100 personnages de séries, épisode 18 (Humphrey Appleby, Claire Fisher, Omar Little, Carol Hathaway)

100 personnages de séries, épisode 18 (Humphrey Appleby, Claire Fisher, Omar Little, Carol Hathaway)

Episode 18/25 de notre dossier avec un champion du Statu Quo, une jeune croque-mort, un braqueur de dealers et une infirmière.

69. Sir Humphrey Appleby, Yes Minister / Yes Prime Minister (Sir Nigel Hawthorne)

Par Dominique Montay

Il a le sourire narquois et le regard qui brille. Humphrey Appleby est ce qu’on appelle en Grande-Bretagne un ‘Civil Servant’. Les ministres passent, mais lui, reste. Son objectif est simple : que les choses ne changent jamais. C’est le soldat de l’inertie. Et la pire chose qui puisse arriver : laisser le ministères aux mains des ministres.

Humphrey est très intelligent, a reçu une éducation 5 étoiles. Passé maître dans la manipulation des esprits, il traite le ministre qu’il doit “servir” comme une marionnette. Un pantin qui va se planter devant les caméras ou les micros pour donner de la valeurs à l’agenda politique d’Appleby. Presque jamais le sien.

Son arme favorite est un plaisir pour les oreilles : les phrases longues, alambiquées et agrémentées de termes complexes. Son interlocuteur, si tant est qu’il soit moins brillant que lui (et c’est le cas de son ministre dans Yes, Minister et Yes, Prime Minister) s’en retrouve complètement perdu. Champion de la joute verbale, Humphrey Appleby perdra pour autant quelques batailles. Peu importe : au final, tant que le Statu Quo reste de rigueur au ministère.

Nigel Hawthorne, son interprète, nous a quitté en 2001, après une superbe carrière. Durant ses années sur Yes, Minister et Yes, Prime Minister, le comédien remportera 4 BAFTAS (l’équivalent des Emmys en Grande-Bretagne) pour un total de 6 saisons.

 

70. Claire Fisher, Six Feet Under (Lauren Ambrose)

par Nicolas Robert

Choisir un personnage de Six Feet Under pour cette chronique, cela a quelque chose de frustrant… parce que du coup, on pense aussi à ceux dont on ne parle pas. C’est peut-être la preuve que la série d’Alan Ball est l’ultime ensemble show. Et que parler de l’un, c’est l’imaginer, le voir interagir avec tous les autres.

Finalement, on s’arrêtera sur la benjamine des Fisher. Peut-être parce que c’est une femme en devenir et que le téléspectateur, quelque part, devient toujours une personne différente en suivant jusqu’au bout une série. Peut-être parce qu’elle incarne tous les doutes, tout ce qu’il y a d’émouvant et d’exaspérant chez chacun des enfants de Ruth (qui avait, elle aussi, une belle tête de vainqueur au moment de choisir). Peut-être parce que la grâce étourdissante de Lauren Ambrose vous cueille progressivement pour ne plus vous lâcher. Peut-être parce que son personnage incarne avec fougue tous les possibles (là où Nate représente tout ce qui n’est pas possible).

Évoquer Claire Fisher, c’est évoquer toute une palette d’impressions. Concordantes, discordantes. Des impressions qui surlignent une vérité de fond : de tous les personnages qui se cherchent dans la série (et ils sont nombreux), Claire est sans doute celle qui s’approprie les émotions de cette quête de la façon la plus évidente. C’est peut-être ce qui fait qu’elle touche le téléspectateur de façon différente.

Ca fait beaucoup de peut-être pour définir une héroïne de série. Mais s’il y a bien un personnage qui s’épanouit entre les conjectures, c’est celui-là.

