100 personnages de séries, épisode 21 (Rosie, Jack Bauer, Marie Germain, Mike Kellerman)

100 personnages de séries, épisode 21 (Rosie, Jack Bauer, Marie Germain, Mike Kellerman)

Dernière ligne droit pour le dossier des 100 personnages avec une mère, un symbole, une résistante et un flic.

81. Rosie, The Slap (Melissa George)

Par Nicolas Robert

C’est l’histoire d’une femme enfant qui a donné naissance à un petit garçon, un enfant-roi. L’histoire d’une mère qui vit par et pour son fils, et dont les réactions irritent, étonnent ou émeuvent. Rencontrer Rosie dans The Slap, c’est rencontrer un personnage qui provoque des réactions souvent contradictoires… et qui ne laisse jamais de marbre.

Il faut la voir, à la fin de l’épisode 3 de la minisérie australienne, donner le sein à Hugo, son fils de trois/quatre ans (!) en fusillant du regard Harry, venu s’excuser pour son geste au centre de l’histoire. On comprend alors que c’est une femme impitoyable. On dirait une sorte de parrain mafieux qui ne transige jamais avec la sécurité de son fils.

Il faut la voir, seule avec Gary, son mari alcoolique et frustré, pour comprendre que c’est une femme seule. Une femme qui souffre et qui n’a aujourd’hui que son fils pour la rendre heureuse, alors qu’il n’y a pas si longtemps, elle jouait avec la vie comme elle jouait avec les hommes.

Il faut la voir, quelques épisodes plus tard, s’effondrer alors qu’elle est la cible d’un avocat, pour se dire que cette femme possède un magnétisme incroyable et qu’elle est habitée par des aspirations contradictoires et souvent douloureuses.

Suivre Rosie, finalement, c’est emprunter le chemin tracé par une femme aussi fragile qu’excessive ; aussi touchante qu’effrayante, insupportable et agaçante. C’est aussi apprécier la formidable partition livrée par Melissa George qui avouait cet été, deux ans après le tournage, qu’elle était toujours habitée par son personnage.

Lorsque l’on repense à cette série, à ce qu’elle donne à voir, on veut bien la croire.

 

82. Jack Bauer, 24 (Kiefer Sutherland)

Par Guillaume Nicolas

Le bras armé de la démocratie américaine. Jack Bauer est un corps. Un agent programmé pour lutter contre le terrorisme. Son identité passe après sa mission : protéger le sol américain, envers et contre tout. Que l’ennemi soit étranger ou venant de l’intérieur. Avec pour leitmotiv principal : la fin justifie toujours les moyens.

Jack Bauer incarnera l’idée du nouveau super-héros, post 9/11. Désespérément humain mais d’une efficacité implacable. Tortionnaire, hors-la-loi quand la situation l’exige il n’existe aucune méthode interdite si le sort de l’Amérique est en jeu. Prisme du dogme républicain, symbole d’une idéologie interventionniste, Bauer placera souvent les États-Unis devant son propre paradoxe. Le dilemme moral d’une politique tourmentée, hantée par une attaque terroriste sur son sol. Bauer sera l’homme derrière la poussière, ombre se détachant dans la lumière. Et ainsi, personnifie le bras vengeur, au risque d’aliéner les partisans de la démocratie, effrayés par des méthodes dévoyées.

L’homme devient symbole d’une forme de déchéance alors qu’il produisait l’effet d’un manichéisme politique. Les bons d’un côté, les méchants de l’autre. La série dû même orchestrer son procès (saison 07). Jack Bauer justifiait l’utilisation abusive de la torture dans l’armée américaine. Rejeter par son propre pays (qui l’avait déjà abandonné en fin de cinquième saison), l’agent de la CTU ne reculera jamais devant ses actes, fier de ses idéaux, prêt au sacrifice. Agneau abandonné devant la messe médiatique, bouc émissaire parfait, Jack Bauer sera offert à la vindicte populaire.

Jack Bauer est un martyr. Un être condamné à la solitude. Comme Job, chaque saison sera une nouvelle épreuve pour ébranler ses idéaux. Elles prendront ses femmes, ses amis, les personnes qu’ils admirent, les symboles qu’il vénèrent. Tous ces évènements l’aspireront dans une spirale (auto)destructrice, sorte de désacralisation politique qui le mèneront vers une vendetta personnelle. Aux corps qui s’amoncellent, s’ajoute une déshumanisation progressive, nourrie par sa vengeance quand elle servait, jadis, la démocratie américaine. Il faudra le voir, dans l’ultime saison, se lancer, seul, dans une attaque quasi suicidaire, sur-armé, vêtu de kevlar et d’un masque annihilant tout indice d’humanité. Si la chair de Jack Bauer porte en elle les stigmates de ses valeurs démocratiques, sa combinaison intégrale ne montre plus rien de l’homme mais une machine à tuer.

