100 personnages de séries, épisode 23 (Heathcliff Huxtable, Dutch Wagenbach, Claudette Wyms, Al Bundy)

100 personnages de séries, épisode 23 (Heathcliff Huxtable, Dutch Wagenbach, Claudette Wyms, Al Bundy)

En ce mercredi, retrouvons un père de famille, un duo de flics et un autre genre de père de famille.

89. Heathcliff Huxtable, The Cosby Show (Bill Cosby)

Par Nicolas Robert

Dans l’imaginaire collectif, il restera sans doute à jamais ce père de famille aux mille mimiques et aux pulls plus bariolés les uns que les autres. Mais le bon docteur Huxtable, c’est tellement plus.

Un fin pédagogue, qui invite ses enfants à réfléchir bien plus souvent qu’il n’élève la voix. Un « éducateur », qui place la confiance au centre des rapports familiaux. Un homme qui dit beaucoup plus en trois répliques plus ou moins sarcastiques que bien d’autres pères de gentilles familles télé. Un personnage, surtout, qui met en valeur ceux qui sont autour de lui en interagissant avec eux avec une aisance évidente.

Bill Cosby est tellement Heathcliff Huxtable qu’on a souvent l’impression qu’il ne joue pas, qu’il est toujours tel qu’on le voit à l’écran. C’est la marque des grands acteurs et des beaux personnages. Parce que derrière chaque réplique, derrière chaque mouvement, il y a surtout beaucoup de talent. Un talent et une maîtrise qui ont porté l’humour simple (en clair, léger, taquin mais jamais vulgaire) au plus haut.

En repensant à Bill Cosby, on se dit que c’est typiquement à ce qui manque à plusieurs comédies familiales d’aujourd’hui. Un chef de file qui, l’air de rien, bosse à fond sur un projet intelligemment mûri.

Pour s’en convaincre, il suffit de revoir le pilote de la série, ou l’ode à Ablette le poisson rouge, ou l’épisode qui marque le retour de sa fille Denise à la maison… avec sa toute nouvelle famille. Cliff Huxtable, ce n’est pas seulement une madeleine de Proust. C’est aussi une vraie leçon de comédie à l’état pur. Une leçon que l’on n’oublie pas quand on l’a vue.

 

90. Dutch Wagenbach, The Shield (Jay Karnes)
91. Claudette Wyms, The Shield (CCH Pounder)

Par Dominique Montay

Deux personnages quasiment impossibles à dissocier. Dans l’univers surréaliste de The Shield, où le commissariat est dans une ancienne église, où le héros est un menteur, un voleur, un tricheur, où le preux chevalier est un politicien limite corrompu, Dutch et Claudette incarnent la normalité.

On les croirait sortis d’un épisode d’Homicide. Un duo à l’ancienne, qui devise, théorise, fait plier dans la salle d’interrogatoire. Des flics efficaces. Des flics dignes de confiance, loins des deals et autre compromissions qui font le quotidien de Vic Mackey. Dutch et Claudette, c’est l’ancrage réaliste et humain qui permet au télespectateur de ne pas dégoupiller, de continuer à croire en cette histoire.

Dutch est l’archétype du gentil gars pas populaire. Il est le “nerd” du “jock” Mackey. Toujours le sujet d’une blague, d’une moquerie. Parce qu’il ne fait pas partie des gamins cools, ceux qui sévissent à la Strike Team, éloge brinquebalant d’une virilté grotesque. Dutch n’est pas un séducteur, et il en souffrira tout au long de la série. Trop lisse, trop fin. Sa part d’ombre, il la laissera s’échapper une fois, sans la lâcher dans la nature, quand une nuit, seul, il étranglera un chat, pour rien.

Claudette porte sa souffrance et son combat sur son visage. Dur, marqué. Elle n’a jamais eu la vie facile, a toujours dû travailler deux fois plus que les autres pour arriver là où elle est. Elle subit Mackey, qu’elle déteste silencieusement. Si elle admet qu’il obtient des résultats, Wyms exècre ses méthodes, consciente des effets pervers sur le long terme. Pour elle, être flic, ça n’est pas ça. Elle n’est pourtant pas revendicatrice. Ou rarement. Claudette bout à l’intérieur. Sans surprise, elle est rongée par la maladie, comme une expression physique de son mal-être.

