko Tanaka)

Par David Brami

Film : Ghost in the Shell, de Mamoru Oshii (1995)

Depuis le milieu des années 80, le mangaka Masamune Shirow est connu pour ses personnages de femmes fortes au caractère bien trempé. Inutile de dire que pour un apprenti fan de BD et de japanime, découvrir cette alternative aux City Hunter, Dragon Ball et autres Akira a eu un effet dévastateur. De Black Magic à Orion en passant par Appleseed, cette constante a sans doute eu autant d’impact sur ma psyché qu’en ont eu les héroïnes cameroniennes. Pourtant, au sein de l’oeuvre du japonais, Ghost in the Shell s’est particulièrement imposé. Si dans les premiers chapitres du manga créé par Masamune Shirow, Motoko Kusanagi est une policière fétarde, aimant se torcher la gueule et participer à des orgies huilées (mon Dieu, ces pages couleurs !), elle fini par se poser beaucoup plus de questions métaphysiques que ces consoeurs.

C’est d’ailleurs sur ce dernier point que s’est focalisé le réalisateur Mamoru Oshii, faisant du Major Kusanagi un avatar implacable duquel personne ne peut se cacher. Ni les ambassadeurs corrompus (abattus en covert ops avec un sourire de satisfaction en prime), ni les travailleurs du dimanche devenus tueurs au cerveau reformaté. Berçant le spectateur de longs plans contemplatifs comme il l’avait déjà fait dans les films de Patlabor, Oshii a choisi le bon cheval : après une intro coup d’éclat, le monsieur nous balance une séquence d’intro mythique durant laquelle on assiste à la naissance de l’androïde Kusanagi, de l’enveloppe charnelle aux cellules grises. Toute une métaphore, brillamment habillée pas une inoubliable litanie signée de main de maître par un Kenji Kawai au meilleur de sa forme.

Rien de mieux pour donner corps à cette héroïne qui, tel un fantôme au regard absent, sent qu’il existe une clé aux réponses de ce monde. Une réponse qui la détache irrémédiablement de la population de pantins inconscients qui peuple les rues. Bille en tête, Motoko ne reculera devant rien pour trouver les réponses qu’elle cherche, quitte à perdre ses deux bras pour ouvrir le cockpit d’un tank araignée sur-blindé. A l’issue de sa quête, Motoko mutera et quittera son corps pour visiter seule les méandres du réseau et embrasser cette âme virtuelle qui lui sussurre la voie à suivre. Dieu parle-t-il aux machines en leur offrant une conscience libre de toute programmation ?

Comble du charisme, la miss est virtuellement absente du second film de la licence. Tout-puissant, son esprit réside désormais dans les réseaux, Kusanagi n’utilisant un corps physique qu’en cas d’ultime nécessité pour botter le cul de tout un chacun. De quoi filer la chair de poule à tous les hackers de la planète. Réalisée 9 ans plus tard, cette suite est accompagnée de la ressortie en vidéo d’un GITS remis au goût du jour (Ghost in the Shell 2.0), Oshii harmonisant ses deux films de la même patte visuelle. Pas de doute, Avalon, son héroïne des MMO et son esthétique orange fumée est passée par là. On ne se refait pas. Au passage, Oshii a largement atténué la dimension christique de Kusanagi, en modifiant une vision angélique qu’avait le personnage avant sa «mort physique». Armée des possibilités que lui aura offertes sa quête, elle n’en restera pas moins le messie omnipotent de son monde.

Badass line (après avoir cité les Corinthiens) : «And where the newborn goes from here ? The net is vast and infinite…»

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