100 personnages de séries, épisode 14 (Jessie Sammler, John Sheridan, Bailey Salinger, Peggy Olsen)

100 personnages de séries, épisode 14 (Jessie Sammler, John Sheridan, Bailey Salinger, Peggy Olsen)

Plus qu’un jour et c’est le week-end ! En attendant le dossier des personnages de série revient sur une femme en construction, un grand leader, un chef de famille de 16 ans et une femme moderne.

53. Jessie Sammler, Once and Again (Evan Rachel Wood)

Par Nicolas Robert

À la télé américaine, on croise souvent de beaux personnages. On voit aussi de grands acteurs. Mais quand un personnage dont les contours sont très finement dessinés est incarné par une comédienne d’une grâce infinie, là, ça devient autre chose.

Dans Once and Again, Jessie Sammler fait définitivement partie de cette catégorie. C’est un peu comme si cette adolescente était au centre d’un carrefour magique. Timide fille de Rick et Karen en saison 1, c’est peut-être le personnage qui va être le plus durement touché par les bouleversements liés à la recomposition de sa famille, lorsque son père entame une nouvelle vie avec Lily Manning. Sauf que ça ne se voit pas. Pas tout de suite. Et que lorsque son père va s’en apercevoir, il va se sentir complètement démuni : sa fille est effectivement atteinte de troubles de l’alimentation.

Comme on est chez Zwick et Herskovitz (vous revenez quand aux affaires, les gars ?), tout est traité avec beaucoup de retenue, de justesse. Par petites touches. Différence de taille, toutefois : ce n’est plus Claire Danes qui est au centre de l’écran, c’est Evan Rachel Wood. Et si la prestation de Danes dans Angela 15 ans est vraiment superbe, celle de Wood est bouleversante. Littéralement.

Lumineuse et précise dans son jeu, la blonde de Caroline du Nord parvient à transmettre la fragilité de son personnage rien qu’avec un souffle, un regard ou un geste. À travers son regard bleu/gris profond, elle draine une émotion incroyable avec une assurance bluffante. Jamais trop, jamais trop peu. Il faut dire que son personnage est confronté au plus beau des défis. Trouver le chemin qui fera d’elle une adulte. S’affirmer. Émotionnellement, intellectuellement et sexuellement.

Regarder Jessie Sammler grandir, c’est une des plus belles choses que la télé m’ait donné de voir. Parce que c’est un personnage qui établit une connexion unique avec le téléspectateur. Depuis, je suis condamné à regarder tous les films avec son interprète au générique (ce qui biaise un peu la perception que j’en ai au final).

 

54. John Sheridan, Babylon 5 (Bruce Boxleitner)

Par Jérôme Tournadre

Je vais vous dire une chose : si un jour je me retrouve sur Terre 4-8-15-16-23-42 (c’est la Terre où vivent tous les personnages de séries TV, vous ne saviez pas ?) et qu’un grand conflit galactique se déroule, je m’arrangerais pour me mettre dans le camp de John Sheridan. Je serais à peu près certain de gagner.

Il faut dire que le capitaine de Babylon 5 peut revendiquer comme fait d’armes : la seule victoire contre les puissants Minbarris lors de la guerre qui les opposa aux Terriens, la victoire contre les Ombres et les Vorlons et afin le règlement de la guerre civile sur la Terre en deux temps, trois mouvements.

Apparu au début de la deuxième saison de la série en remplacement d’un commandant Sinclair appelé à de nouvelles fonctions de manière assez abrupte, Sheridan va vite s’imposer comme la figure tutélaire de Babylon 5. Car si Jeffrey Sinclair était l’homme idéal dans une période de paix (certes souvent remise en question), John Sheridan démontrera très vite qu’il est le seul à pouvoir faire de Babylon 5 un îlot de résistance face aux ténèbres qui montent.

La première leçon que le père de Sheridan apprit à son fils fut celle-ci : « Ne jamais commencer une bataille, toujours y mettre fin ». Jamais le capitaine de Babylon 5 ne trahit cet enseignement. Homme de conviction, Sheridan apparaît rapidement comme un guerrier en quête de sagesse. Au cours de la série, il dira qu’il s’est engagé dans l’armée afin de servir une cause qui le dépasse. Bien qu’au service de l’institution militaire, c’est bien cette cause (la justice, la liberté, la paix) que Sheridan met au-dessus de tout. Il n’est donc pas étonnant que le personnage face sécession avec son gouvernement quand il juge que celui-ci bafoue les idéaux qu’il sert.

John Sheridan n’est pourtant pas fait d’un seul bloc et montrera bien des visages durant sa vie. Colosse aux pieds d’argiles, il portera longtemps sur lui le deuil de sa femme, décédée dans un tragique accident, et sera prêt à torturer un homme pour connaître la vérité sur sa mort.

