2015, Année Héroïque

2015, Année Héroïque

Aborder un bilan série selon le calendrier grégorien est toujours un exercice un peu bancal ou au moins morcelé, incomplet. C’est oublier qu’une moitié de saison a pu commencer l’année d’avant ou une autre, se terminera l’année prochaine. Entre les deux, bien sûr, certaines séries ont connu un début et une fin, bien à l’abri d’une forme courte ou d’une programmation clémente. C’est pourquoi, à l’exercice du classement, nous avons décidé, du côté des séries, d’offrir des rétrospectives, selon la sensibilité de la rédactrice ou du rédacteur.

 

Justiciers de tous bords, qu’ils soient masqués ou non, 2015 a été le début d’un sacre télévisuel conséquent pour les séries de super-héros de tous horizons. Parfois avec audace, parfois avec marasme et parfois avec un ennui poli ou une colère sévère. Bilan d’une année où l’héroïsme se conjugue sur de nombreuses tonalités.

« Je suis Green Arrow »

arrow-constantine-episode-haunted-crossoverPar cette phrase auto-lapidaire en octobre 2015 (4.01), Oliver Queen ne nous laissait guère d’espoir à exploiter, une bonne fois pour toute, son univers de manière un minimum intelligente. La saison 3 n’avait eu en effet guère grand-chose à sauver, s’enfonçant dans une parodie supplémentaire de son propre chef et signant ici, son année la plus catastrophique. Mais c’est avec beaucoup de surprise que Arrow a su profiter d’une mise au vert bien méritée pour apporter une candeur agréable au héros de Star City, ainsi qu’à tous les membres de l’équipe. Apportant un léger ton feel good qui manquait cruellement depuis bien trop longtemps à la noirceur fadasse de son univers, on apprécie grandement la démarche. On lui laissera un (très) léger bénéfice du doute pour voir si la série sera capable de tenir la distance, entre gravité d’intérêt et moments de détente. Et puis John Constantine se doit de revenir une nouvelle fois. Plus intéressant que la loooongue exposition de tout le cast de Legends of Tomorrow ou ou de sa laborieuse et unique saison, le retour de l’exorciste misanthrope a particulièrement produit son petit effet. La CW a eu le nez creux pour entreprendre un rapatriement d’une figure marquante de la Distingué Concurrence, le temps d’un épisode après une seule saison au compteur. Résultat, on en veut encore !

Celui qui était l’homme le plus rapide du monde.

Arrow-the-flash-season-2-crossover-legends-of-tomorrowDans la foulée, rendons à César ce qui lui appartient. Ce changement de tonalité chez Arrow fut grandement inspiré par la teneur de l’excellente première saison de Flash, dû à sa bonne humeur globale. Consistantes, bien amenées, les aventures du bolide écarlate réussissent un bien beau parcours, tout en évitant pas mal d’embuches que l’on pouvait craindre dès son piloteGrant Gustin passe la barre tranquillement après un accouplement réussi aux côtés de Stephen Amell (Hem…) dans leurs intrigues respectives. Même si sa reprise et son deuxième cross-over nous dévoilait tout de même un Barry Allen en demi-teinte, nous sommes vite rassurés de la tournure des événements lors de Running to Stand still (2.09) et des plans de son vilain. Si le concept de la Terre-2 est, de plus, utilisé à bon escient au milieu de tous les bolides existants (ou en passe de l’être !), Flash risque bien de créer la surprise une nouvelle fois.

La CW capitalise donc avec un talent certain les ramifications de ces deux séries, complexifiant les trames générales deux héros made in DC. La venue de Legends of Tomorrow d’ici peu montrera si oui ou non la chaîne est capable de gérer une triple intrigue entrelacée avec tout ce que cela implique en matière d’intérêt maximisé ou si cela finira par n’être qu’un soufflet amené à retomber assez rapidement.

