1994, une année de séries cultes : Chicago Hope

1994, une année de séries cultes : Chicago Hope

Chicag_Hope_1Irrévérencieuse, souvent mordante, la série créée par David E. Kelley est plus que « l’autre série médicale » des années 90. Héritière directe de St Elsewhere, le drama de CBS a laissé derrière lui un héritage encore très présent dans la télévision américaine d’aujourd’hui.

Chicago Hope, c’est une oeuvre particulière. Pour la télé américaine comme pour David E. Kelley. Chronique d’un hôpital de l’Illinois, la série s’intéresse à un groupe de praticiens très doués, souvent très sûrs d’eux mais à qui la vie rappelle sans cesse qu’ils ne sont que des humains comme les autres. Avec leurs doutes, avec leurs blessures et avec leurs limites.

Les deux premières saisons, produites par David E. Kelley (qui n’en écrit cependant pas tous les épisodes ou presque, une habitude du scénariste-producteur pourtant), font de la série un prolongement très réussi de Picket Fences, la première série du père d’Ally MacBeal.

En mettant en scène un nombre impressionnant de personnages (trop : ces deux premières années voient entrer et sortir un trop grand nombre de visages), Chicago Hope articule une intéressante réflexion entre le coeur et la raison dans des situations extrêmes, propices à de réels questionnements éthiques.

Tout cet aspect de la série se structure autour de la relation complexe qui lie le neuro-chirurgien Aaron Shutt (Adam Arkin) et le chirurgien cardio-thoracique Jeffrey Geiger (Mandy Patinkin). Tous deux sont amis mais leurs rapports sont constamment mis à l’épreuve par les événements… et le caractère de chien de Geiger.

Cynique, grande gueule, Geiger est un homme en révolte permanente. Sa femme a sombré dans la folie et noyé leur enfant au détour d’une crise et le praticien porte cette blessure au quotidien. Préfigurant par certains côtés Gregory House, Geiger ne restera que deux saisons au générique de la série.

Le docteur Kate Austin (Christine Lahti).

Le docteur Kate Austin (Christine Lahti).

Tout comme Peter McNicol, qui incarne l’avocat de l’hôpital, Alan Birch. Les deux hommes ont quitté le show dans la foulée du départ du showrunner, désireux de se consacrer à de nouveaux projets (The Practice, Ally MacBeal)… et visiblement, pas toujours très à l’aise avec le milieu médical.

Débute une nouvelle période pour la série. Toute aussi riche mais bizarrement moins évoquée en France, à l’époque. Pendant trois ans, les clefs de la série sont en effet confiées à un binôme très complémentaire : le scénariste John Tinker et le réalisateur Bill D’Elia. Si le second est un fidèle de Kelley, le premier est un ancien scénariste de St Elsewhere, LE drama médical des années 80.

Sous la férule de cette équipe, le show renforce sa filiation avec le drama produit par Bruce Paltrow dans les années 80. Sans nier ce qui faisait le ton de la série lorsque David E. Kelley l’a lancé : le débat moral reste toujours au coeur de l’action. Aaron Shutt étant cependant orphelin de Geiger (qui fait cependant quelques apparitions sporadiques), Chicago Hope s’appuie désormais sur un noyau de personnages et gagne en stabilité.

La grande idée de Tinker et D’Elia, c’est de mettre un personnage féminin en pleine lumière : le docteur Kate Austin (Christine Lahti), qui a un ego presque aussi grand que celui de Geiger mais offre aussi d’autres choses à voir. Autour d’elle, les docteurs Billy Kronk (Peter Berg, le futur producteur exécutif de Friday Night Lights), Jack McNeil et Keith Wilkes (Mark Harmon et Rocky Carroll, les figures de NCIS aujourd’hui) tiennent une place de choix dans les intrigues, alors que tout ce petit monde est drivé par le docteur Philip Watters (Hector Elizondo).

De la saison 3 à la saison 5, la série alterne alors le bon et le moins bon. Côté pile, elle multiplie les histoires bouclées prenantes et denses, côté face, elle se perd parfois dans des histoires teintées de soap pas mauvaises mais souvent prévisibles (les fans se souviendront d’une histoire mêlant Wilkes et l’auto-défense assez convenue).

A l’époque, Chicago Hope met aussi et surtout le pied à l’étrier à un impressionnant nombre de scénaristes, quand elle ne permet à d’autres déjà connus de donner pleine mesure à leur talent : Dawn Prestwich et Nicole Yorkin, Ellen Herman, Barbara Hall, David Amman, Jennifer Levin, Sara B. Charno, Ian Biderman font partie de l’équipe pendant toute cette période, où la série rend un bel hommage à St Elsewhere sans toutefois atteindre son niveau.

Le docteur Jack McNeil (Mark Harmon).

Le docteur Jack McNeil (Mark Harmon).

En saison 5, les audiences baissent. A la demande de CBS, Kelley accepte de reprendre les commandes de la série : il remet en selle Geiger, qui annonce… que la moitié de la distribution est virée ! Une sixième saison est produite, avec Patinkin au générique mais aussi Carla Gugino, Barbara Hershey et Lauren Holly. Henry Bromell est aussi à la production mais la greffe ne prend pas vraiment.

La série s’arrête finalement en 2000, au bout de six saisons et plus de 130 épisodes : elle laisse surtout un héritage encore très présent dans la télé de network dans sa façon d’emparer de sujet de société et de questions éthiques. Elle fait notamment le lien entre trois séries judiciaires sur ce point : La Loi de Los Angeles, The Practice et… The Good Wife. 

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