Mais c’est aussi dans la souffrance qu’on reconnaît les héros, les vrais, les grands. Ceux qui prennent les décisions difficiles pour sauver le plus grand nombre de gens (Sheridan devra ainsi cacher un secret afin de gagner la guerre contre les Ombres condamnant alors des milliers de Narns) ou ceux qui, dans la bataille, combattent au milieu de leur troupe. Suivant un parcours assez classique du héros (tel que défini notamment dans les travaux de Campbell), Sheridan connaîtra la mort et une renaissance qui le transfigurera et lui permettra de surmonter les épreuves. Sheridan, c’est aussi un homme qui trouvera en Delenn un amour puissant et profond dont la portée tragique nous renvoie à l’histoire d’Aragorn et Arwen.

Membre du club très fermé des commandants dans une série de SF, John Sheridan se distingue d’un Picard, d’un Adama ou d’un Sisko par sa stature héroïque devenu légendaire. Cette caractérisation n’est d’ailleurs pas étonnante pour une série dont les intrigues et les personnages s’inspirent du Seigneur des Anneaux et de Dune.

Il y a de la légende arthurienne dans Babylon 5 et Sheridan est bel et bien le roi de ces chevaliers d’une Table Ronde galactique.

 

55. Bailey Salinger, Party of Five (Scott Wolf)

Par Dominique Montay

Les enfants Salinger ont perdu leurs parents dans un accident de voiture. Légalement, leur tuteur est Charlie Salinger, 24 ans, leur grand frère. De l’extérieur, c’est aussi perçu ainsi : leur patriarche de substitution est Charlie, ce grand garçon qui paraît si fort. La vérité n’est pas aussi simple.

Le roc de la famille, celui vers qui tout le monde se tourne quand tout va mal n’a que 16 ans, mais a la tête sur les épaules. Bailey Salinger est plus mature que Charlie ne le sera jamais. Bailey est la voix de la raison, de la responsabilité. Il ne craint pas de tout arrêter pour subvenir aux besoins de sa famille quand Charlie se place toujours dans une position de victime collatérale du décès de ses parents.

Avant la mort de ses parents, Bailey était l’enfant rebelle. Le choc de la perte l’a fait grandir d’un coup. Il est passé directement de l’adolescence la plus marquée à l’âge adulte, sans étape. La violence de ce changement a provoqué son lot de problèmes, la plupart cristallisés dans la saison 3.

Durant cette saison, Bailey sombre dans l’alcool. Il redeviendra rebelle, refusera l’aide de sa famille, entrera dans une logique de fatalité déprimante, et continuera à chuter. Il faudra un évènement dramatique pour qu’il s’en sorte, et il passera la majeure partie du temps restant à tenter de chercher la rédemption.

Bailey Salinger est un personnage fascinant dans une série parfois prise de haut, et pourtant passionnante.

 

56. Peggy Olsen, Mad Men (Elisabeth Moss)

Par Dominique Montay

Mad Men ne raconte pas juste les mésaventures d’un homme brillant et jalousé de tous qui cache sa véritable identité et qui est loin d’être le meilleur mari qui soit. Ou le quotidien d’une agence de pub dans les années 60. Mad Men, c’est aussi l’histoire d’une femme indépendante. Peggy Olsen.

Quand Peggy arrive chez Sterling-Cooper, c’est pour faire le même boulot que les autres femmes. Secrétaire. Guidée par Joan Harris, elle va prendre la mesure d’un métier étrange, entre ‘organizer’ vivant et femme de substitution. Mais Peggy, sous ses dehors introvertis et timides, est une ambitieuse.

Elle aura la chance de tomber sur Don Draper. Ce dernier va lui ouvrir la porte, la laisser devenir “copywriter” débutante. Et vu la société de l’époque, violemment sexiste, ça n’est pas un geste anodin. Draper voit en elle le talent, et juste le talent. Et elle en a à revendre.

Peggy est brillante, obstinée, travailleuse. La question de son intégration dans un domaine réservé aux hommes se fera si naturellement qu’il n’y aura des réticences qu’au début. Peggy n’est pourtant pas rassasiée, ni totalement épanouie. Dans son boulot, elle aimerait avoir l’estime de Draper, qui n’en est pas capable (il ne l’est avec personne).

Dans sa vie personnelle, elle enchaîne les relations sans intérêt, après avoir été avec ce petit salaud de Pete Campbell.

Quand elle attaque, Peggy ne retient pas ses coups, et elle s’est opposée à Draper comme personne dans l’agence. La marque de la reconnaissance de son travail, l’immense respect que lui porte Draper, il ne réussira à lui exprimer qu’une fois, lorsqu’elle quittera Sterling-Cooper-Draper-Pryce. En lui tenant la main, les yeux remplis de larmes, Draper lui signifie à quel point elle comptait pour lui dans sa vie.

L’histoire de Peggy Olsen, c’est l’histoire d’une femme qui a voulu la chose la plus naturelle qui soit, être l’égale des hommes dans le travail, et ce avant que le débat n’existe dans la société. C’est l’histoire d’une femme brillante, complexe, émouvante et obstinée.

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