100 personnages de séries, épisode 20 (Thomas Veil, Leslie Knope, Phil Dunphy, Kira Nerys)

100 personnages de séries, épisode 20 (Thomas Veil, Leslie Knope, Phil Dunphy, Kira Nerys)

Dernier jour de l’avant-dernière semaine de notre dossier (qui est une liste et pas un top, on le rappelle), notre rédacteur invité du mois vient en renfort pour nous parler d’un homme de nulle part, et nous d’une femme politique de rêve, un enfoiré et une résistante.

77. Thomas Veil, Nowhere Man (Bruce Greenwood)

Par Guillaume Nicolas

Imaginez un instant. Vous décidez de célébrer le vernissage de votre nouvelle exposition photo par un dîner au restaurant avec votre femme. Vous vous absentez un instant aux toilettes. A votre retour, votre femme n’est plus là. Les serveurs ne vous reconnaissent pas. Plus personne ne semble se souvenir de vous. Vous tentez de rentrer chez vous. Votre chien grogne lorsque vous approchez. Votre femme n’a plus aucun souvenir de vous. Un homme a pris votre place. Ainsi débute le calvaire de Thomas Veil.

Thomas Veil s’inscrit comme un héros type des années 90. Une décennie qui voit fleurir les séries paranoïaques et ses personnages principaux en quête de vérité. Jarod pour The Pretender, John Loengard pour Dark Skies, Fox Mulder pour X-Files, Frank Black pour MillenniuM. Autant de figures homériques, face à un secret, une puissance qui les dépasse. Ce qui distingue Thomas Veil des autres, c’est une lutte plus personnelle. Il s’agit moins d’offrir la vérité au monde que de retrouver la sienne, intime et personnelle, qui prend la forme de son identité.

Dans Génération Séries #26, Françoise Poul situe Thomas Veil sur une branche d’un arbre généalogique entre David Vincent (Les Envahisseurs) et Robert Kimble (The Fugitive). Il faudrait ajouter N°6, célèbre agent secret qui s’escrime, lui aussi, à retrouver sa liberté, sa personnalité. Thomas Veil est pris au piège d’un récit kafkaïen auquel se sont greffées les circonvolutions des machinations dickiennes.

L’homme lutte autant contre un puissant groupuscule de l’ombre que contre lui-même. La série le plongera à de nombreuses reprises dans un océan de perplexité, jouant avec sa mémoire, avec les apparences. Ce combat prend une forme de plus en plus abstraite, à mesure que Thomas Veil doute, vascille. Mais une volonté indéfectible le caractérise et c’est elle qui le fera avancer. The Nowhere Man est une série profondément humaniste parce qu’elle place l’individu face à sa propre disparition. Suppression de l’identité, des droits, du citoyen, le chemin de croix de Thomas Veil se transforme en une quête de sens. Moins allégorique qu’un prisonnier, l’homme gardera foi en l’humain. Foi en un système auquel il croit. Il sera parfois aidé dans son parcours, fera des rencontres qui le toucheront dans des moments vulnérables. Mais sa quête reste individuelle, identitaire et il finira par faire chemin seul, errant comme un vagabond. Donner du sens à son existence, c’est faire valoir, avant tout, son droit d’exister. Et Thomas Veil ne cessera de combattre. Sa plus grande réussite : rester dans les mémoires, dans l’inconscient collectif.

 

78. Leslie Knope, Parks and Recreation (Amy Poehler)

Par Dominique Montay

Tout avait très mal commencé pour Leslie. Frappée du syndrôme « Michael Scott » dans The Office, série créée par les mêmes auteurs, Leslie a peiné, durant la première saison, à s’imposer en personnage attachant. Si Scott ressemblait à un officier de la Wehrmart dans la saison 1, le rendant à la fois agaçant et un peu terrifiant, le problème de Leslie était tout autre.

Michael Schur en parlait dans le Nerdist Writers Panel : si Leslie échouait à être un personnage appréciable, c’était à cause du regard des autres. Leslie n’arrête pas, bosse tout le temps, tente de motiver ses troupes à tous instants… et en saison 1, tout le monde est « gavé » par Leslie Knope. Et du coup, le télespectateur aussi. Il aurait suffit, d’après Schur, que le regard change de « elle est chiante » à « elle est fatigante, mais elle est super » pour que nous le ressentions ainsi.

Leslie Knope, dès l’enfance, rêve de devenir présidente des Etats-Unis. Elle tient ça de sa mère, femme politique accomplie qui provoque un sentiment d’infériorité chez sa fille. Ce rêve d’enfant, Leslie le vit… comme une enfant. Elle est enthousiaste, rêveuse, idéaliste. La voir se heurter à des politiciens qui ne font pas preuve d’altruisme, c’est voir le visage d’un enfant à qui on vient d’annoncer que le père Noël n’existe pas.