 

71. Omar Little, The Wire (Michael K. Williams)

Par Nicolas Robert

The Wire, la série coup de poing ; The Wire, la série où le réalisme est roi ; The Wire, l’œuvre sociologique par excellence… les qualificatifs qui mettent en valeur la particularité de la série de David Simon sont légion quand il s’agit de la décrire. Le “drame” de ce phénomène ? Ils ont un peu tendance à mettre entre parenthèses les qualités de fiction pure qui magnifient l’ensemble. Notamment la capacité du récit à s’appuyer sur des personnages puissamment iconiques.

Au premier rang de ces visages, il y a celui d’un black balafré. Un bonhomme qui se balade souvent en gilet pare-balles et fusil à pompe en sifflant. Tout devant, il y a Omar Little.

Si ce personnage de Robin des Blacks, braqueur de dealers, s’inspire d’une réelle figure de Baltimore (Donnie Andrews, décédé l’an dernier), il reste avant tout une vraie figure tragique. Produit d’un système inique, Little porte en lui une rage, un besoin de justice évident au cœur d’un univers où rien n’est réellement en place pour l’installer.

C’est en s’appuyant sur cette réalité implacable que Simon et sa bande proposent l’un des plus marquants voyages au cœur de la fiction. Parce que le réalisme dans lequel baigne cette histoire respecte scrupuleusement les règles du récit tragique.

En utilisant très intelligemment le personnage (on l’aime tellement que l’on a l’impression que ses apparitions sont rares ; en fait, il est autant présent que les autres), en lui donnant une personnalité particulièrement touchante, les scénaristes de The Wire l’ont placé au cœur de la série. On aime Omar, on aime le voir ; on aime quand il parle de lui à la troisième personne et va faire ses emplettes en toute décontraction. On aime quand il croise Brother Mouzone en pleine nuit dans une scène de western hallucinante. On aime ça parce que cela nous renvoie à une réalité de fond : l’effet de réel, ce n’est jamais qu’un artifice, celui de la grande fiction. Et c’est précisément ce à quoi renvoie l’ultime apparition de ce personnage increvable.

 

72. Carol Hathaway, Urgences (Julianna Margulies)

Par Jérôme Tournadre

J’ai beau l’avoir cherchée, je ne l’ai jamais trouvée. Je vous jure ! Tiens pas plus tard qu’il y a trois mois je fus admis pour des examens de santé et j’ai beau avoir parcouru les couloirs de l’hopital Bretonneau, je ne l’ai pas trouvé. Qui ? Mais elle ! La seule, l’unique, la fabuleuse Carol Hathaway. Celle sans qui le service des urgences du Cook County Hospital ne serait pas le même.

Oui je sais vous allez me dire : « T’es quand même un peu con de chercher une personne bossant à Chicago dans un hôpital à Tours » ce à quoi je vous répondrais que ce n’est pas faux mais que d’une vous prenez un autre ton pour me causer et de deux on parle d’un personnage de fiction alors prout !

Quand on pense qu’Hathaway était au départ destinée à passer de vie à trépas à la fin du pilote de la série, quel gachis cela aurait pu être. Heureusement les producteurs virent le potentiel du personnage et le talent de Julianna Margulies et donnèrent un beau parcours à l’infirmière.

Ce qui force l’admiration chez Hathaway, c’est sa force de caractère. Malgré sa tentative de suicide qui tétanise le spectateur qui l’a aimé durant la première heure du pilote, Carol va rebondir et prendre sa vie en main et cela quelque soit les difficultés et son boulot qui n’est pas forcément le plus tranquille qui soit. Symbole de sa reconstruction, l’achat et la rénovation d’une vieille maison qui va peu à peu s’embellir au cour des saisons, tout comme Hathaway reprendra goût à la vie. Il faut dire qu’être dans les bras de George (Georgeeeeeeeeeeeeeeeeeee) Clooney aide aussi pas mal.

Oui je n’ai pas trouvé Carol Hathaway à l’hopital et c’est normal car le personnage de l’infirmière est en quelque sorte la synthèse de toute une profession indispensable à cette institution et pourtant souvent dénigrée. Il n’y a pas une Carol Hathaway qui existe, elles le sont toutes un peu.

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