100 personnages de séries, épisode 22 (Horatio Caine, Malcolm Tucker, Claire Kincaid, Virginia Chance)

100 personnages de séries, épisode 22 (Horatio Caine, Malcolm Tucker, Claire Kincaid, Virginia Chance)

J-4. Aujourd’hui, 100 personnages de séries s’attaque à un roux à lunettes, un écossais virulent, une assistante du procureur timide et une ex-teen-mom.

85. Horatio Caine, CSI : Miami (David Caruso)

Par Guillaume Nicolas

[ATTENTION, ÉNORME SPOILER SUR LE DESTIN DU PERSONNAGE]

Les mains sur les hanches. La tête légèrement inclinée. Dans un mouvement lent et synchronisé, il enlève ses lunettes de soleil et redresse son visage. Regard projeté vers un horizon, il ne parle pas, il déclame. Sa parole est d’or, aussi, il répétera sa phrase deux fois. Le ballet récurrent d’Horatio Caine. Mouvement poétique, presque solennel.

Héros Nietzschéen, Horatio Caine est l’incarnation télévisuelle du mythe du sur-homme. Il est la volonté de puissance. Cette force indéfectible antonyme de pouvoir. Ici, c’est de détermination qu’il est question. Horatio Caine devient l’homme fort au sens métaphysique du terme. Il incarne la connaissance, la sagesse et veut donner. Jamais un membre d’une série CSI n’aura été à ce point proche des victimes, n’hésitant pas à outrepasser ses fonctions pour développer une empathie excessive.

Horatio Caine est un héros solaire. La série jouera beaucoup avec ce point de vue. Régulièrement, l’astre Caine viendra éclipser le soleil. Sa silhouette se détache ainsi de l’écran, comme son corps est baigné d’une lumière quasi divine. Un peu super-héros, un peu sur-homme, le lieutenant scientifique possède comme arme le savoir, la bonté. Son costume ? Ses lunettes de soleil. Elles possèdent les vertus de l’armure. Sans elles, il devient vulnérable, laissant ses yeux tristes et profonds apparaître. Elles deviendront le symbole de sa chute, dans une mort symbolique, mise en scène. Les lunettes posées sur le sol, le verre brisé par l’impact d’une balle. Dieu est mort, Horatio se relèvera.

Objet de raillerie, les caricatures du jeu maniéré de David Caruso ont fleuri sur le net. Il faut dire que la façon très particulière qu’a l’acteur de camper le personnage peut prêter le flan aux moqueries. Pourtant, il fallait de l’audace pour incarner cette création hors norme. Les auteurs ont joué toutes leurs cartes pour symboliser la grandeur de l’homme. Ralentis, don d’ubiquité, plans en contre-plongé, canonisation, que ce soit sur la forme ou dans l’écriture, la série est devenue le réceptacle de cet homme bon. Nietzsche disait que se sentir petit et faible représentait le mal, quand la puissance de la volonté est signe de moralité. Il n’existe probablement pas de personnage plus moral que Horatio Caine.

 

86. Malcolm Tucker, The Thick of It (Peter Capaldi)

Par Dominique Montay

Efficace, terrifiant, vulgaire, agressif… Malcolm Tucker gère les crises du parti travailliste britannique. Et il le fait avec une violence incroyable. Il n’est le chef de personne, mais de par sa position, tout le monde en réfère à lui. Il décide de tout, organise tout, valide les projets politiques, les discours, les visites à la télévision…

Il est machiavélique, manipulateur. Il est à la fois l’arme la plus efficace contre le parti conservateur, mais aussi l’homme le plus craint du parti travailliste. Car vous savez que, quelle que soit votre position, à la moindre erreur, Tucker va venir dans votre bureau vous mettre la tête dedans de la pire des manières, à coups d’insultes et de moquerie, le tout avec une rage constante.

Difficile de savoir si Tucker aime sincèrement sa position. On se demande s’il a un ulcère ou si c’est un accroc à l’adrénaline. Son obsession pour l’image est telle qu’il use des pires moyens pour se sortir de n’importe quelle situation. Tucker, c’est la politique dans ce qu’elle a de pire, centrée sur l’apparence, les relations publiques, mais pas sur la politique ou le bien-être des citoyens.

Seul objectif : le pouvoir. Comment le gagner, comment le garder. Point final. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Tucker est loin d’être entouré des plus brillants esprits de sa générations. Il doit gérer bourdes après bourdes, avec comme point d’orgue son avant-dernier “poulain”, la peu compétente Nicola Murray. Il passera une grande partie de la saison 4 à essayer de se débarrasser de ce… boulet.

On ne sait pas grand chose de la vie privée de Malcolm Tucker. Marié ? Père ? Peut-être. Dans certains épisodes c’est le cas, dans d’autres non. Une façon peut-être inconsciente mais bien réelle qu’a Armando Ianucci de nous dire : on s’en fout. Un personnage dont l’attitude, le rythme est défini par son travail. Lorsqu’en début de saison 4 le parti travailliste n’est plus aux commandes, et donc plus dans l’oeil du cyclone, Tucker s’éteint un peu. Il devient en apparence plus calme (résigné ?). Lorsque le pouvoir lui tend à nouveau les bras, il retrouve sa verve, son agressivité.

