1994, une année de séries cultes : Urgences

1994, une année de séries cultes : Urgences

Sherry Stringfield, Anthony Edwards et Noah Wyle à la une de TV Guide.

Sherry Stringfield, Anthony Edwards et Noah Wyle à la une de TV Guide.

Série dramatique incontournable des années 90, la saga du Cook County Hospital n’a pas seulement marqué toute une génération de sériephiles. Elle a aussi ouvert la voie aux productions du câble américain en liant propos de fond (décrire la société américaine et son évolution pendant 15 ans) et ambition formelle (proposer une mise en scène fluide et énergique) pour toucher un très large public. Derrière ce petit miracle, en 1994, il y a une équipe resserrée mais très complémentaire.

Un numéro d’équilibriste. Voilà, grosso modo, ce que l’on va tenter de faire ce jeudi. Pas facile, en effet, de parler d’une série très connue et sur laquelle beaucoup de choses ont déjà été écrites. Compliqué de dire des choses pertinentes alors que l’on prépare des sujets pour célébrer comme il se doit ce vingtième anniversaire (de préférence avec des intervenants qui ont des choses originales à dire – teasing, tout ça, tout ça).

Difficile mais pas impossible.

Rappelons donc, pour commencer, quelques faits connus par une grande partie du public. A la rentrée 1994, la série médicale que tous les critiques attendent, ce n’est pas du tout Urgences, mais bel et bien Chicago Hope de David E. Kelley, sur CBS. L’ancien avocat, scénariste-producteur puis showrunner de La Loi de Los Angeles (une série qui, cette année-là, vient de s’arrêter au printemps) est le chouchou du jury des Emmys awards. Picket Fences, sa première série, a récolté de nombreux prix. On attend donc du bonhomme qu’il secoue la série médicale avec la même vigueur qu’il l’a fait avec la chronique sur une petite ville.

C’est sûr : ça va marcher, ça doit marcher.

En face, NBC lance une série dont l’épisode pilote a longtemps trainé dans les tiroirs d’un romancier à succès (Michael Crichton, Jurassic Park) et produit par un cinéaste ultra-populaire mais qui est en train de boire la tasse avec une série sous-marine et de science-fiction (Steven Spielberg, Seaquest Police des mers). La circonspection est de mise. Du côté du network comme du côté du public.

Eriq La Salle.

Eriq La Salle.

 

Contre toute attente, pourtant, la sauce prend. Parce que la distribution est finement choisie : si Anthony Edwards (Mark Greene) fait figure de leader sur le papier, une vraie alchimie opère entre tous les membres du casting.

Avec George Clooney (que le public vient de voir dans la saison 4 du drama Les Soeurs Reed, diffusé sur la même chaîne), Sherry Stringfield (qui a lâché NYPD Blue pour rejoindre la série), Noah Wyle (lequel, deux ans auparavant, a eu un petit rôle dans le film Des Hommes d’honneur, de Rob Reiner), Eriq La Salle et Julianna Margulies (deux comédiens qui ont enchaîné les petits rôles jusqu’alors, de Code Quantum à Homicide), la production trouve une troupe de premier choix. Capable de se mettre au service d’une série où les longs plans séquences sont nombreux et où il faut être capable de déclamer son texte d’une traite.

Une approche qui rappelle un peu celle du théâtre, l’univers dont vient le producteur exécutif John Wells. C’est ce dernier qui a en charge la production d’Urgences au quotidien, sous la supervision attentive de Crichton et Spielberg, par ailleurs assez présent en coulisses pendant la saison 1.

Là où une série comme CSI, six ans pus tard, aura entouré un jeune scénariste-producteur (Anthony Zuiker) de deux pointures de la télé (Anne Donahue et Carol Mendelsohn), Urgences a choisi de réunir des scénaristes rompus à l’exercice télévisuel… et qui se connaissent bien.

Autour de lui, Wells rassemble effectivement des plumes avec qui il a déjà travaillé pour la série China Beach. Lydia Woodward (une ex de St Elsewhere) et le jeune Neal Bear, ancien étudiant en médecine, ont tous les deux écrit des épisodes du show de CBS. Pareil pour Rod Holcomb, le réalisateur du pilote, ou Mimi Leder, qui dirige six épisodes cette saison-là.

Deux scénaristes qui ont l’habitude des dramas de NBC sont aussi de la partie : Robert Nathan a passé trois saisons sur Law & Order, Paul Manning deux sur La Loi de Los Angeles. Mais également un urgentiste qui a signé et mis en scène le script d’un film autobiographique, STAT, où il revisite son expérience dans des hôpitaux californiens : Lance Gentile.

Anthony Edwards (Mark Greene).

Anthony Edwards (Mark Greene).

Embauché d’abord comme consultant technique, Gentile montre rapidement aux scénaristes de la série qu’il ne manque ni d’anecdotes ni de qualités d’écriture. Il co-signe surtout deux épisodes (dont Blizzard, un classique de la série pendant lequel les urgences tournent au ralenti pendant 15 minutes avant d’être envahies par les victimes d’un carambolage survenu un jour de neige) et Love’s Labor Lost, épisode mythique dans lequel Mark Greene perd une patiente enceinte après une longue journée.

Un peu à l’image de X Files dans ses deux premières saisons, Urgences fonctionne donc autour d’une équipe plutôt réduite, solidaire et très complémentaire. Une équipe dont le travail ne tardera pas être salué par les professionnels. En 1995, Lance Gentile et Mimi Leder reçoivent chacun un Emmy award pour Love’s labor Lost. Julianna Margulies, elle, est élue meilleur second rôle féminin.

Le début d’une longue et fructueuse moisson, avec 22 prix pour 124 nominations.

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