Héros définitivement increvable. L’arrêt de la série marquait sa disparition. Une mort symbolique, conceptuelle, administrative. Point de sang, point de dernier souffle mais un exil. Un compteur bloqué à zéro, suivant une dernière image : un drone, allégorie des nouvelles méthodes interventionnistes, renvoyait le visage de Jack Bauer sur un écran, avant de disparaître dans une pluie de pixels. Mais l’Amérique a encore besoins de Jack Bauer. Point de salut pour les héros, son retour sur les écrans est pour bientôt.

 

83. Marie Germain, Un Village Français (Nade Dieu)

Par Jérôme Tournadre

Marie Germain fait partie de ces gens que les événements extraordinaires vont faire révéler le plein potentiel. Agricultrice dont le mari est fait prisonnier de guerre lors de la débâcle de 40, elle va devoir gérer seule sa ferme, son fils et une relation extra-conjugale avec Raymond Schwartz. Définie au départ par cette relation, la vie de Marie va prendre une tournure radicale quand elle se retrouve impliquée involontairement dans les actes d’une résistance encore balbutiante.

C’est par cet engagement que Marie Germain va totalement se révéler et devenir le leader d’un mouvement qu’elle a contribué à mettre en place. Femme d’une grande beauté et d’une détermination toute aussi grande, elle n’hésitera jamais à prendre des décisions difficiles pour la résistance. Farouchement indépendante (elle cesse sa relation avec Schwartz tout comme elle s’oppose à un mari qui veut la garder à la cuisine), Marie Germain n’entends pas qu’on lui dicte ce qu’elle doit faire.

Un Village Français a souvent construit ses personnages dans l’optique qu’ils soient les représentants d’éléments de cette période de l’histoire. En ce sens Marie Germain est la représentante de ces femmes qui furent les fondatrices et les pivots de nombreux mouvements de résistance, et que l’histoire a trop longtemps mis de coté. De par sa force et son caractère, Marie Germain rend hommage à ces membres à part entière de l’armée des ombres.

 

84. Mike Kellerman, Homicide (Reed Diamond)

Par Nicolas Robert

C’est un des chouchous des fans d’Homicide. A raison, tant son parcours est particulier dans la série de Fontana et Levinson.

Ancien inspecteur de la brigade des incendies de Baltimore, Kellerman débarque à la Criminelle au début de la saison 4. Partenaire d’un Meldrick Lewis toujours orphelin de Steve Crosseti, il formera avec ce dernier un duo complémentaire : les deux hommes ont le même âge, le même genre d’éducation et sont habités par le même professionnalisme.

Son intégration au sein de la Crim’ semble se passer sans encombre… jusqu’à ce qu’un scandale de corruption ne vienne le mettre en cause. A tort ? A raison ? Fontana et sa bande jouent adroitement sur le fait que Kellerman est le dernier arrivé, celui que l’on connaît moins que les autres, pour instiller le doute. Chez ses partenaires… mais également chez le téléspectateur.

Débute alors pour le personnage un long voyage introspectif, aux confins du doute et de la solitude. Finalement libéré de ses accusations (mais pas blanchi), Kellerman va continuer à porter sur ses épaules le poids de ces accusations. Jusqu’au jour où il croise la route de Luther Mahoney, redoutable roi du trafic de drogue à Baltimore.

Figure tragique par excellence, Kellerman est un personnage fascinant. A la fois très proche et mystérieux dans ce qu’il donne à voir de ses émotions au public, il emmène avec lui le téléspectateur aux confins de la morale. Il s’assure aussi la compassion voire la sympathie de l’audience en continuant d’avancer encore et toujours. En dépit des heures les plus sombres et des actes les plus extrêmes.

Quelque part, on peut s’étonner que personne n’ait pensé à créer un spin off avec un tel personnage. Il faut croire que le bonhomme a échappé à la mode. Mais il a sans aucun doute ouvert la voix à un Walter White ou un Vic Mackey. Le fait que ce soit Diamond, l’interprête de Kellerman, qui joue Terry Crowley, la taupe d’Aceveda dans le pilote de The Shield, est à ce titre plus que savoureux.

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