Espions et Préjugés

Agents-of-shield-s1ep11-the-magical-place-still-image-03On a beaucoup insisté sur le cas de Agents of Shield et sur ses éminentes qualités au Daily Mars au vu de la désaffection du public due à sa première saison, mais on ne le dira jamais assez : le retour de l’agent Coulson via la petite lucarne est décidément une bénédiction sérielle. De très mauvais élève à ses débuts avec son formalisme consternant, le constat est désormais édifiant tant la série a su rehausser son niveau sur tous les plans. En développant de manière très méthodique deux arcs par saison, la série maîtrise ses enjeux et ses attentes avec une grande clairvoyance. Alternant surprises et action non-stop une fois lancée, elle construit savamment une galerie de personnages dont le tissu relationnel n’en finit plus de gagner en substance. Jed Whedon assure même une intelligentsia de la diversité dès les débuts de la troisième saison en plaçant pour la première fois dans le monde Marvel un personnage homosexuel, au milieu d’un arc où la ségrégation et la différence en sont les principales thématiques. L’une des séries du genre les plus réussies à l’heure actuelle, avec un Iain de Caestecker (Fitz) décidément fabuleux. On espère juste que l’univers partagé mis en place depuis ses débuts prendra un jour place aux côtés des Defenders de Netflix, voire le temps d’un guest dans le quatrième Avengers. Car, si le tout connecté est cher à Marvel et au nabab Kevin Feige, il s’agit avant tout d’un outil formidable de communication et qui sert surtout de poudre aux yeux la plupart du temps en termes de dramaturgie. Si Agents of Shield a toujours réussi malgré tout à gérer correctement l’exercice (Via Agent Carter ou Avengers l’Ere d’Ultron), il serait dommageable de ne pas en tirer parti au vu de la teneur exponentielle de sa mythologie. On se contentera d’attendre Captain Amercia: Civil War pour voir comment la série gérera une fois de plus ce difficile exercice.

Juge, Jury et Bourreau

daredevilLa série que l’on voyait venir comme un exercice trop difficile à adapter fut à l’arrivée une bien belle surprise. En adaptant DaredevilSteven S. DeKnight a réussi l’exploit de préserver l’aura de Matt Murdock et de son avatar, tout en imprégnant sa cécité d’un Hell’s kitchen sale et déprimant dans lequel combats brutaux et sanglants tiennent la dragée haute. Charlie Cox s’empare du rôle avec talent dans lequel un Vincent D’Onofrio, dérangeant au possible, lui tient tête à merveille, en lui volant régulièrement la vedette. Même si l’on regrette un budget parfois assez restreint, limitant les situations parfois à trop de séquences en intérieur, ainsi qu’un dernier épisode franchement en deçà du reste de la saison, il n’empêche. Le justicier de Hell’s Kitchen prend ici vie avec un résultat au-delà de nos espérances et dont on attend la suite avec impatience d’ici deux mois à peine.

« Nous les femmes »

La gent féminine peut commencer à se rassurer dans ce milieu très prisé de ces « machos » de super-héros. Avec pas moins de trois représentations dans des rôles principaux au cours de l’année 2015,  dire qu’il était temps est somme toute un doux euphémisme.

jessica-jones-marvel-netflix-logoAprès l’homme sans peur de Hell’s Kitchen, citons d’emblée l’évidence même avec sa consœur et future alliée, Jessica Jones, qui a su prouver par le travail de sa créatrice, Melissa Rosenberg, une excellence dans l’écriture de sa protagoniste. Deuxième segment du monde urbain chez Marvel, le personnage prouve ici, par un mélange de pugnacité et de fragilité, une incroyable richesse, finalement plus proche d’une certaine forme d’anti-héroïsme, ce qui ne gâche rien. Antipathique et attachante, sarcastique et autoritaire, Jessica Jones c’est tout ça à la fois. Une figure de femme éprouvée et forte à la fois, magnifiée dans ses épreuves par le meilleur vilain que l’univers partagé de Marvel ait eu jusqu’ici, au travers du tétanisant Kilgrave. Au Daily Mars, on a adoré et on a hâte de revoir la détective badass dès que possible.

