Bon esprit (critique de The Conjuring, de James Wan)

Bon esprit (critique de The Conjuring, de James Wan)

Note de l'auteur

Après le choc Insidious, le solide artisan James Wan replonge dans l’épouvante avec une nouvelle histoire de maison hantée. Moins abouti que son prédécesseur, The Conjuring en a tout de même suffisamment sous la pédale pour délivrer une bonne tranche de trouille estivale bondieusarde au premier degré et surtout un chouette film de femmes.

Synopsis : En 1971, dans l’Etat du Rhode Island, les enquêteurs paranormaux de renommée mondiale Ed et Lorraine Warren sont appelés à la rescousse par une famille nombreuse, les Perron, dont la nouvelle maison est le théâtre d’une présence malfaisante.

En ces temps de cynisme hipsterien djeuns’blasé, The Conjuring est une proie facile. Signé des frères Chad et Carey W. Hayes (Whiteout, Les Châtiments et surtout l’excellent La Maison de cire, remake du classique de 1953), le script du 5e long métrage de James Wan est emballé par ce dernier avec un sérieux assumé qui ne sera pas du goût de tout le monde. Dans ledit synopsis rôdent quelques fantômes familiers, au premier rang desquels ceux d’Amityville, L’Exorciste, et Poltergeist… Certes pas franchement révolutionnaire, le scénario de The Conjuring joue par ailleurs la carte galvaudée du “basé sur une histoire vraie”, déjà brandie à bout de bras par tant de purgeasses plus ou moins rances impliquant le cornu. Et enfin, suprême cauchemar pour le Docteur No : tout le monde dans cette histoire (et le film lui-même, via un carton final limite prosélyte) croit dur comme fer en Dieu, au diable et au pouvoir de la prière pour conjurer les esprits maléfiques. À moins qu’il ne s’agisse juste d’une façon pour James Wan de jouer le jeu à 100%…

Le couple célèbre de chasseurs de fantômes Ed et Lorraine Warren (Patrick Wilson et Vera Farmiga) vient au secours de Carolyn et Roger Perron (Lili Taylor et Ron Livingston)

Autant d’éléments pour faire de The Conjuring la cible privilégiée de moqueries en tout genre, d’autant que certains archétypes un peu cheesy (le flic moustachu boulet joué par John Brotherton) alourdissent encore un peu plus la facture. Assurément moins frais et original que ne l’était le formidable et mésestimé Insidious, The Conjuring n’en évolue pas moins à plusieurs coudées au-dessus du tout venant de la production du genre. D’abord, une fois de plus, James Wan nous assène une bonne petite claque en terme de mise en scène et de gestion du trouillomètre. En empathie totale avec le spectateur, Wan semble doué des mêmes pouvoirs qu’un télépathe sachant exactement quel axe de caméra, quelle entrée de champ, quelle situation, quelle boucle musicale vont produire chez nous, combinés par ses soins, un effet de peur maximale. Dans Insidious, on n’est ainsi pas prêt d’oublier ce démon des limbes déambulant derrière la fenêtre de la chambre de Rose Byrne pour surgir subitement dans la pièce, ou encore ce petit gamin farceur à casquette… brrrr…

En prise directe avec nos angoisses primales du noir et de l’inconnu, Wan renouvelle ici sans mal sa performance : The Conjuring fait occasionnellement très peur, surtout dans sa seconde partie, qui a fait pousser plusieurs cris féminins bien stridents lors de la projection de presse où j’ai pu le voir. Et pourtant, l’impression domine que le film se retient sur ce terrain, comme pour ménager un public déjà bien trimballé, ne poussant pas aussi loin qu’il aurait pu les potards de la terreur sur certaines scènes. Le sentiment d’angoisse se limite ainsi à quelques moments précis du film sans jamais franchement l’imprégner ni vous accompagner après la projection. The Conjuring brasse d’ailleurs trop de références familières et situations plus ou moins volontairement comiques pour créer une immersion totale, d’autant qu’une piste majeure du scénario, liée à la fille unique des Warren, est bizarrement abandonnée en cours de route. Le film n’a cependant clairement pas volé sa classification “R”, délivrée par la MPAA sur la seule base de son ambiance terrifiante (alors même que le sang y coule à peine !).

Lorraine et Ed : de vagues ancêtres de Scully et Mulder…

Côté cast, le film assure sans conteste : véritables héros de l’histoire, le couple Warren, qui s’est rendu célèbre au milieu des années 70 en enquêtant sur l’ “affaire” Amityville, est solidement campé par les attachants Patrick Wilson et Vera Farmiga. Malgré la loufoquerie de leur profession (“démonologues” hein, donc…), les dialogues et le jeu pragmatique des deux acteurs injectent à leur alter ego assez d’humour distancié et de crédibilité pour qu’ils ne soient jamais pris en flagrant délit de ridicule, tout en restant de fermes « believers ». Contrepoint “laïque” des Warren, les Perron, malgré leur statut de famille nombreuse, n’ont rien de bigot et peut-être pourra-t-on regretter que le script ne creuse pas davantage cette opposition entre deux Amériques. On s’inclinera sans mal devant la performance ahurissante de Lili Taylor : dans le rôle de Carolyn Perron, l’ex-girlfriend de Nate Fisher dans Six feet under donne tout et rarement victime de possession vous aura autant collé les miquettes au cinéma, foi de moi-même ! Il serait tant que le grand public retienne d’ailleurs enfin le nom de cette géniale “chérie de ces geek”, l’un des seconds couteaux féminins les plus injustement sous-évalués depuis ses débuts voici déjà 25 ans. Jouant sans la moindre distance et avec beaucoup de savoir faire la carte des faits réels, The Conjuring est un film fragile, inégal mais confectionné avec une foi palpable et sans aucun cynisme : allez donc lui accorder votre bénédiction. Allez James, maintenant tu ranges tes gris-gris et tu vas nous secouer la franchise Fast & Furious bien comme il faut en lui offrant un cerveau  !

 

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