#14 – Le coin des mangavores !

#14 – Le coin des mangavores !

Comme nos journées ne font que 24 heures et qu’il m’en faudrait 45 pour pouvoir lire et critiquer toutes les sorties manga que nous proposent les différents éditeurs français, ce coin des mangavores vous permettra d’avoir une vue d’ensemble sur les dernières sorties parues et de ne rien louper de vos titres préférés. C’est parti, suivez le guide !

 

The Rise of the Shield Hero (T.8)

Avec ce huitième tome du seinen d’heroïc-fantasy de l’éditeur Doki-Doki, le récit prend un tournant et clôture sa première partie qui fut, il faut bien le dire, assez riche. À la surprise générale, ces huit premiers tomes de TROTSH auront su déjouer les nombreux pièges inhérents au genre. Maltraité depuis le début de l’histoire, Naofumi, héros malgré lui, tient enfin sa revanche. Après avoir été accusé de viol par la princesse Myne, traîné dans la boue et conspué par tout un peuple, le jeune homme a enfin l’occasion d’obtenir réparation auprès de Mirelia Q. Melromarc, souveraine du royaume. Mais avant cela, Naofumi doit d’abord en terminer avec les adeptes de la religion des Trois Héros, menés par un pape ivre de pouvoir. Le héros au Bouclier laisse s’exprimer toute sa frustration et sa colère, libérant ses pouvoirs et basculant, l’espace d’un instant, du côté obscur. Cela devait arriver et couvait déjà depuis quelques tomes, et même si le moment fonctionne, on regrette un certain manque d’intensité dans la scène. Qu’à cela ne tienne, la seconde partie offre à Naofumi de se venger, appuyé par une Mirelia d’une incroyable dureté et fermeté à l’encontre de son mari et de sa fille. Écartée l’option mise à mort, le héros et la souveraine décident d’humilier publiquement et jusqu’à leur mort, les coupables. Ainsi, le roi Aultcray est déchu de son rang royal et se voit renommé Ordure tandis que la princesse sera désormais connu sous le nom de Garce ou Traînée. Décidément, TROTSH ne cesse de nous surprendre, prenant régulièrement le contre-pied de ce qu’on a l’habitude de lire dans ce genre de manga épuisé jusqu’à la corde. Parti du concept parfaitement éculé du « RPG-like » avec son héros plongé dans un jeu vidéo, le manga d’Aiya Kyu a opté pour une approche plus sombre, pleine d’injustice et de rancœur. Bien que cette tonalité soit contrebalancée par certains personnages kawaii comme Filo ou Melty, c’est bien elle qui fait le sel de ce titre qui aurait pu facilement se noyer dans la masse. Du coup, on attend de voir sur quoi va partir la suite, maintenant que Naofumi est libéré de son poids de bouc-émissaire. The Rise of the Shield Hero va devoir trouver une nouvelle dynamique qui fonctionnera et c’est tout ce qu’on lui souhaite.

The Rise of the Shield Hero (T.8)
D’Aiya Kyu
Édité par Doki-Doki

 

Les Enfants de la Baleine (T. 8 & 9)

