1994, une année de séries cultes : New York Undercover

1994, une année de séries cultes : New York Undercover

NYUndercoverLorsque les américains découvrent depuis leur canapé, le 8 septembre 1994, le pilote de New York Undercover, ils n’ont certainement pas conscience du caractère novateur de la série. Si l’on regarde bien ce premier épisode, il offre une lecture classique du récit policier. La présence de Dick Wolf aux crédits assure le savoir-faire, celle de Kevin Arkadie fait figure d’outsider (scénaristes sur Les Ailes du Destin en passant par Chicago Hope avec Docteur Quinn ou Homicide à son tableau de chasse). C’est avec notre regard actuel que l’on remarque que New York Undercover possède les racines des grands récits urbains, de The Shield à The Wire.

Découvrir la série aujourd’hui, c’est entrer dans une machine à remonter le temps. Pur produit de son époque, de par son look ou sa bande son, elle exhale le parfum des 90’s. Cette plongée montre combien la série tenait à son côté immersif. Un an avant elle, Homicide avait choisi de montrer le travail de policier, sans fard et la ville de Baltimore autrement que dans le cadre d’une carte postale. Dick Wolf choisit une orientation similaire. New York est vue depuis ses quartiers les moins glamours (Harlem), un angle cosmopolite qui montre combien la ville fourmille de communautés différentes. Tout comme Homicide, New York Undercover cherche à ancrer son policier dans une étude sociale. Sa pratique est moins rigoureuse mais le soin qu’elle applique à montrer les inégalités, les minorités la place dans une recherche de l’authenticité.

Descente dans les rues de Harlem. Musique omniprésente, mélange de Hip Hop, Soul, R&b, Jazz, caméra portée pour l’aspect naturaliste, il y a une vraie recherche formelle, une étude de style afin d’enrichir l’écriture. Les séquences pré-génériques où l’on découvre le crime se passe de mots. Uniquement la musique (aux invités souvent prestigieux). Les premières minutes du pilote sont remarquables d’efficacité (le pouls, l’ambiance) et d’une violence crue dans la conclusion (bel exemple du pouvoir de la suggestion). La série n’épargne rien, sait jouer des ses interdits pour mieux atteindre son propos. On retrouve l’efficacité brut de The Shield, d’une caméra bousculé, intrusive. Si l’on n’évite pas quelques tics visuelles de l’époque (et des tenues vestimentaires à s’arracher les yeux), la série conserve une dynamique vigoureuse.

Au centre de New York Undercover, il y a un duo. Détective Julius Clarence “JC” Williams et Détective Eduardo “Eddie” Torres. Rares sont les séries à présenter deux personnages principaux de couleur (Noir et Latino). Leur chef, le lieutenant Virginia Cooper est Irlandaise. Si dans les rues, la mixité est de rigueur, c’est également le cas à l’intérieur du “4th Precinct ». Ce paysage détonnant est une vraie force pour aborder des problèmes de société autrement que par le prisme du regard dominant à la télévision.

Si la série n’a pas déchaîné les foules ou marqué les esprits, elle aura toutefois duré quatre saisons. A posteriori, on peut comprendre la sous-estimation. Un côté un peu mécanique, une époque très marquée, sont quelques écueils à soulever pour mieux apprécier sa finesse et l’importance qu’elle a pu avoir sur la suite de la production policière. Mais en 1994, cette prémonition était difficilement lisible.

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