100 personnages de séries, épisode 10 (Mags Bennett, Jerry Boyle, GOB Bluth, Jeff Murdock)

100 personnages de séries, épisode 10 (Mags Bennett, Jerry Boyle, GOB Bluth, Jeff Murdock)

C’est vendredi, bientôt le week-end ! Alors pour fêter ça on se penche aujourd’hui sur le cas d’une redneck tragique, un joueur invétéré, un magicien flamboyant et un théoricien du sexe.

37. Maggie “Mags” Bennett, Justified (Margo Martindale)

Par Nicolas Robert

Elle le dit elle-même, dans les bonus de la saison 2 de Justified : Margo Martindale n’est pas forcément l’actrice auquel Graham Yost et les scénaristes ont pensé, au moment d’imaginer la matriarche de la famille Bennett. A vrai dire, selon le showrunner de la série de FX, ils n’avaient pas pensé à grand-chose : c’est en voyant à l’œuvre la comédienne dans le premier épisode de la saison 2 qu’ils ont décidé de lui donner une vraie place dans l’histoire.

Au bout du compte, de tous les personnages que Raylan, Boyd et les autres croiseront pendant les douze épisodes qui suivront, Mags est celui que l’on ne lâche jamais les yeux. Elle est la parfaite incarnation de ce qui fait de Justified une série à part. A Harlan, ceux qui font des coups tordus ont tous une âme. C’est cela que Yost et sa bande voulaient apporter à l’écran en adaptant l’univers d’Elmore Leonard pour la télévision. Et ce qu’affirme avec brio le personnage de Mags et son interprète.

Dure, impitoyable parfois (notamment quand elle réinvente l’expression “taper sur les doigts de son fils”), Mags est aussi capable d’élans d’humanité profondément touchants. Parce que c’est une femme seule, empêtrée dans un monde où le ressentiment, la frustration et la colère sont sourds mais omniprésents.

Foncièrement dramatique, le personnage de Mags touche au cœur le public quand elle partage des scènes avec la petite Loretta, cette fille qu’elle n’a jamais eue et qu’elle ne pourra jamais avoir. A ce titre, leur dernier face à face, qui sert de préambule à une vraie conclusion tragique, est superbement mis en scène.

 

38. Jerry Boyle, Luck (Jason Gedrick)

Par Nicolas Robert

Jerry, c’est l’incarnation même du personnage dramatique chez David Milch. Boyle a un don : il sent le jeu, il a un flair indéniable pour le bons coups et c’est qui fait que parmi les Four Amigos de Luck, cette bande de ratés qui ont des défauts et du cœur, il est celui que l’on regarde avec le plus de curiosité.

Sur les champs de course, c’est une sorte de pythie. Quelqu’un qui sait souvent ce qui va se passer (et qui va passer en première la ligne d’arrivée). Mieux que tout le monde. Sauf que Boyle a une malédiction : il ne contrôle pas ce qu’il fait… et ne sait pas se contrôler. La passion du jeu le consume complètement.

Beaucoup de gens ont essayé de mettre en images ce feu qui brûle les entrailles. Ce truc qui fait que jouer, c’est comme être équilibriste dans un cirque. Votre vie se résume à deux temps : celui où on est sur un fil, vissé à la seule trouille de chuter, et celui où on attend d’y être. Milch, qui sait mieux que personne ce que le mot “dépendance” veut dire, est sans doute l’un de ceux qui raconte le mieux cela.

C’est en tout cas ce que raconte Luck avec brio. Le personnage de Jerry compose tout entier avec cette réalité. C’est ce qui rend le visionnage des huit épisodes de Luck fascinant. Fascinant et incroyablement frustrant, tant tout ceci semble court.

 

39. GOB, Arrested Development (Will Arnett)

Par Dominique Montay

Tududu-du. Tududu-dudu. Tududu-du. Tududududududu. (1) Je n’ai strictement rien contre les magiciens. Je préfère ne rien trop dire de méchant sur cette corporation de risque que ma voiture, mon lit ou mon frigo ne se volatilise. Mais généralement, ils me font rire. Et avec GOB, c’est comme un rêve qui se réalise. Le magicien le plus ridicule au monde. Entre ses idées de spectacles, la musique choisie pour son entrée en scène, sa chorégraphie (2), la façonn dont il se prend au sérieux… tout est parfait.

GOB est le plus égoïste membre de la famille Bluth (encore que, c’est discutable). On va dire que c’est le moins doué pour cacher ses intentions. Vénal, feignant, menteur, il va décevoir un à uns les membres de sa famille, à chaque épisode. Et vu qu’on est dans Arrested Development, à la fin, personne ne se fait une accolade pour se rabibocher.

GOB, c’est le personnage le plus abouti de la filmo de Will Arnett. Il pose sa voix pleine de gravitas sur un personnage grotesque, qui imite très mal le poulet (mais c’est de famille), gueule “COME ON !” dès qu’il en a l’occasion, et confie parfois qu’il a fait “a huge mistake”. Ce qui arrive très souvent. Peut-être même à chaque épisode, je n’ai pas vérifié.

(1) : C’est un talent. Ça s’apprend pas.

(2) : Des cartes entre les mains. Puis un couteau entre les dents. Puis des chiffons colorés. Le type n’a rien compris à la magie, il connaît juste le folklore. Et c’est génial.

 

40. Jeff Murdock, Coupling (Richard Coyle)

Par Dominique Montay

Si vous avez trouvé (comme moi), que la dernière saison de Coupling était un ton moins bien que les précédentes, votre désarroi se résume en un nom : Jeff Murdock. L’un des personnages les plus drôles de l’histoire de la télévision. Tout simplement. Imaginez des conversations gênantes : Jeff les a toutes eues.

Jeff est un sociopathe du relationnel hommes / femmes. Ca n’est pas qu’il ne comprend pas les relations et les règles, c’est qu’il vit selon un jeu de règles qui lui sont propres. Et que seul lui suit. L’écouter donner des conseils sur la vie de couple, c’est être prit de douleurs d’estomac causées par un rire massif et constant. Occasionnellement, suivi d’une rivière de larmes. Et d’une envie de revenir en arrière parce qu’on a loupé la moitié des choses qui ont suivies.

Quelques citations :
“Sometimes when she’s laying there and she’s just so, so totally naked, I can’t control myself. I just sort of hoover. Obviously now and then in the course of any nudity hovering, you’re gonna ingest an item.”
“You know, sometimes I eat really cold ice cream just so that my tongue goes numb and it feels like someone elses… But then we all get lonely sometimes. “
“Being a lesbian [must be greatr]. All the advantages of being a man but with less embarrassing genitals. Plus, every time you have sex, there’s four breasts! Two guest breasts and two you can take home afterwards, oh, it’s bloody brilliant!”

Des petites perles de stupidité mêlées de candeurs. Jeff est d’une sincérité désarmante, transformant le choquant qui sort de sa bouche en incongruité hilarantes. Richard Coyle y excelle tellement qu’on en lui en veut presque d’avoir tourné le dos à un tel personnage, au terme de la saison 3. Toujours est-il : merci pour ces 3 années.

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