100 personnages de séries, épisode 8 (Emma Peel, Frank Pembleton, Jennifer Melfi, Lucas Buck)

100 personnages de séries, épisode 8 (Emma Peel, Frank Pembleton, Jennifer Melfi, Lucas Buck)

8ème épisode de notre dossier feuilleton, avec aujourd’hui une femme d’action, un flic efficace, une psy et le diable.

29. Emma Peel, The Avengers (Diana Rigg)

Par Dominique Montay

Un choc visuel, rien que ça. Emma Peel est l’icône sériephilique des années 60. Intelligente, forte, belle… elle éclipsera presque la totalité des autres « side-kick » de la série. Le personnage est défini comme étant un génie, tout simplement, avec une spécialité de chimiste. Elle sait se battre, mieux que son partenaire John Steed.

Après deux saisons, les avis divergent sur la nature des rapports entre Steed et Peel. D’après MacNee, ils couchent ensemble à l’occasion. D’après Peel, ils ne font que flirter. D’après le créateur Brian Clemens, leur dernier rapport sexuel date d’avant la première apparition de Peel dans la série.

Son nom est un jeu de mot formé à partir de l’expression « Man Appeal » M. Appeal, soit Emma Peel. La couleur était annoncée dès le départ : elle devait être, en plus d’un personnage impressionnant, d’une insolente beauté. Son interprète, Diana Rigg, restera dans l’histoire, mais pas que pour la série. Son look représente dans l’inconscient collectif les années 60 en Angleterre.

Derrière son aspect féministe (femme libre, autonome, égale du héros, qui n’a pas besoin de lui pour se sortir d’un mauvais pas, brillante…), la vérité hors champ était tout autre. Diana Rigg était payée autant que le caméraman. Et c’est au prix d’un triplage de son salaire qu’elle resta une saison de plus.

Sa sortie de champ est très éloignée du personnage : son mari, Peter Peel, qu’on croyait mort, revient. Elle décide d’arrêter son métier d’espionne et de le rejoindre. Un peu étonnant…

Reste un personnage qui aura marqué la série, défini son image à travers le monde (pour beaucoup, The Avengers c’est Steed-Peel). Lors de l’adaptation ciné de triste mémoire, c’est Peel qui est choisie, et Uma Thurman jouera le rôle. Si loin de Rigg. Si loin de Peel.

 

30. Frank Pembleton, Homicide (Andre Braugher)

Par Nicolas Robert

Un roc en imper, avec une plaque de flic. Un jusqu’au-boutiste de l’enquête, capable de faire avouer (presque) tout le monde dans le Bocal, la salle d’interrogatoire de la Crim’ de Baltimore. Telle est l’image que l’on utilise le plus souvent pour décrire Francis Xavier Pembleton, l’inspecteur vedette de Homicide.

Spécialiste des enquêtes résolues (sous son nom au tableau des affaires, les patronymes en noir -symbole des affaires bouclées- sont légion), Pembleton est pourtant beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.

La dureté apparente qui le caractérise, le caractère hautain et solitaire qu’on lui prête (et qui sont directement inspirés de l’inspecteur Harry Edgerton, vrai flic du Maryland dont David Simon dresse le portrait dans son livre Baltimore), ne sont qu’une des facettes de sa personnalité.

Profondément croyant (il est catholique pratiquant), marié et très vite père de famille, Pembleton est habité par la même soif de justice que Tim Bayliss, son partenaire. Son rôle ? “Donner la parole aux victimes”. Coûte que coûte. S’il ne se pose pas aussi frontalement la question du “pourquoi ?” que son coéquipier, il n’en est pas moins le défenseur acharné des valeurs de l’ordre. Pour que sa vie, pour que la vie ait plus de sens.

Pendant les six saisons au cours desquelles le magnifique Andre Braugher est au générique de la série, Tom Fontana, James Yoshimiura, Julie Martin, Jorge Zamacona et Eric Overmyer (les principaux scénaristes de la série), n’ont eu de cesse de mettre à l’épreuve cette conviction profonde.

Avec des affaires traumatisantes (Adena Watson évidemment, celle du Tueur aux gants blancs également) mais aussi en confrontant le personnage à ses limites et à sa propre fin, en saisons 4 et 5.

Homicide et Pembleton, c’est l’histoire d’un parcours. Celui d’un homme excessivement brillant dans un monde excessivement incertain, imprévisible. Un roi des énigmes qui se bat avec une volonté inébranlable et qui va devoir accepter, comme tous les autres, que “la vie est un mystère”, pour reprendre une des répliques clefs de la série.

