100 personnages de séries, épisode 17 (CJ Cregg, Barney Stinson, Veronica Mars, Kale Ingram)

100 personnages de séries, épisode 17 (CJ Cregg, Barney Stinson, Veronica Mars, Kale Ingram)

En cette journée internationale des droits de l’homme, la rédaction se penche sur une attachée de presse, un ‘bro’, une détective privée et un analyste. Ce qui n’a, on est bien d’accord, rien à voir avec la journée internationale des droits de l’homme.

65. Claudia Jean “CJ” Cregg, The West Wing (Allison Janney)

Par Nicolas Robert

Dans un univers où les hommes sont les tenants de l’action, Claudia Jean Cregg est vraiment un personnage à part. Ponctuellement en butte à la défiance masculine, l’attachée de presse de la Maison Blanche montre sans cesse qu’elle n’a rien à envier aux autres collaborateurs de la présidence Bartlet. Cela avec beaucoup de finesse, d’aplomb. Avec elle, on est loin de certains personnages qui ont besoin de vociférer pour exister.

Femme de caractère dans une série foncièrement post-féministe (il en a longuement été question lors de la dernière édition de Philoséries : Amandine d’un (E)cran de plus en parle très bien), CJ Cregg est un des personnages féminins les plus réussis d’Aaron Sorkin.

Déterminée sur le plan professionnel, sans cesse capable de se dépasser, régulièrement en proie au doute sur le plan privé (une constante chez le scénariste-producteur) mais pas noyée dans cette caractéristique, elle est l’égal des hommes dans son univers. Beaucoup plus proche d’une Dana Whitaker (Sports Night) que d’une McKenzie McHale (The Newsroom, même si les choses s’améliorent dans la saison 2), son parcours, la façon dont elle avance, traduisent la volonté de l’auteur de mettre en scène des personnages idéaux, capables d’être ceux que le téléspectateur voudrait être.

C’est aussi une femme dont la progression est continue pendant les sept saisons de la série : si Donna s’émancipe dans les dernières saisons, CJ, elle, a toujours été une femme indépendante, une meneuse. Qu’elle soit sur le devant de la scène ou en retrait.

Tant et si bien que si son évolution de carrière a parfois surpris, celle-ci constitue un prolongement logique à son parcours, en parfait accord avec une personnalité qui s’est affirmé avec force mais subtilité. Ce qui est particulièrement touchant chez CJ, c’est qu’elle ne cesse jamais d’interroger ses doutes, ses inquiétudes et ses peurs pour mieux les désamorcer. C’est d’ailleurs ce qui fait que ce n’est pas seulement une femme forte, c’est un personnage fort. Sur ce point, c’est peut-être le plus grand de la série. Surtout quand on songe à la fin de la série.

Battante émouvante, à la fois sereine et jusqu’au-boutiste, elle est capable d’accepter ses limites (et celles de tout un chacun, ce que les hommes de The West Wing font trop peu) dans un univers où l’on est sans cesse appeler à se dépasser, à s’oublier dans un idéal. Mine de rien, c’est fort. Et il n’y avait vraiment pas besoin de l’épisode où elle retrouve Matthew Modine chez son père pour arriver à ce résultat.

 

66. Barney Stinson, How I Met Your Mother (Neil Patrick Harris)

Par Julia Lagrée

« It’s gonna be… legendary !! » S’il ne devait y avoir qu’une réplique qui resterait de la série, ce serait celle-ci. Et ce n’est pas Ted Mosby qui la prononce, mais Barney Stinson, son deuxième meilleur ami.

Avec Barney, on renoue avec la tradition des personnages secondaires qui volent la tradition au personnage principal. Alors que l’intrigue principale tourne autour de Ted et de la recherche de la mère de ses enfants, les spectateurs, eux, vont très vite s’intéresser au sort de son ami coureur de jupons, Barney.

Qui peut dire ce qui fascine le plus dans ce personnage : ses talents de magicien, son manque total de moralité, son imagination fantasque, ses techniques de drague… Ou peut être plus simplement, sa double dimension. Barney est un personnage très superficiel en apparence, mais très loyal envers ses amis. C’est de cette incroyable loyauté que naît l’attachement du téléspectateur. Elle se couple avec une fascination pour son audace, et vous tenez un des personnages cultes de la fin des années 2000.

