100 personnages de séries, épisode 5 (Number 6, Al Swearengen, Wesley Wyndam-Pryce, Josh Lyman)

100 personnages de séries, épisode 5 (Number 6, Al Swearengen, Wesley Wyndam-Pryce, Josh Lyman)

Pour finir la première semaine de notre dossier, on s’arrête devant un robot en quête de foi, un patron de bar à prostituées, un observateur et un politicien.

17. Number 6, Battlestar Galactica (Tricia Helfer)

Par Dominique Montay

Tout tient sur une performance qu’on attendait pas. A Hollywood, Tricia Helfer a ce qu’on appelle un physique pas facile. Non, elle n’est clairement pas ‘moche’. Elle est belle. Et même très belle. 1,79m, des mensurations irréelle, un passé de mannequin… une carrière tout tracée de ‘sois belle et tais-toi’. Et au final, ce que va lui offrir Battlestar Galactica lors du retour de la série en 2005, c’est tout simplement le rôle de sa vie.

Helfer offre une profondeur inattendue à un personnage d’apparence figé et sans âme. Sa quête d’humanité est bouleversante. Son personnage s’imprime dans la rétine. C’est elle dont on se souvient le plus quand le téléfilm introductif à la série se termine (pas les meilleures heures du reboot). Elle réussit à donner une deuxième dimension à son personnage, même lors de scènes qui auraient pu être grotesques, comme lorsqu’elle « visite » l’esprit de Gaïus Baltar.

Les producteurs de la série ne s’y sont pas trompés. Number 6 a souvent été l’argument de vente de la série, son affiche, et ce même si elle n’est pas la star du show. Number 6, c’est le contre-pied parfait. Son regard n’est pas vide, il est perdu. Helfer bouscule tous les préjugés pour offrir une prestation qui restera hélas sans suite. A ce jour, 6 reste son seul rôle conséquent.

Killer Women, prévu pour 2014 pourrait changer la donne. Pas certain qu’il déloge le souvenir de 6.

 

18. Al Swearengen, Deadwood (Ian McShane)

Par Dominique Montay

Le patron du bar à prostituées de Deadwood est un homme complexe. Il est violent, décidé, et pense toujours d’abord à son propre intérêt. Dans les premiers instants de la série, on le verra traquer une gamine, tuer un prospecteur, et pourtant… au fil des années, Swearengen nous offrira une autre facette de sa personnalité, plus humaine, presque touchante.

Ian McShane serait passionnant en lisant le bottin. Alors, en déclamant des dialogues de David Milch, c’est le bonheur absolu. Le type possède une voix sidérante. McShane trouva dans le rôle de Swearengen un personnage à sa hauteur, dans la lignée du travail qu’il avait fourni sur le film Sexy Beast. Quand Al Swearengen commençait à vous regarder par en-dessous, c’était clair : il allait pas tarder à nettoyer votre sang sur son parquet.

Malgré la profondeur dramatique du personnage, un truc revient en tête à l’évocation de Swearengen. Des scènes comiques. Ses échanges avec Wu. Le chef de la communauté chinoise de Deadwood sera souvent en intéraction avec Al, donnant lieu à des échanges hilarants, avec Swearengen essayant péniblement de se faire comprendre, et n’ayant au final réussi qu’à apprendre un seul mot à Wu : « Fuck ».

 

19. Wesley Wyndam-Pryce, Angel (Alexis Denysof)

Par Jérôme Tournadre

Dans l’univers des séries télés, il y a une poignée de personnages qui, lors du final d’une série, sont devenus radicalement différents de l’image qu’ils avaient à leur première apparition. Parmi eux il y a une petite minorité dont la différence s’est construite d’une façon si naturelle et si fine qu’on a du mal à se rendre compte de l’énorme travail d’écriture et d’interprétation qu’il y a derrière. Wesley Wyndam-Price fait partie de cette petite caste de personnages.

Faites le test et montrez un des dernier épisodes de la cinquième saison d’Angel à quelqu’un qui ne connaîtrait que la série Buffy. On parie que cette personne (qui a en tête l’image d’un Wesley guindé et coincé dans un costume trop grand pour lui) risque d’être fortement étonné face à un mâle (un vrai, un dur, un buriné) dont le visage garde les traces des dures épreuves qu’il a subit durant ces dernières années. Le fan du Buffyverse par contre n’est pas surpris, il est même sûrement enchanté du parcours d’un personnage qui a définitivement sa place parmi les meilleurs de l’univers de Joss Whedon.

Apparu dans la série Buffy, Wesley Wyndam-Price n’est au départ qu’une espèce de caricature pitoyable de Rupert Giles et on aurait pu rapidement l’oublier après le final dantesque de la saison 3. C’était sans compter sur la mise en route du spin-off Angel qui permit à plusieurs personnages de Buffy de mieux évoluer loin de Sunnydale. Si Angel et Cordelia purent voler de leurs propres ailes, c’est bien le personnage de Wesley Wyndam-Price qui bénéficia le plus de cette indépendance.

Ce personnage gauche va s’imposer peu à peu au sein du groupe jusqu’à en devenir un élément indispensable. C’est dans la souffrance que le personnage (et son interprète Alexis Denisof) va révéler tout son potentiel, celui d’un être prêt à faire les plus difficiles des sacrifices pour combattre le mal. La mort, la perte de ses amis voire de son âme ne lui font pas peur. Il a un devoir à accomplir, une mission quasi-divine imposé par un patriarche au souvenir pesant.

Personnage tragique et d’une grande noblesse, Wesley Wyndam-Price s’impose naturellement parmi les grands de la série télévisée. Il est un exemple parfait de la capacité de la fiction à construire un personnage sur la longueur et à le faire évoluer peu à peu sans que le spectateur ne s’en rende vraiment compte.

 

20. Josh Lyman, The West Wing (Bradley Whitford)

Par Nicolas Robert

Si, dans toute la distribution de The West Wing, le personnage de Joshua Lyman tient une place à part, c’est d’abord parce que son portrait combine plusieurs dimensions. D’un bout à l’autre d’A la Maison Blanche, Lyman aura été une bête politique. Tout aussi idéaliste que Sam Seaborn ou Toby Ziegler mais aussi beaucoup plus pragmatique, beaucoup plus conscient des coups et des subterfuges à parfois mettre en oeuvre pour atteindre son objectif.

Lyman, c’est celui qui voit loin : c’est d’ailleurs ce qui lui fera quitter son bureau de l’aile ouest pour accompagner Matt Santos sur la route de la présidentielle.

Son personnage est celui qui a également le mieux intégré le paradoxe du temps politique : il faut des années pour faire aboutir des projets, faire évoluer la société, et le temps qui sépare deux élections est autrement plus court que ce que l’on pourrait croire.

Au côté de ses deux mentors, Leo McGarry et Jed Bartlet (qui se rapproche de lui juste après la mort de son père, tout un symbole), il va surtout apprendre ce que ce qu’être un homme d’État et un homme tout court. Jusqu’à devenir l’égal de celui qu’il appelle son patron (Leo) en des circonstances très particulières.

The West Wing raconte en fait comment il passe du statut d’enfant-roi, de surdoué qui ne passe jamais inaperçu (rappelez-vous : la scène du pilote dans le café avec Mandy, où les femmes le couvent du regard) à celui d’adulte qui assume ce qu’il est. Avec ses forces, avec ses faiblesses. Avec ses limites, surtout. Cette thématique traverse toutes les saisons de la série : de l’intrigue évoquant la mort de sa soeur (une idée très vite abandonnée) aux deux dernières saisons de la série, en passant par les événements de Roslyn et ses conséquences.

Partager