Cette réalité, cette vérité, Pembleton va se l’approprier progressivement. Jusqu’à l’épisode « The Subway », monument narratif de la saison 6 (un des plus grands épisodes télé de la décennie, toutes séries confondues), dans lequel Frank va enfin l’embrasser complètement.

A partir de là, Pembleton va assumer ce qu’il est, et accepter réellement le monde dans lequel il vit. La preuve ? Elle est donnée dans le téléfilm final, au cours duquel Bayliss lui fait un lourd aveu, qu’il dit ne pas vouloir entendre… mais qu’il a bien entendu.

Frank Pembleton, c’est un immense personnage, campé par un sublime acteur. Plus qu’une expérience télé, c’est une vraie rencontre. Une de celles qui vous fait aimer passionnément les séries au long cours.

 

31. Jennifer Melfi, Les Sopranos (Lorraine Bracco)

Par Jérôme Tournadre

Apprivoiser le Minotaure, voici la difficile tâche à laquelle le docteur Jennifer Melfi va devoir essayer d’accomplir durant six saisons. Quand elle accueille dans son cabinet ce sympathique conseiller spécialisé dans le business du traitement des déchets qui vient la voir pour une thérapie suite à des crises de panique, elle ne se doute pas qu’elle va devoir faire face à une terrible bête en la personne de Tony Soprano.

Personnage emblématique de la série au même titre que le boss de la mafia du New Jersey, le docteur Melfi est peut-être celle qui connaît le mieux Tony. Ce dernier se confiera à elle comme jamais il ne l’a fait avec une autre personne. La série (la meilleure du monde faut-il le rappeler? (1)) se construira autour de la relation entre Tony et le Docteur Melfi.

Pour autant le docteur Melfi n’apparaît jamais comme une faire valoir du personnage principal. Celle-ci va également évoluer tout au long de la série et va devoir surmonter des épreuves terrible. On se rappellera notamment la manière dont elle se repris en main à la suite de son viol durant la troisième saison de la série. Habituée au milieu de la mafia (elle incarna l’épouse de Ray Liotta dans Les Affranchis de Martin Scorsese), Lorraine Bracco compose ici un personnage remarquable dont les sentiments très ambigus, allant de la haine à l’attraction, envers son patient feront partie du mantra de la série.

 

32. Lucas Buck, American Gothic (Gary Cole)

Par Dominique Montay

Caleb Temple et Lucas Buck

La beauté du diable. Lucas Buck est le shérif de la petite ville de Trinity, en Caroline du Sud. Et il tient sa ville dans la paume de sa main. Il signe des pactes, il asservit la moitié de la population. Lucas Buck séduit, captive, impressionne, terrorise, viole…

Quand nous découvrons Lucas Buck, c’est de la pire des manières. Il vient de tuer de ses mains la grande sœur de Caleb Temple. Son objectif est d’obtenir la garde de Caleb, vraisemblablement son fils, et qu’il veut voir prendre sa succession le temps venu.

Antagoniste principal au début de la série, rejeté par Caleb et sa cousine Gail, il va finir par les retourner complètement. Caleb se rapprochera progressivement de lui, malgré sa constante méfiance. Gail, quand à elle, cèdera à ses avances et ira jusqu’à attendre son enfant.

Buck martyrise son officier en second, un flic sans courage qui le subit depuis des années sans broncher. Buck, dans le Sud Profond, y est aussi à l’aise que dans son territoire naturel. La température y est brûlantes, et les âmes s’y damnent facilement. « Someone’s at the door » disait Meryl Temple avant de mourir. Le diable, prêt à pervertir tous ceux qui l’entourent.

Rôle d’une vie pour le pourtant excellent Gary Cole, qui sévit aujourd’hui sans aspect démoniaque, mais avec toujours autant de charme dans The Good Wife. Remarquez, il y joue un républicain inscrit à la NRA. On reste un peu dans le démoniaque, quand même.

 

(1) : Après cette affirmation cavalière, le rédacteur en chef séries du Daily Mars a fait subir les pires sévices à Jérôme Tournadre. Ce dernier a été viré du Daily Mars, changé d’identité, et n’a plus le droit de parler de séries télé dans une zone habitée. Pour rappel (message informatif à destination des Sopranistes, Wireriens ou BreakingBaddeurs) la « meilleure série du monde », tant qu’on ne pourra pas les départager pendant des épreuves concrètes (genre course en sac ou concours de mangeur de tartes), ça N’EXISTE PAS !  Comme le disaient Arnold et Willie « il faut de tout pour faire un monde » et tous les goûts sont dans la nature. Votre série préférée n’a pas à être adoubée par la critique pour rendre votre préférence respectable. A moins qu’il s’agisse de la Croisière s’amuse, dans quel cas je vous juge.

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