100 personnages de séries, épisode 19 (Joséphine Karlsson, Scorpius, Pam Poovey, Adam Sackler)

100 personnages de séries, épisode 19 (Joséphine Karlsson, Scorpius, Pam Poovey, Adam Sackler)

En ce jeudi 12/12, la rédaction se penche sur le cas d’une avocate prête à tout, un lézard sadique, une DRH sadique, et un mec (l’auteur du chapeau de cet article n’a jamais vu un seul épisode de Girls. Pardonnez-le.)

73. Joséphine Karlsson, Engrenages (Audrey Fleurot)

Par Dominique Montay

Et pourtant, tout a très mal commencé pour Joséphine Karlsson. Dans la saison 1 d’Engrenages le personnage possédait déjà une aura, une présence, mais la somme de ses choix la faisait passer pour une arriviste sans cervelle. En saison 2 ce fut une révolution.

Quand Virginie Brac arrive sur la série, son premier boulot aura été de mettre de côté toutes les pistes narratives posées dans le final de la saison 1. Karlsson était partie s’occuper des intérêt d’un politicien pédophile. Ça sera expédié en une réplique. Au lieu d’une trame qui l’aurait plongée dans les tréfond du glauque et du grotesque, Karlsson va se retrouver au centre de l’histoire.

Défendant des dealers, elle va évaluer sa capacité à aller “jusqu’au bout”. Mise en danger, entourée de malfrats qui lui font sincèrement peur, elle va prendre sur elle pour le bien de sa carrière, mais non sans en souffrir. Impossible de parler de Karlsson sans parler de son alter-égo, le capitaine Berthaud. Un duel de femmes que tout oppose. Après une saison 3 qui la mettra en danger, Karlsson tente une rédemption qui lui coûtera cher.

Fascinante, ambiguë, magnétique… Joséphine Karlsson, avocate qui franchit souvent la ligne jaune n’aurait pas pu avoir meilleure interprète qu’Audrey Fleurot. Capable de sècheresse dans ses dialogues, physique irréel, attitude de femme fatale et crédibilité de tous les instants, Fleurot offre une performance incroyable de justesse.

 

74. Scorpius/Harvey, Farscape (Wayne Pygram)

Par Jérôme Tournadre

Durant la majorité de la première saison de Farscape, John Crichton aura pour némesis le capitaine Bialar Crais. Ce capitaine Sébacéen traque sans relâche Crichton qui l’accuse d’être le meurtrier de son frère. La vengeance est une bonne motivation mais Crais est tout de même un petit joueur face à un être qui voit en Crichton le moyen de dominer toute la galaxie.

Il est comme ça Scorpy, il ne fait pas dans la demi-mesure. C’est probablement un effet du à sa nature de métis entre deux races ennemies et au morphologie diamétralement opposées. Les Scarrans vivent dans la chaleur alors que cette dernière peut rendre fou voire tuer un Sébacéen.

Apparu à la fin de la première saison de Farscape, Scorpius va rapidement devenir la véritable nemesis de Crichton. Plus charismatique et aux motivations bien moins binaire que Crais, Scorpius n’a de cesse de traquer Crichton afin de lui extirper le moyen de créer et contrôler des vortex. Mais plutôt que d’utiliser la force brute, ce lézard dans une tenue de cuir va user d’un sadisme rarement atteint. Adepte de la torture, du chantage et de la sournoiserie Scorpius va tenter mille et une façon pour que Crichton lui refile les informations qu’il désire.

Crichton, Scorpius. Scorpius, Crichton. L‘un ne va pas s’en l’autre et tandis que notre héros coure dans les tous les sens et fait son show, l’autre impose le respect et la force avec une voix calme et une économie des gestes même dans les situations dangereuse

Son chef d’œuvre sera bien sur d’implanter un clone neural à l’intérieur de la tête de John afin de prendre peu à peu possession de son esprit et de son corps. A partir de là, les auteurs vont pouvoir se permettre d’aller plus loin dans le délire tout en restant cohérent avec la série. Il n’y a plus un Scorpius mais deux. Le premier, l’original, l’être physique mais également le deuxième, le clone neural qui investit l’esprit et les fantasmes de Crichton et apparaît toujours dans des scènes inspirées de la culture du Terrien. Avec Harvey (le nom que Crichton donnera au Scorpius qui restera longtemps dans sa tête), Wayne Pygram peut se permettre de délirer totalement avec son personnage tout en arrivant à en conserver le charisme, l’aura et la dangerosité.