Je le répète à chaque chronique, Les Enfants de la Baleine est un petit bijou, un objet plein de délicatesse, de poésie et de caractère. Les tomes s’enchaînent et ne cessent de nous convaincre, nous transportant dans un univers unique. Voilà maintenant quelques temps que nous vivons parmi les habitants de la Baleine de Glaise, peuple maudit, à la dérive sur un océan de sable, à bord de cette incroyable île-navire. Faisant route vers Amonlogia, Chakuro et ses compagnons progressent dans les profondeurs de l’île et atteignent la chambre de Midén renfermant toute son histoire. L’auteur, Abi Umeda fait résonner passé et présent à travers les personnages de Midén et d’Ohni, tous deux Daimonas, des êtres d’exception en termes de puissance. Dans Les Enfants de la Baleine, il est énormément question de transmission, d’héritage, qu’il soit désiré ou non et ces habitants doivent porter le poids du passé. Le lecteur est alors pris de compassion à l’égard de ce peuple condamné pour les erreurs de ses ancêtres, qui tente de réprimer sa tristesse et qui malgré tout, tente de garder la tête haute et d’avancer contre vents et marées. La cruauté n’ayant pas de limite, arrivés aux portes d’Amonlogia, alors que toutes et tous espèrent pouvoir mettre derrière eux une destinée maudite et des années d’errance, voilà qu’ils sont trahis et doivent une nouvelle fois faire face à l’adversité et à l’injustice. Depuis le début, la mangaka nous fait vivre au rythme des traditions, des habitants et de l’histoire de la Baleine de Glaise. Ce colosse des sables est littéralement au cœur du récit, il est un personnage à part entière qui renferme autant de secrets que de profondes blessures. Avec une véritable affection et empathie pour ses protagonistes, Abi Umeda nous transmet toute une palette d’émotions, alliant poésie et réflexion existentielle. La galerie de personnages qu’elle déploie est elle aussi tout en nuances. Rêveurs, combattants, idéalistes, ambitieux et écorchés vifs, ils sont mus par différents objectifs, autant de trajectoire qui se croisent et s’entrechoquent. Bref, c’est tout cela et plus encore, ajouté à un trait délicat et plein de vie, qui fait des Enfants de la Baleine, un titre si unique et donc si précieux.

Les Enfants de la Baleine (T. 8 & 9)
D’Abi Umeda
Édité par Glénat

 

Gunnm (T.6)

Dans ce sixième tome, Gunnm sort la grosse artillerie et passe en mode Mad Max. Après son terrible combat contre Zapan, Gally est dans un sale état, sur le point de disparaître. Cependant, elle se voit offrir une nouvelle chance, celle de vivre mais également celle de revoir Ido. Pour cela, elle doit devenir une « tuned », un agent à la solde de la toute puissante Zalem, la cité flottante. Onze années ont passé et en tant qu’ange exterminateur, la nouvelle mission de Gally est de mettre la main sur le déserteur Desty Nova. Après Rollerball dans les tomes 3 et 4 et le travail de HR Giger dans le précédent, celui-ci fait clairement du pied au Mad Max de George Miller. La scène de l’attaque du train par les nomades du Barjak aux commandes de buggy et de motos, hallucinante graphiquement, ne cache pas son inspiration, nous injectant au passage une bonne dose d’adrénaline et d’extase. Tout le reste du tome joue la carte du survival en terrain hostile. Accompagnée de Fogia et Jorg, deux mercenaires en charge de la protection du chargement ferroviaire, Gally se retrouve coupée de ses supérieurs et doit faire face à Knuckle Head, un chef d’escouade du Barjack, particulièrement revanchard et coriace. Une fois encore, la jeune cyborg est bien maltraitée dans ce tome mais son ADN de guerrière et ses incroyables capacités lui permettent d’encaisser et de rebondir. On assiste ici à une nouvelle résurrection de Gally. En seulement six tomes, la jeune héroïne a déjà eu mille vies et a souffert bien plus que l’on peut en supporter en une seule. Chasseur de prime, championne de Motorball et maintenant super agent high-tech, alors qu’elle est en quête de ses origines, elle ne cesse de se réinventer, d’endosser de nouveaux rôles, mue par une rage de vivre… heureuse. Yukito Kishiro continue d’explorer la quête d’identité de son héroïne et de développer son univers cruel et violent. Les ennemis ou adversaires de Gally finissent tous par succomber, obnubilés qu’ils sont par la jeune et mystérieuse cyborg. Makaku, Zapan, Knuckle Head, ils entretiennent tous avec elle un étrange rapport d’amour/haine ultra-exacerbé. En résulte des confrontations violentes, pleines de folie qui viennent ponctuer le récit d’une vie atypique et hors norme. Concernant le coup de crayon du mangaka, on constate qu’il s’affine au fil des tomes. Déjà excellent à ses débuts, son trait prend de l’assurance, voire même une certaine forme d’aisance. Que ce soit en termes de chara-design, de décors ou dans la fluidité des mouvements, Kishiro excelle et semble à l’apogée de son art. Bref, c’est passionnant, burné, jouissif et beau… ! C’est du Gunnm, quoi… !

Gunnm (T.6)
De Yukito Kishiro
Édité par Glénat

Partager