100 personnages de séries, épisode 16 (Cordelia Chase, Eric Cartman, Hank Kingsley, John Cage)

100 personnages de séries, épisode 16 (Cordelia Chase, Eric Cartman, Hank Kingsley, John Cage)

Avant-dernière semaine de notre dossier avec aujourd’hui une cheerleader qui gagne en profondeur, un monstre de 10 ans, un side-kick pathétique et un fan de Barry White.

61. Cordelia Chase, Buffy/Angel (Charisma Carpenter)

Par Jérôme Tournadre

Cordelia Chase ou comment en le transférant dans un spin-off, on transfigure un archétype pour en faire un personnage d’une grande noblesse. Cliché de la reine du lycée dans Buffy The Vampire Slayer, Cordelia Chase a tout pour elle et le sait. Elle est belle, intelligente et dispose d’une assurance rare pour son âge. Elle ne marche pas dans les couloirs du lycée du Sunndydale, non. Elle se pavane telle une princesse avec sa cour de jeune pimbêche en méprisant ouvertement tout ceux qui ne correspondent pas à ses critères d’excellences.

Malgré une certaine évolution tout au long des trois saisons de sa présence dans la série de Joss Whedon et même en assumant au grand jour sa relation avec Xander (soit un de ces mêmes types qu’elle méprise), Cordelia restera toujours un élément à part du Scooby-gang. Ce qui, il faut l’avouer, n’est pas pour nous déplaire. Sa distance face aux événements surnaturels donne souvent lieu à des situations cocasses et drôles. Quant à sa rivalité avec Buffy, elle nourrit quelques excellents épisodes de la série. Cette rivalité nous donne d’ailleurs la mesure du potentiel de Cordelia Chase. La reine du lycée rivalise d’égal à égal avec la Tueuse. Rien que ça.

Personnage arrogant, Cordelia Chase n’est pourtant pas ridicule. L’intelligence de Whedon est d’en avoir fait un puissant contrepoids aux héros sans jamais tenter de rabaisser ses capacités ou d’en faire un personnage sans réel profondeur à la manière d’une Harmony, l’autre bimbo du lycée (1). C’est à la fin de la troisième saison que Cordelia Chase va commencer à changer. La petite fille riche va devenir soudainement pauvre à cause d’un papa ayant joué et perdu avec le fisc.

Repartant à zéro auprès d’Angel dans la série du même nom, Cordelia n’est déjà plus la lycéenne certaine de son grand destin. Elle a beau rester superficielle et vouloir percer dans le monde du spectacle, nous ne sommes pas dupes. Si elle seconde Angel et crée l’agence de détectives c’est bel et bien pour aider les gens.

C’est dans Angel que Cordelia révélera tout son potentiel. Détentrice d’un don de clairvoyance qui la fait autant souffrir (notamment dans le final de la saison 1, véritable chemin de croix pour le personnage) mais qui lui permet d’anticiper les drames à venir, Cordelia va devenir le pivot central d’Angel Investigation. Ne disposant pas de super-pouvoir physique elle va pourtant devenir une combattante aguerrie. Elle deviendra également la confidente de Wesley, une seconde mère pour Gunn et l’amie de Fred. Mais elle deviendra surtout l’âme-soeur d’Angel. Osons le dire, la relation Angel/Cordelia est bien moins culcul et beaucoup plus passionnante que la bluette adolescente entre Angel et Buffy.

Malgré un traitement en dent de scie assez grotesque et terriblement décevant durant la quatrième saison (cela dit elle ne sera pas la seule à être maltraitée cette année-là) et un départ précipité de la série nous laissant en plein désarroi, Cordelia restera Cordelia. Une jeune fille devenant une femme incroyable, par la seule force de sa volonté. Une fille qui se rêvait princesse et qui deviendra guerrière. Et dont le retour dans le centième épisode d’Angel lui offrira une fin digne d’une valkyrie.

(1) : On remarquera d’ailleurs qu’à partir du départ de Cordelia Chase de la série, Joss Whedon s’attardera un peu plus sur le personnage d’Harmony et la fera sortir des sentiers battus auquel elle était destinée. Preuve en est du respect que le scénariste peut avoir pour ses personnages. Même les plus caricaturaux s’avèrent plus complexe qu’il n’y paraît.

 

62. Eric Cartman, South Park (Trey Parker)

Par Dominique Montay

Oubliez JR. Oubliez Mr Burns. Oubliez les Cylons. Le plus grand méchant de l’histoire de la télé, c’est peut-être bien lui : Eric Cartman. Au début, Cartman nous est présenté comme un enfant égoïste et obèse, qui possède un ascendant conséquent sur sa mère, qui cède à tous ses caprices. On se dirait prsque que Cartman est le fruit d’une éducation déficiente. Mais au fil du temps, le personnage a évolué, dépassant de très loin la frontière du récupérable.

