5 raisons pour (re)découvrir Halloween III : Le Sang du sorcier

5 raisons pour (re)découvrir Halloween III : Le Sang du sorcier

Note de l'auteur

En 1983, le troisième chapitre de la saga créée par John Carpenter éclaboussait les écrans américains (et européens) dans l’indifférence générale. La raison principale : un script choisissant de couper totalement les ponts avec Halloween et sa suite pour privilégier une histoire 100% Michael Myers-free. Audacieux mais suicidaire : la critique massacrera le film, le public restera chez lui. Et pourtant ! En ce week-end des morts et en vérité, le Daily Mars vous le dit : produit par Carpenter et réalisé par Tommy Lee Wallace, Halloween 3 caracole juste derrière le slasher séminal de Big John au titre de meilleur volet de la franchise. Vilain petit canard toujours plus ou moins ignoré de la grande Histoire du fantastique, il mérite au centuple une réhabilitation qui lui échappe toujours, plus de trente ans après sa sortie. On vous le prouve en cinq points, bordel…

 

halloween3 poster 1) C’EST UN BRILLANT BONUS A LA TRILOGIE DE L’APOCALYPSE DE CARPENTER

Tout comme The Thing, Prince des ténèbres et Dans l’antre de la folie, Halloween 3 : le Sang du sorcier semble en permanence penché au-dessus du précipice de la fin du monde. Après Halloween 2, qui marque la mort conjointe (provisoire mais bon…) de Michael Myers et du Dr Loomis, John Carpenter et sa partenaire productrice/scénariste Debra Hill souhaitent enfin lancer un concept qui leur est cher depuis le premier opus : créer une anthologie autour du thème de la fête des morts, dont Le Sang du sorcier (Season of the Witch en V.O.) serait l’opus inaugural.

Fini Michael Myers, place à une série originale de films sans d’autres liens communs que l’univers d’Halloween. Ce troisième volet eût-il marché, nous aurions donc sans doute eu droit à une franchise bien plus intéressante que la suite ininterrompue de nanars vulgaires recyclant jusqu’à la nausée le tueur masqué de Haddonfield. Un temps envisagée pour Joe Dante, la réalisation est finalement confiée par Carpenter à Tommy Lee Wallace après le forfait du futur auteur de Gremlins. Wallace signe ici son premier long métrage, après avoir assuré le poste de production designer sur Halloween et Fog.

Le script mélange horreur surnaturelle, enquête criminelle, références au folklore celtique et portrait au vitriol d’une certaine Amérique reaganienne, vomie à l’évidence par Carpenter. Rappel des faits : en Californie, après qu’un de ses patients ait été assassiné dans sa clinique par un inconnu qui s’immolera après son geste, le Dr Dan Challis (Tom Atkins) est amené à enquêter avec Ellie (Stacey Nelkin), la fille de la victime, sur les motivations de ce meurtre. Leurs recherches les conduisent au curieux Conal Cochran (Dan O’Herlihy), richissime fabricant de jouets préparant une grande opération marketing à l’occasion d’Halloween : la distribution à l’échelle nationale de masques de fête, commercialisés sous la marque Silver Shamrock et préparés dans ses ateliers secrets. De fil en aiguille, Dan et Ellie vont découvrir une horrible vérité derrière le projet de Cochran.

D’aucuns ont déjà souligné l’abracadabrantesquerie de certains points du script d’Halloween 3 – notamment toute l’intrigue concernant les fameuses puces électroniques dissimulées dans les masques d’Halloween et fabriquées à base de pierre de Stonehenge, chipée à même le site pour être envoyée en Californie. Oui, c’est un peu fou-fou. Et si la suspension d’incrédulité ne se déclenche pas chez vous à ce moment-là, le film sera fichu pour vous. Signataire d’une première version du script, le légendaire scénariste/romancier britannique Nigel Kneale a finalement fait retirer son nom du générique, après son repatouillage par Tommy Lee Wallace et Carpenter (non crédité itou). Mais malgré la bizarrerie des motivations de Cochran, croque-mitaine aux allures de papy en costard, on reste toujours fasciné par leur inspiration sacrificielle et leur dimension antique. Samhein, Stonehenge, les traditions celtes… De tous les avatars de la saga, Halloween III est certainement le plus imprégné de légendes médiévales.

 

halloween-3masque2) C’EST LA MEILLEURE B.O DU TANDEM CARPENTER/HOWARTH

Troisième collaboration de John Carpenter et Alan Howarth, après New York 1997 et Halloween II, Le Sang du sorcier est probablement leur score le plus sombre et envoûtant à ce jour. Le magnifique opening title accompagnant le non moins brillant générique du film pose une ambiance crépusculaire, menaçante, chargée de nappes de synthétiseurs graves en mode mineur, lourds de mauvais présages. Typique des rythmiques et mélodies carpenteriennes, ce morceau précède le fabuleux Chariots of Pumpkins qui, juste après le générique, rythme la course effrénée d’un malheureux pour échapper aux sbires de Conal Cochran.