agent-carterPlus en retrait puisque dans un registre finalement opposé,  Agent Carter a su mélanger au sein de son récit un mélange glamour et d’humour, parfois bariolé de relents féministes un peu trop appuyés dans ses premiers épisodes. Peggy Carter, ayant tout à prouver dans un monde d’homme pour exister et ainsi trouver sa place durablement, ajuste le tir en cours de saison en évitant un surplus de girl power. Voilà une vision somme toute logique et qui a su être nuancé en temps et en heure. En tout cas, Agent Carter développe en une première saison de huit épisodes, une saison pleine de peps et d’humour et qui mérite qu’on s’y attarde, ne serait par l’excellence du personnage de Jarvis et du duo qu’il forme avec Peggy.

Melissa-Benoist-supergirl-articlePour finir sur l’héroïsme au féminin, il reste le cas Supergirl que l’on évitera de passer plus que nécessaire au crible. Son très mauvais pilote nous avait déjà furieusement agacés, le reste de la saison n’a guère réussi à améliorer la direction prise par la série, si ce n’est à confirmer tout le mal que nous en pensions déjà. Un beau ratage doté d’une pléiade de personnages oscillant tour à tour entre le pathétique et le navrant. Greg Berlanti (Arrow / Flash) et son équipe ont eu toute l’attitude pour rajeunir le public de CBS, mais l’audience a drastiquement chuté en une poignée d’épisodes, perdant presque 6 millions de téléspectateurs en à peine neuf épisodes. On sera beau joueur en admettant que Agents of Shield a subi le même sort, mais la série a su capitaliser une audience sur une fanbase puissante. Ici, rien n’est moins sûr concernant les aventures de Kara Danvers et de son avatar. Sans l’enfoncer définitivement, on restera circonspect à espérer un travail plus qualitatif devant la lourde tâche qui lui reste à accomplir pour paraître enfin intéressante.

 Séries de pacotille

Heroes-Reborn-Official-LogoOn s’arrêtera enfin après un forcing presque obligé sur la renaissance déjà obsolète de Heroes. Réapparaissant sans grande ingéniosité, malgré le retour de son auteur originel, Tim Kring, ce dernier n’apprendra décidément pas de ses erreurs avec cette nouvelle itération intitulée Heroes Reborn. Des personnages éloignés les uns des autres et qui, tout en se rapprochant, cherchent comment ils devront faire pour sauver le monde, le tout juxtaposé à une vague histoire de conspiration faisandée. Ne reste qu’un remake en forme de reboot, traînant une narration flétrie et qui rappelle déjà trop vite pourquoi Heroes, première du nom, s’était perdue en si bon chemin. Quant à Powers, la première série de Sony produite pour sa propre plate-forme, le Playstation Network, évitons les palabres plus que nécessaire. En tant que série, c’est un ratage complet, où rien n’est à sa place, des acteurs apathiques aux costumes catastrophiques et à l’intrigue rasoir où nagent des sfx d’un autre temps. Rien de moins qu’une honte.

 

Si 2015 fut une année très chargée en séries télé avec plus de 400 séries à l’affiche, soit plus du double depuis 2011, le constat est identique chez les super-héros. Si on est encore qu’aux prémices de la bulle sérielle qui implosera d’une manière générale en privilégiant la quantité sur la qualité, les super-héros vont encore gagner du terrain dans les années à venir et certainement subir ce contrecoup à force d’exposition. Car si les saisons vont se poursuivre pour la plupart d’entre elles, et même perdurer, d’autres arrivent déjà à grand pas et la programmation future à de quoi donner le tournis. Legends of Tomorrow, Luke Cage, Iron Fist, les Defenders, Most Wanted, Damage Control, Legion, Hellfire Club… La coupe n’est pas encore pleine mais pas loin, et risque donc de déborder dans les années à venir. En attendant, savourons. Car tout comme au cinéma, nous ne sommes pas loin de prendre de plein fouet une certaine saturation super-héroïque…

 

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