Une famille en Orcs (Critique de Warcraft : le commencement)

Une famille en Orcs (Critique de Warcraft : le commencement)

Note de l'auteur

Warcraft : le commencement - Duncan JonesSalut les rôlistes ! Vous rappelez-vous la dernière fois que vous vous êtes faits enfiler par les Trollywoodiens ? Mais si ! C’était en l’an de grâce 2000 : pile-poil le jour de la sortie de Donjons & Dragons, adapté du célèbre jeu de rôle papier (et vidéo : le divin Baldur’s Gate entre autres). Jeremy Irons y jouait, avec la légèreté qu’on lui sait, un grand méchant mage nommé Profion. Tout est dans l’étymologie. Il n’y a pas de fumée sans feu.

Seize ans plus tard, c’est Warcraft, saga vidéoludique créée par Blizzard et vénérée par moult générations successives de no-life (responsables du bourbier économique actuel), qui débarque en grande pompe sous la maestria de Duncan Jones, fils de David Bowie et réalisateur des très sympathiques Moon (dont la BO composée par Clint Mansell est un régal) et Source Code.

L’histoire tient en deux trois mots : loi/ordre VS chaos*. Un manichéisme scénaristique inscrit dans l’ADN de l’heroic fantasy depuis ses débuts et quelque peu éculé mais passons : c’est la loi d’un genre qui tourne en rond. Bon alors, c’est l’histoire d’Orcs boostés aux stéroïdes de la mort, peu consciencieux de leur environnement, qui créent un portail tridimensionnel pour envahir un monde utopique dans lequel l’harmonie et le multiculturalisme ont su s’imposer sans l’aide de Patrick Sébastien. Et quel monde ! Je me souviens de mon grand-père face à des péplums aux décors en carton-pâte fauchés, aux costumes criards ayant l’air sorti tout droit du pressing : “Nom de Dieu ça fait sous-développé !”, s’écriait-il. Aujourd’hui, paradoxalement, malgré les millions injectés en effets numériques pour tenter de nous en mettre plein la vue, nous sommes revenus au même point : nez-à-nez avec des univers qui vomissent la facticité par tous les pores de leurs couleurs saturées, où la magie, l’illusion et le merveilleux cinématographique brillent par leur absence. Pourquoi adapter un jeu vidéo en film si c’est pour s’y cantonner en nous jetant à la gueule “un déferlement de cinematics indigestes”, pour citer ce cher Dr No ? Personne, aux réunions de production, ne s’est visiblement gratté le menton assez fort avant de suggérer : “Hé les gars, et si on opérait un contre-pied total !? Si on essayait au moins de faire des nains ou des elfes avec des prothèses chiadées, d’autant plus qu’on ne les voit que cinq minutes dans le film ? Et si on créait un Golem en stop motion du futur ou des animatroniques de bâtards ?!!” Bref, et si on donnait un minimum d’épaisseur à tout cela ? Et si l’expérience était t-a-n-g-i-b-l-e ? Pourtant, personne ne doute de l’ouverture d’esprit des fans mais peu importe, car bien évidemment le modèle économique est annoncé dès Warcraft: le Commencement : vendre des suites à rallonge comme des extensions du jeu World of Warcraft. Avis médical : optez pour le pot de vaseline “familial”.

Malgré tout ce fiel un tantinet réac’, il faut admettre qu’il y a des exemples de réussites flamboyantes dans le genre « combo fantasy numérique mais pas trop » : l’esthétiquement splendide Blanche-Neige et le Chasseur, pour ne citer que lui, parce qu’il est seul ces derniers temps en fait.

Il s’agirait peut-être de parler du film, non ? Avez-vous vu Willow ? C’est drôlement bien Willow et les bastons y sont bien plus épiques que dans Warcraft : le Commencement. OK, donc à ma gauche j’ai une femelle Orc qui ressemble à Sigourney Weaver version Na-Vi dans Avatar, à ma droite de gros Orcs ultrasensibles que même Tilikum, le bouffeur de dresseuses d’Orlando fait bien plus peur (regardez Black Fishde Gabriela Cowperthwaite) et au milieu de tout ça, Ben Foster. Benny le gentil magicien qui fabrique des monstres avec son caca, porte une capuche en plumes de corbeaux et nous permet de renifler l’intrigue en trente secondes avec ses yeux de merlan frit (très panés).

Mais ! Warcraft a le mérite de créer la surprise en ne ménageant pas ses personnages, ce qui fait vraiment du bien, et de distiller plutôt modérément cette manie de la « petite blague » imposée à toutes les sauces pour tenter de rythmer le néant (Avez-vous vu l’Histoire sans fin ?). Pour ces deux raisons et parce que, oui, j’ai eu les poils lorsqu’un Orc se fait fendre les couilles en deux comme une bûche, Warcraft gagne deux points. Avez-vous vu Legend ? C’était avant que Tom Cruise se fasse refaire les dents par ordinateur et ÇA, c’était du cinéma !

En salles depuis le 25 mai
2016. USA. Réalisé par Duncan Jones. Avec Travis Fimmel, Paula Patton, Ben Foster…

 

*Pour la petite histoire, ces notions de loi et de chaos sont connues des joueurs de Donjons & Dragons. Elles ont été intégrées au système dit « d’alignement » des personnages pour définir leur comportement social (chaotique bon/mauvais/neutre, loyal bon/mauvais/neutre etc.), et seraient en partie héritée de Trois cœurs, trois lions, un livre agréable écrit par Paul Anderson en 1961.

On termine sur un petit jeu qui fonctionne avec à peu près tout.

Charte des alignements - Game Of Thrones

 

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