Deux personnages fascinants, qui se décuplent au contact de l’autre. Un duo indissociable et passionnant, possèdant une vie propre, en marge de The Shield et de sa violence brute. Ils s’admirent l’un l’autre. Dutch passe son temps à le lui dire, directement ou pas. Claudette jamais, mais n’en pense pas moins. Elle se protège, toujours. Ses émotions, on les perçoit rarement. Parfois, derrière la colère. Ou dans les derniers instants de la série quand elle se trouve face à la confession de Vic Mackey et qu’elle sait qu’il sera impossible de le faire payer. Son visage prendra une expression de dégoût, de révulsion telle qu’il est impossible de se l’enlever de l’esprit.

Dans cet instant, nous sommes tous un peu Claudette Wyms.

 

92. Al Bundy, Marié, deux enfants (Ed O’Neill)

Par Jérôme Tournadre

« Entre l’époque où les océans ont englouti l’Atlantide et l’avènement des films d’HBO, il y eut une période de l’histoire fort peu connue dans laquelle vécut Al Bundy, destiné à poser la couronne de la Fox, ornée de pierres précieuses, sur un front troublé. C’est moi, son chroniqueur, qui seul peut raconter son épopée. Laissez-moi vous narrer ces jours de grandes aventures… »

Incarnation magistrale du surhomme de Nietzsche, Al Bundy fut l’homme que nous autres pauvres petits mâles occidentaux et embourgeoisés rêvions d’être. Al Bundy ne se contentait pas de vivre, il existait. Il dépassait les conventions et les normes pour développer pleinement son statut de mâle alpha.

Sa légende débuta tôt, quand sur les terrains de football de son lycée, il marqua quatre touchdown en un seul match ! Dès lors Al Bundy fut notre héros à tous. Celui qui lutta contre la fatalité, la malchance, le mariage et les enfants envers et contre tous. Son combat était noble et son courage mérite d’être chanté pendant des siècles et des siècles.

A première vue, on pouvait se tromper et croire que ce modeste vendeur de chaussures, marié et père de deux enfants était bel et bien le minable qu’il semblait être. Mais cette image n’était qu’une couverture destinée à tromper l’ennemie rousse à gros popotin. C’est dans son repaire où il pouvait méditer et faire ses besoins, qu’Al imagina son rêve. C’est dans les ombres du Nibar bar qu’il le concrétisa avec ses apôtres du No Ma’am. Souvenons-nous de ses principes :

« On a le droit d’appeler les seins « nibards » et même parfois « boîtes à lait ».»
« On est pas obligé de se laver les dessous de bras.»
« On a le droit de passer tous les emmerdeurs à la moulinette.»
« Avocats, voir Commandement 3.»
« On a le droit de conduire une super caisse, si ça vous aide pour draguer.»
« Tout le monde doit prendre le bus, sauf moi.»
« Réhabilitons le mot « courtisane ».»
« La natation synchronisée n’est pas un sport.»
« Le bain de minuit est un sport.»
« O.K., il n’y en a que 9, personne n’est parfait …»

Al Bundy est notre héros, il savait soulever les foules pour les mener dans des combats qui changèrent la face du monde tel celui pour remettre à l’antenne Papa le Dingue. Loué soit ton nom Al, à chaque fois que nous ouvrons une bière, que nous mettons notre main dans le pantalon, que nous refusons de faire l’amour et que nous nous moquons des grosses, c’est à toi que nous rendons hommage.

Hail to the king !

« Et Al Bundy ramena la fille du roi chez elle. Ayant accompli sa mission, il repartit avec ses compagnons du No Ma’am, où Al dut affronter de nombreuses querelles et de nombreuses guerres. Son nom fut couvert d’éloges et d’honneurs et, un jour, il devint roi de ses propres mains. Mais ceci est une autre histoire… »

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