Barney Stinson n’aurait pas été le même sans Neil Patrick Harris. Pas très présent sur le petit et le grand écran depuis la fin de la série Docteur Doogie, il avait surtout continué sa carrière sur les planches. Neil Patrick Harris apporte le tempo comique et l’équilibre nécessaire au personnage pour qu’il reste toujours attachant et ne dépasse jamais la fragile barrière de l’agacement (pas comme avec Ted par exemple).

Par ses phrases cultes, son énergie dévorante et surtout l’évolution de son personnage, Barney Stinson a marqué le petit écran. Après lui, les scènes de drague classique dans des bars paraissent d’un ennui profond. Où sont les palmes, les costumes d’astronaute et les maquillages de vieillard ? Merci Barney Stinson.

67. Veronica Mars, Veronica Mars (Kristen Bell)

Par Dominique Montay

Sherlock Holmes au lycée. Veronica Mars, c’est le cas d’école typique de la personne qui est bien trop mature pour sa catégorie d’âge. Une adulte entourée d’enfants égoïstes et gâtés. Veronica est la fille de l’ancien shériff de Neptune, Keith Mars. Débouté après avoir accusé le fils de l’homme le plus puissant de la ville d’avoir tué sa sœur, Mars est devenu détective privé. Et cette activité il la pratique avec… sa fille.

Veronica Mars est perspicace, attentive au détail… une détective-née. Elle navigue avec une facilité déconcertante dans un monde d’adultes assez terrifiant. Elle s’oppose au Shériff qu’elle prend (à juste titre) pour un imbécile. Elle se retrouve face à des voleurs, des malfrats, et ne cligne jamais des yeux. La vie l’a endurcie, bien malgré elle, entre une mère démissionnaire, un père traîné dans la boue et, pour bien s’assurer qu’elle n’ait aucune chance de voir la vie en rose : elle a été violée.

Elle a beau encaisser, être tellement plus mure, tellement plus adulte que les autres, Veronica reste une lycénne. Elle aspire à connaître une vie normale. Elle aimerait avoir des amis, elle aimerait être moins impopulaire, plus discrète. Juste appréciée. Au lieu de ça, elle est raillée, pointée du doigt, détestée.

Dans une ville où le statut social fait tout, elle agit tel un lien entre les deux. Si elle fait partie de la classe moyenne, elle a toujours navigué chez les nantis. Son cheminement personnel la met presque dans la position de leader d’une lutte des classes malsaine car plus ou moins larvée.

Sa nature, elle nous la donne elle-même lorsque, pour se moquer du Shériff, elle lui donne à lire à haute voix un papier où est inscrit “Veronica Mars is smarter than me”. Preuve d’arrogance. Bien en rapport avec son âge. Mais aussi preuve de perspicacité. Car, oui, elle est plus intelligente que lui. Bien observé.

 

68. Kale Ingram, Rubicon (Arliss Howard)

Par Dominique Montay

Fascinant. Kale Ingram marque dès les premières secondes de Rubicon et ne cesse jamais de nous étonner. Kale est un homme froid, calculateur, brillant. Il sert de liaison entre le grand patron de la société d’analyse et le ‘think tank’ dirigé par Will Travers. Kale semble d’abord être un opposant à Travers et sa quête de la vérité. C’est tout le contraire.

Ingram, c’est l’ambivalence pure. On le croît fidèle à sa direction, il se révèle rebelle. Le type est impossible à lire. Lorsque Will Travers est invité chez lui, la surprise de son quotidien sèche totalement Will. Car Kale Ingram est gay. Et rien dans ses attitudes, dans ses gestes ne peut laisser imaginer que c’est le cas. Dans l’écriture, c’est un refus catégorique du cliché qui rend le personnage tout simplement réaliste, crédible.

D’un seul coup, cet homme qui nous a été présenté comme étant terrifiant nous révèle avoir une vie. Une sensibilité. Cet homme qu’on imaginait seul entouré de dossier en cours est tout ce qu’il y a de plus banal. Humain.

Arliss Howard est incroyable dans le rôle. Le personnage offre peu de dialogue. Chacun de ses mots possède un poids, une résonance. Ingram, c’est un mélange de sérénité (on a toujours l’impression qu’il sort d’une scéance de yoga) et d’intensité (regard soutenu, presque inquisiteur). Il personnifie autant la série que le héros, Will. Si le second vit dans la paranoïa provoquée par ses découvertes, Ingram jouera le rôle de l’ami ambivalent. Celui dont on ne sait pas si on doit le craindre ou lui faire confiance.

Et même si on lui fait confiance, ne devrait-on pas le craindre au final ?

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