Alors que certains morceaux de la pourtant géniale B.O. de New York 1997 supportent moins bien une écoute privée d’image, ceux de ce troisième Halloween triomphent tous seuls comme des grands. Sépulcrale (d’aucuns diront sinistre et ils pourront aller se faire foutre), dépressive, hantée par les ténèbres et impeccablement arrangée, la partition du film n’a rien perdu de sa force anxiogène. A l’image de la ritournelle entêtante du Halloween TV Commercial (composé par Wallace) et son message scandé par Carpenter himself ! Du très beau boulot à réécouter fissa : la preuve ici.

 

Halloween-3-08-g3) C’EST DE LOIN L’OPUS LE PLUS GLAUQUE DE TOUTE LA SAGA

Dans Halloween 3, le Mal veut s’en prendre directement à un tabou dans l’esprit du spectateur américain : les enfants et à travers eux la famille. Celle du commerçant beauf’ de jouets Buddy Kupfer rencontre, à mi-parcours du film, un sort absolument atroce et Kupfer Jr est le premier à passer à la casserole de la plus horrible des manières – le tout sans qu’une seule goutte de sang ne soit versée à l’écran. La scène est longue, étouffante, totalement malsaine et, au final, répugnante.

Sa cruauté et l’interdit qu’elle brise ont très probablement joué un rôle déterminant dans le rejet brutal d’Halloween 3 à l’époque de sa sortie. Dans un malin clin d’œil/bras d’honneur aux deux précédents films, le slogan de l’affiche de Season of the Witch surligne le message du sacrifice à venir : « The night no one comes home » (« la nuit où personne ne rentre à la maison ») succédant au « The night he came home » de Halloween. Critiques comme spectateurs auraient évidemment préféré retrouver cette bonne vieille figure familière de Michael Myers plutôt que ce spectacle païen déroutant et glauque, dont les dernières minutes ne respectent même pas la règle sacro-sainte d’une issue heureuse…

 

4) HALLOWEEN 3 : FILM POLITIQUE

Comment ne pas voir, tout au long du film, une violente charge contre la télévision (celle de l’ère Reagan hein…), utilisée ici comme médium déclencheur de mort ? La publicité, les manipulations de masse, le consumérisme béat représenté par la famille Kupfer, l’opacité des pratiques industrielles, la méfiance envers les grandes corporations… Une kyrielle de thèmes bien présente dans Halloween 3, qui honore brillamment son statut d’humble série B politique comme jadis L’Invasion des profanateurs de sépultures, référence majeure de Wallace tout au long du film – la bourgade de Santa Mira, lieu de l’intrigue dans le script, est d’ailleurs un clin d’œil au classique de Siegel.

 

H3boogeymen 5) UN FILM DE TOMMY LEE WALLACE… MAIS C’EST DU CARPENTER, TOUT SIMPLEMENT

Tourné en plein âge d’or de la collaboration entre le chef opérateur Dean Cundey et John Carpenter, Halloween III porte indiscutablement la griffe de Big John et de son acolyte, également préposé à la photo sur le film. Magnifiques plans séquence nocturnes, panoramiques crépusculaires en 2.35, contre-plongées claustro, assaillants muets tapis fixement debout dans la pénombre, horreur plus souvent suggestive… Réalisé par Tommy Lee Wallace, le film s’impose sans mal comme le plus visuellement abouti de toute la franchise, tout près du premier opus.

Un mot sur le chouette cast : Tom Atkins (un fidèle de la galaxie Carpenter à l’époque), Stacey Nelkin et le génial vétéran Dan O’Herlihy (vu cinq ans plus tard dans Robocop) font plus que le job dans les rôles principaux. Variante légèrement érotique du héros carpenterien, Atkins incarne dans Halloween 3 un individualiste pas spécialement sympathique, précipité malgré lui dans un engrenage d’événements tragiques.

Comme dans la plupart des Carpenter, le Bien aura beau parvenir à remporter une bataille, il ne pourra rien face au triomphe inéluctable du Mal. En pleines eighties naissantes, c’est une approche indubitablement courageuse. On pardonnera ainsi au film quelques dérives camp et autres boulons scénaristiques mal réglés, surtout dans le dernier acte, scories qui le bloquent en zone d’excellente série B. Un statut largement suffisant pour vous inciter à lui rendre justice et le redécouvrir d’urgence – la réhabilitation a d’ailleurs déjà commencé voici quelques années, comme en témoigne cet excellent article. On est ravis pour Tommy Lee Wallace, qui a beaucoup souffert professionnellement et personnellement de cet échec cinglant, profondément injuste.

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