1994, année de séries cultes : Les Anges du bonheur

1994, année de séries cultes : Les Anges du bonheur

Roma Downey, Della Reese et John Dye.

Roma Downey, Della Reese et John Dye.

Observer une année de séries cultes, c’est aussi -parfois- s’intéresser aux succès qui vous échappent. Quitte à étudier une création hyper bien-pensante et jouant sur des codes simplifiés. A ce petit jeu, la série produite par Martha Williamson s’impose comme un bon gros poids lourd.

Au milieu d’une saison américaine marquée par le lancement de Friends, Urgences, Angela 15 ans ou New York Undercover, celui de Touched by an Angel sur CBS tranche singulièrement. Programmée le samedi soir avec Docteur Quinn Femme Medecin et Walker Texas Ranger, la série qui raconte les pérégrinations de l’ange Monica (Roma Downey) et de Tess (Della Reese), celle qui est censée la superviser, porte en elle toute une vision de la société américaine.

Adulée par jusqu’à 27 millions de téléspectateurs à la fin des années 90 (le show fut pendant un temps le troisième programme le plus suivi de la télé US), Les Anges du bonheur a cependant connu des débuts compliqués. Si John Masius est crédité comme le créateur du show, il n’en a signé… aucun épisode.

Monica, l'ange vedette.

Monica, l’ange vedette.

 

Lorsque, au début des années 90, il propose le concept de sa série à la chaîne CBS, Masius, ancien scénariste de St Elsewhere, envisage le show avec une vision autrement plus sombre que celui qu’on lui connaît. Traduisant les questions profondes d’un père croyant dont deux enfants sont atteints d’un handicap, Masius raconte comment deux anges sont confrontés à des hommes et des femmes qui, eux aussi, s’interrogent sur leur foi.

Ses histoires sont donc plus sombres : Masius ne veut surtout pas que chaque épisode se termine avec les deux anges lançant les personnages du jour sur les Autoroutes de l’Espoir (oui : les routes du Paradis, c’est déjà pris). Mais CBS ne l’entend pas de cette oreille.

La chaîne se tourne donc vers la très chrétienne Martha Williamson, qui regarde d’abord le projet du coin de l’oeil… avant de le prendre à pleines mains. Ce qu’elle veut ? Donner à la série sa vision du monde chrétien, avec des Anges plein de joie et d’amour.

CBS dit Amen. Le public, lui, met du temps à faire de même. A la fin de la saison 1, Touched by an Angel est surtout touché par l’annulation. Une campagne de sauvetage organisé par les fans parvient à sauver le show, qui trouve alors son audience.

Le format des histoires est particulièrement rigide : un homme ou une femme se retrouve à un carrefour de sa vie, les Anges jouent les aiguilleurs, l’homme ou la femme tâtonne un peu jusqu’à ce qu’il/elle fasse ce que Tess et Monica ont prévu (enfin, Dieu ; enfin, Martha Williamson). Et surtout que l’homme ou la femme comprenne que Dieu l’aime et ne l’abandonne pas. Le tout, le plus souvent avec la subtilité d’une moissonneuse-batteuse auvergnate dans un studio parisien.

Dans les deux dernières saisons, Gloria (Valerie Bertinelli) rejoint la distribution.

Dans les deux dernières saisons, Gloria (Valerie Bertinelli) rejoint la distribution.

Avec une telle grille de lecture, la série abordera un grand nombre de sujets pendant la bagatelle de 212 épisodes. Généralement, Touched by an Angel traite des sujets qui fâchent en prenant un angle détourné pour mieux asséner son avis sur le monde. L’exemple typique, c’est le « célèbre » The Empty Chair (saison 7, épisode 6), où les Anges viennent « aider » un couple victime d’un « traumatisme post-avortement ». Pareil pour The Violin Lesson (saison 3, épisode 13), où les Anges rabibochent une famille dont le fils est gay… et se meurt du Sida. La méthode est simple : on aplanit les questions, et on les axes dans le discours chrétien de Williamson.

Pendant neuf saisons, le show invitera de nombreuses guests parmi lesquelles Mohamed Ali, Sherry Stringfield, Bill Cosby ou… Céline Dion. Elle fera surtout le lien entre Les Routes du Paradis de Michael Landon (une série un poil mieux écrite : elle bénéficie il est vrai de la présence au générique de l’ex Charles Ingalls et ses textes ont une pointe d’humour en plus) et les séries de Brenda Hampton (7 A la Maison, La vie secrète d’une ado ordinaire).

Touched by an Angel marque surtout un pic de la télé bien-pensante, celle qui séduit encore et toujours les associations de familles américaines qui raffolent des séries simplistes et lénifiantes (et aiment beaucoup moins les créations de Ryan Murphy, allez savoir pourquoi). Un pan de l’histoire en somme.

 

 

 

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