Leslie est attachante, touchante, drôle et inspire un respect infini. Elle est la politicienne telle qu’on la rêve. Qui veut faire le bien autour d’elle, qui voit grand et qui se bat pour, et qui ne trahit jamais totalement ses principes. Leslie Knope est une femme formidable. La ville de Pawnee et Ben Wyatt ont bien de la chance.

 

79. Phil Dunphy, Modern Family (Ty Burrell)

Par Jérôme Tournadre

La première fois que j’ai vu Ty Burrell c’était dans L’armée des morts le remake réussi de Zombie. Il incarnait un des survivants qui trouve refuge dans le centre commercial et qui s’avère être un bel enfoiré de première qui mérite bien la fin qui l’attend.

Forcément avec cette image en tête ma rencontre avec Phil Dunphy dans Mordern Family fut étrange. C’est ce même mec qui incarne un bâtard prêt à t’écraser pour survivre dans un film de zombies et qui devient un père génial dans une sitcom drôle et touchante ?

(Je découvre la comédie et la notion d’acteur, ne cherchez pas)

Agent immobilier, marié à Claire Pritchett et père de trois enfants, Phil Dunphy aurait tout du père classique et c’est pourtant tout le contraire. Phil est un homme qui n’a jamais oublié sa part d’enfance et qui assume avec un naturel désarmant ses choix de vie souvent en contradiction avec la norme. Il est ainsi fier de parler de son expérience de cheerleader au lycée et n’hésite pas à se faire faire une bonne manucure dans un salon de beauté.

Parmis tous les personnages de la série, Phil est surement celui qui joue le plus avec le concept du reportage filmé et on a toujours un sourire qui se forme quand il jette un œil dépité à la caméra suite à une de ses déceptions où une de ses bêtises. Parce que ce bougre maladroit les cumules et cela ne l’arrête jamais surement parce que l’innocence est le moteur de sa vie. Souvent une phrase gentille dans sa bouche révèle un double sens involontairement méchant aux oreilles de son interlocuteur.

Geek dans l’âme il s’amuse de toute les inventions et raconte que les premiers mots qu’il prononça à son fils Luke à sa naissance furent : “je suis ton père”. Père prêt à tout pour ses enfants même à être un véritable sadique, gendre qui recherche la fierté de Jay Pritchett, ami fidèle, obsédé devant les belles formes de Sofia Vergara mais amoureux sans limite de sa femme, Phil Dunphy c’est quelque part le papa/mari/homme idéal parce qu’imparfait.

 

80. Kira Nerys, Star Trek : Deep Space Nine (Nana Visitor)

Par Jérôme Tournadre

Concevoir une série de science-fiction dans un univers connu et balisé avec comme épine dorsal les thématiques de la guerre, de la religion, de la résistance et de la reconstruction et tous les problèmes que cela implique est une véritable gageure. Afin de pouvoir se faciliter la tâche, il fallait donc un personnage qui soit le nexus de tout ces problèmes. Ainsi fut crée Kira Nerys.

Soldat dans la résistance Barjorienne face à l’envahisseur Cardassien, Kira se retrouve être promu major et premier officier de DS9 quand la planète Bajor et la station retrouve leur indépendance. La vie est simple pour elle, d’un coté il y a les gentils (eux les résistants et leurs alliés) et de l’autre il y a les méchants (les Cardassiens et tout leurs alliés). Les sept années qu’elle va passer au sein de l’équipage de Sisko vont lui prouver que la réalité est bien plus compliqué que cela et que si la guerre est une chose facile, la reconstruction est une tâche autrement plus ardue.

On s’en souvient des épisodes où Kira se retrouve confronté à des épreuves qui remettent en cause sa vision des choses. On se souvient de la fois où elle du exproprier par la force un Bajorien vivant sur une lune destinés à devenir une centrale d’énergie pour toute la planète. On se souvient du moment où elle découvrit que sa mère fut la maîtresse de Gul Dukat, le préfet Cardassien de Bajor sous l’occupation.

Guerrière qui redécouvre peu à peu la vie, Kira va souffrir et se remettre souvent en question lors des sept saisons qui compose la série. Elle n’en ressortira que plus forte à chaque fois avec une noblesse rare. Croyante à la foi extrêmement forte, elle s’opposera constamment et avec force à Kai Winn chef religieux de son peuple qu’elle considère comme une arriviste et une menace pour la planète. Méfiante envers Sisko à leur première rencontre, elle lui accordera peu à peu sa confiance, son respect et son admiration.

Si le capitaine Sisko, Odo et Miles O’Brien perpétuent une certaine tradition de l’univers Star Trek (le capitaine juste et courageux, l’être étranger en quête de savoir et observateur des humains et l’homme du peuple, bon par excellence), Kira Nerys est la personnification même de ce qui fait l’originalité, la force et la grande qualité de Star Trek : Deep Space Nine.

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