Il a séquestré Butters pour se garder une place dans un restau à thème mexicain. Il a faire croire qu’il allait sauver Kenny, atteint d’une maladie grave, en faisant avancer la thérapie génique, avant de faire volte-face dans les derniers instants de l’épisode en laissant crever le gamin. Il a organisé une marche dans la ville de South Park déguisé en Hitler en chantant un slogan antisémite. Il a refilé le SIDA à Kyle. Et il a fait bouffer ses parents en chili à Scott Tenorman.

Son CV ne se résume pas à ces coups d’éclats. On voit la nature de Cartman à chaque instants. Cartman hait les hippies, les juifs, les pauvres, les roux, les mexicains dans les piscines… il vole, ment, torture. Il se fait passer pour un handicapé pour gagner les Jeux Paralympiques. Il organise des matchs de baskets entre enfants accroc au crack pour les diffuser sur le net…

Et il n’a que 10 ans.

 

63. Hank Kingsley, The Larry Sanders Show (Jeffrey Tambor)

Par Dominique Montay

L’un des personnages les plus pathétiques de la télévision. Hank Kingsley est le side-kick de Larry Sanders. Ca veut dire qu’il partage sa popularité sans vraiment la vivre. Hank c’est d’abord une voix, chaude, grave, qui pose le personnage de prime à bord. On l’imagine sûr de lui, à l’aise. C’est tout le contraire.

Hank se ment, constamment. Il s’imagine en célébrité, mais il sait que toute sa gloire est liée à Larry. Sans lui, il n’est qu’un homme sandwich, bon à enchaîner les pubs (ce qu’il fait d’ailleurs pour remplir son portefeuille, le bonhomme est dépensier).

A chaque fois que Larry Sanders arrêtera son émission, Hank s’en retrouvera blessé, meurtri. Et pour cause, sans le Larry Sanders Show, Hank n’a rien à attendre de sa carrière. Finie la newsletter qu’il publie chaque semaine pour ses fans (des ménagères de moins de 50 ans émoustillées par la voix grave et la moustache). Finis les repas dans les restaus chics à dix mètres de Sharon Stone ou Mandy Patinkin.

Des stars qui ne sont pas dupes avec Hank. Ils le traitent avec une totale hypocrisie. On pourrait plaindre Hank, le prendre en pitié, mais il est si désagréable avec tout le monde, il se pose tellement en diva qu’il en devient totalement insupportable. Ce qu’il vit de négatif, on a envie de lui dire qu’il le cherche bien.

Jeffrey Tambor est juste incroyable dans le rôle. C’est souvent le cas, certes, mais Tambor trouve un tel juste milieu entre le pathétique et l’insupportable que sa prestation s’en révèle incroyable.

 

64. John Cage, Ally McBeal (Peter MacNicol)

Par Julia Lagrée

Si Ally McBeal est le personnage foufou de la série dès le premier épisode, John Cage est l’homme qui permet à l’extravagance de s’exprimer pleinement. John Cage est un brillant avocat, mais timide et réservé. C’est dans un tribunal, qu’on découvre la mesure de son talent. Chez John Cage, ce n’est pas seulement le sens du verbe qu’on voit dans ses plaidoiries, c’est une imagination vivide et un sens de la dramaturgie.

En apparence, la série Ally McBeal pouvait repousser : trop gnangnan, trop délurée, trop romantique. Avec John Cage, elle s’adresse à tous. C’est par cet homme que l’on comprend que la folie des personnages n’est qu’un exutoire à la pression sociale et professionnelle.

John Cage a besoin d’écrire et répéter ses plaidories en chaussette car ça le met en confiance.  Quand il veut séduire une femme, il danse sur du Barry White pour se préparer et quand on le prend au dépourvu, il bégaye « Poughky… Poughky… Poughkeepsie ». Autant de petites choses, qui trahissent un homme touchant, dont l’excentricité nous touche, là où celle des autres personnages d’Ally McBeal peut faire peur.

Pour ce rôle, Peter MacNicol remportera un Emmy Award du meilleur second rôle masculin dans une série comique en 2001. Il fallait bien un homme capable de voler la vedette à tout le casting de SOS  Fantômes 2, pour incarner un personnage si complexe sans tomber dans la caricature. Le personnage a commencé en étant guest/récurrent, puis devant son succès grandissant auprès du public, il deviendra régulier jusqu’à l’avant-dernière saison. L’acteur donnera toute la dimension humaine au personnage, loin du personnage de foire, grâce à lui, John Cage sera un battant, un homme qui se bat pour dépasser les conventions de son physique et de ses handicaps. C’est ce personnage qui rendra la série plus sociale que romantique. Bravo John Cage ! Je m’en vais danser sur Barry White dans les toilettes du bureau en votre hommage.

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