Et surtout, Malcolm Tucker, c’est un sens du verbe, de la formule, de l’utilisation la plus fleurie possible du déjà fleuri mot fuck. Le tout avec un accent écossais de malade. En vrac, quelques citations:
“Stop fucking blinking! Or I will take your optic nerve and strangle you with it!“
“What’s that, cricket, that’s the English equivalent of sport isn’t it? No actual phisical contact, just glaring.”
“Are you producing porn for the visually impaired? Because what I’m hearing on my radio is Nicola Murray being roundly fucked.”
“Come the fuck in or fuck the fuck off.”
“Tucker’s Law: « If some cunt can fuck something up that cunt will pick the worst fucking time to fucking fuck up because that cunt’s a cunt! » I’ve go that embroidered on a tea-towel at home!”
“Come on people, let’s get going here! I’ve got a to-do list that’s longer than a fucking Leonard Cohen song.”

 

87. Claire Kincaid, Law & Order (Jill Hennessy)

Par Nicolas Robert

En vingt saisons, Law & Order (New York District / New York Police Judiciaire en France) a vu passer de très nombreux acteurs et personnages. Si certains (Jack McCoy, Lennie Briscoe, Anita Van Buren) ont longuement marqué l’histoire de la série, Claire Kincaid tient une place très particulière.

Première femme assistante du procureur de la série, son rôle va évoluer avec énormément de subtilité au fil des trois saisons où elle apparaîtra (de 1993 à 1996). Juriste timide et débutante au côté de Ben Stone (Michael Moriarty) la première saison, elle va progressivement gagner en assurance de façon très fine. Au fil des épisodes, son professionnalisme, son regard sur les questions juridique et éthique va s’affirmer en douceur. Avec Stone mais surtout avec Jack McCoy, avec lequel elle entretient une relation singulière.

Le coup de génie des scénaristes à l’époque ? Dans une série qui se concentre sur les intrigues policières, sur la vie professionnelle des héros (et la façon dont leur histoire flèche leur regard), ils vont glisser ça et là des éléments qui sous-entendent que McCoy et Kincaid ont une relation d’ordre privée. Ce n’est jamais dit clairement mais une foule de détails (les deux personnages évoquent une affaire en dînant au restaurant par exemple) confortent cette impression.

Là où, à en croire Sullivan dans ses multiples chroniques sur Doctor Who, Steven Moffat se sert souvent d’événements qui se passent hors écran pour faire évoluer la relation qui unit le Doctor et ses compagnons, ceux de Law & Order ne cèdent jamais à la facilité. Tout est dans le sous-texte, les échanges, les allusions. Et ils permettent véritablement au personnage d’évoluer.

Si Kincaid connaît une issue tragique, son impact sur les autres protagoniste, et surtout sur McCoy, sera exploré une fois encore après son départ. Faisant du même coup de la jeune femme une héroïne unique dans la série. Unique et marquante.

 

88. Virginia Chance, Raising Hope (Martha Plimpton)

Par Jérôme Tournadre

C’est l’histoire d’une petite fille abandonnée par son père et sa mère, d’une adolescente qui tombe enceinte à 16 ans, d’une jeune maman en galère mariée à un homme un peu con-con sur les bords, d’une femme qui doit s’occuper de sa grand-mère sénile et d’un adolescent désœuvré.

Dit comme cela c’est pas la joie mais grâce au pouvoir du crâne ancestr……..de la fiction américaine et de la sitcom regardons autrement la vie de Virginia Chance : C’est l’histoire d’une petite fille élevée par des grands-parents aimant, d’une adolescente follement amoureux de son premier amour, d’une jeune maman qui élève son gosse avec un homme gentil et qui arrive toujours à s’en sortir, d’une femme qui est toujours là pour sa grand-mère et son fils devenu lui aussi jeune papa.

Virginia Chance (génialissime Martha Plimpton) est à l’image même de Raising Hope. C’est une femme qui n’a pas été aidée dans la vie mais qui a réussi à faire contre mauvaise fortune bon coeur et à faire en sorte que sa vie et celle de sa famille puisse être la meilleure possible malgré le peu de moyen qu’elle dispose. Or elle n’est pas sans défaut, elle a mauvais caractère, elle pense avoir toujours raison, est persuadé que l’Etat du Delaware n’existe pas et le nombre de mensonges qu’elle a fait croire à son fils pourrait faire l’objet d’un bouquin de 500 pages.

Mais c’est parce qu’elle ferait tout pour sa famille. Abandonnée par des parents quand elle fut toute petite (Elle croit sa mère morte alors qu’elle est bien vivante mais ne voulais s’encombrer d’elle), Virigina place sa famille au dessus de tout quitte à en faire trop. Sa croyance aveugle en la fin du monde le 21 décembre 2012 (tout le monde a oublié hein!) sera l’occasion pour démontrer à quel point Viriginia pense à protéger sa famille.

Elle a beau être naïve (moins que son mari Burt ceci dit), superficielle et un poil escroc, il n’en reste pas moins qu’elle reste une femme admirable.

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