Décrire Scorpius comme un grand méchant de la fiction tv serait toutefois déplacé. Tout comme les autres personnages de Farscape, Scorpius est guidé par ses propres motivations. En l’occurrence celle de détruire la race entière des Scarrans. Ha ça je vous avait pas dit qu’il était là pour faire du macramé. Cette quête de l’arme ultime pour concrétiser son projet sera le fil rouge d’une évolution du personnage qui obtiendra sa conclusion à la fin de la série. Terrifiant mais aussi chaleureux, n’hésitant pas à torturer mais sachant écouter et comprendre les autres, Ennemi et alliés redoutable, Scorpius se place dans le haut du panier des personnages de la SF télévisuelle qui resteront.

 

75. Pam Poovey, Archer (Amber Nash)

Par Dominique Montay

Très compliqué de choisir un personnage d’Archer. Ou même deux. Le cœur du problème, c’est qu’ils mériteraient tous d’être présents. Pendant longtemps, d’ailleurs, dans la liste prévisionnelle des 100 personnages de télé, c’est le nom de Lana Kane qui était inscrit. Et au tout début, c’était Mallory Archer.

Mais quand on y pense, Pam, c’est la DRH de l’entreprise la moins regardante sur les rapports humains entre les employés. C’est celle qui tente d’interagir avec les autres à l’aide d’une marionnette de dauphin. Elle réalise aussi des films amateurs pornos “tentacules” (spécialité japonaise très… hum… particulière).

Elle est accroc au sexe (un peu moins que Cheryl/Carol, mais tout de même…), et cherche à avoir des rapports avec Lana depuis la saison 2. Elle est recouverte de tatouages, l’un représentant le poème de Lord Byron “La destruction de Sennacherib”, l’autre le nombre de morts qu’elle a causé en participant à des combats clandestins à mains nues.

Depuis la saison 4, Pam est devenue agent de terrain, une progression logique quand on connaît sa propension à chercher les sensations fortes. Une présence, qui sait, qui pourrait poser des problèmes à Archer, tant Pam est une version de lui moins géignarde, et tout autant efficace.

De là à dire que c’est une employée parfaite, n’allons pas jusque là. Elle reste une sociopathe capable de manger une tonne de crevettes parce qu’elle aime ça, alors qu’elle y est allergique et gonfle de partout.

 

76. Adam Sackler, Girls (Adam Driver)

Par Nicolas Robert

Dans Girls, Adam est un gros con. C’est ce qu’on se dit en regardant le pilote, quand il traite Hannah pire qu’un jambon. Dans les épisodes suivants, on se dit qu’il est franchement désagréable. Sale et plutôt bourrin. Rétrograde et égoïste aussi. On n’a qu’une envie : c’est que l’héroïne de la série s’éloigne vite de lui, quand bien cela permet de mettre en images ce que peut être une relation toxique.

Sauf qu’en fait, c’est plus compliqué que ça. Nettement plus. Confronté à des problèmes d’addiction, résolument en proie à des difficultés de communication, Adam n’a aucun sens de la mesure. Il n’a aucun filtre qui lui permettrait d’interagir avec ses semblables de façon subtile. Quand il aime, il aime complètement et il le dit – quitte à faire peur. Quand il va mal, il fait en sorte que les autres le soit aussi – c’est ce que raconte la fameuse scène d’amour polémique avec le personnage de Shiri Appleby en saison 2. Quand il a envie d’être lourd, il y va franchement (et il n’y a pas besoin de le pousser, vraiment).

C’est tout ça qui fait d’Adam un authentique jusqu’au-boutiste. Capable de taper parfois pile là où ça fait mal, et de foncer dans le tas pendant que d’autres personnages de la série n’osent rien faire. Parfois, il va trop loin (qui est-ce qui se retrouve chez les flics après une rupture ?). Mais contre toute attente, une fois que l’on a compris ça, on se surprend à l’apprécier, même s’il est également capable d’inquiéter. Lorsqu’il n’est pas là, on en vient étonnamment à attendre son retour. Parce qu’il apporte un truc unique à la série de Lena Dunham.

En dépit ou plutôt grâce à tout ce que l’on a appris de lui en vingt épisodes, une vérité implacable s’impose : Adam Sackler est et reste un gros con. Et c’est justement pour ça que c’est un des personnages les plus fascinants de la décennie. Chapeau, l’artiste : vivement la saison 3.

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