5 reboots de séries qu’on aimerait voir

5 reboots de séries qu’on aimerait voir

C’est vendredi, jour du top, alors Nicolas Robert et moi-même, Dominique Montay (mais surtout Nicolas) vous avons concocté un top 5 des séries qu’on aimerait voir rebootées. C’est quoi un reboot ? C’est presque un remake, sauf que si les prémices sont les mêmes, le chemin peut être différent. Démarche de feignant ? Preuve de plus que Hollywood ne peut plus raconter de nouvelles histoires ? Pas pour tous les cas, et on vous propose cinq titres qui vaudraient le coup d’être revisités, mais différemment.

 

HILL STREET BLUES (1981-1987)

Par Nicolas Robert

L’idée peut paraître bizarre. Voire complètement incongrue. Pourquoi proposer une nouvelle version d’un monument de la télévision américaine, une série qui a tracé tout un tas de perspectives pour le “genre série télévisée” ? D’abord parce que les producteurs américains ne sont pas fous. En général, ils font un reboot d’une série qui a marqué les esprits. Un projet qui avait un public fidèle aussi. En gros, ils veulent faire un succès en copiant un autre succès.

Mais l’intérêt, ici, va bien au-delà : proposer un reboot de Hill Street Blues, c’est l’occasion de reprendre une idée. En l’occurrence, explorer le phénomène urbain en suivant au plus près une institution. C’est l’occasion d’étudier une fourmillière de portraits variés. Et c’est exploiter tout ça à une autre époque. La radiographie de l’Amérique des années 80 proposée par Steven Bochco, Michael Kozoll, David Milch et Jeffrey Lewis (les différents showrunners de la série) fonctionne toujours : plonger dans les aventures des flics du Hill, c’est retrouver une atmosphère qui n’est plus. Pourquoi ne pas reprendre la même logique pour explorer les années 2010 dans une ville fictive ?

Aujourd’hui, il n’ y a plus vraiment de séries qui font cela, comme Law & Order ou Urgences ont pu le faire du temps de leur diffusion (en tout cas, on en voit beaucoup moins sur les networks). Et franchement, aujourd’hui, les grilles des chaînes manquent d’un nouveau cop show vraiment costaud. Alors à tout prendre, pourquoi pas ? C’est un peu plus excitant qu’un retour de Remington Steele a priori (même si j’aime bien la série).

 

HEROES (2006-2010)

Par Dominique Montay

Je n’aime pas les préquels, les reboots, les remakes, et pour ce qui est des suites, je veux bien, mais il faut avoir quelque chose à me dire. Sinon, pas la peine d’y retourner. Ma religion sur la question des reboots et des remakes est très simple : si l’original est bon, surtout n’y touchez pas. Encore plus si vous n’avez rien de neuf à dire (coucou Gus Van Sant).

Pour les séries, c’est quasiment comme pour les films. Si Battlestar Galactica a été une réussite pendant deux saisons pleines, c’est parce que l’univers qu’il était censé rebooter était foisonnant, mais surtout parce que l’original est presque impossible à regarder aujourd’hui. Les auteurs ont ici pris possession d’un univers, et se le sont approprié pour en faire quelque chose de différent.

Du coup, prenons pour référence le diptyque « univers foisonnant/gros potentiel inabouti », et ajoutons le facteur “l’original est complètement raté au point du ridicule” : demandons un reboot d’Heroes. Cette série présentait de nombreuses qualités : une ampleur mondiale, un propos (c’est quoi, être un héros ?), une mythologie complètement ouverte, un ancrage dans le réel.

L’originale a tenu 21 épisodes, le temps de nous faire croire à un vrai divertissement populaire de qualité, accessible au néophyte de l’univers des super-héros, mais aussi au connaisseur. Heroes était aussi précurseur dans sa logique de ne jamais parler de “super pouvoirs” mais d’abilités. C’est du Nolan avant l’heure, la négation du folklore.

A partir de l’épisode 22, ça devient d’une insondable débilité, les auteurs font du rétro-pédalage, Tim Kring nous rappelle ses interviews de début de série (“je n’y connaissais rien aux comics”), et le fait cruellement. Alors si un showrunner compétent voulait bien remettre ses mains dans le cambouis, éviter de prendre un casting fait de 95% de comédiens ultra-limités, et réfléchir à une mythologie qui tienne la route, je dis oui.

Mais pas Tim Kring. Surtout pas.

 

BOOMTOWN (2002-2003)

Par Nicolas Robert

Il y a ceux qui l’ont vue (et ont souvent beaucoup aimé) et ceux qui l’ont ratée. Boomwtown, c’est une série créée par Graham Yost en 2002, juste après sa participation à Band of Brothers mais bien avant Justified. C’est une série dramatique dans laquelle chaque crime est, à l’origine, raconté du point de vue de deux inspecteurs, deux flics en civil, un procureur, une journaliste et une ambulancière. Au départ, l’objectif est énorme : la série se pose comme une incroyable ode au regard. Sauf que très vite, Yost et sa bande réduisent leurs ambitions, pour reprendre les codes de narration du drama classique.

En soi, ce n’est pas un gros souci car la série rassemble un très beau panel de personnages iconiques (le procureur David McNorris, l’inspecteur Bobby Fearless Smith). Et de fait, la saison 1 reste une belle réussite (là où la saison 2 est très dispensable). Mais quand même : reprendre l’esprit de Rashomon de Kurozawa pour développer un récit de série, c’était vraiment excitant. Audacieux. Difficile à tenir sur la longueur mais plein de potentiel.

L’expérience mériterait vraiment d’être retentée. Sur le câble sans doute. Avec un nombre d’épisodes réduit par saison mais de vraies arches narratives à court, moyen et long terme. On commence quand, HBO ?

 

MARVEL AGENTS OF SHIELD (2013-…)

Par Dominique Montay

Il n’est jamais trop tôt pour un reboot. La suite est une reconstitution d’une conversation qui n’a jamais eu lieu.

“- Ohlala… Non-non-non… Mais ça ne va pas du tout, là… Hé ! Ho ! Toi, là !
– Qui, moi ?
– Oui, toi, Jeff.
– Jed.
– Pareil. C’est quoi ce truc ?
– C’est notre série à ma femme et moi.
– Ca va pas du tout hein.
– Pourquoi ?
– Déjà c’est une série d’action et on se fait bien chier, quand même.
– Moi je trouve pas, c’est décalé.
– Décalé ?
– Oui, on fait une scène d’action pépère, avec trois-quatres vannes, et après on fait un moment d’émotion. C’est cool non ?
– Ah non, c’est très chiant, hein. Tu te rends compte qu’on n’a jamais peur pour tes personnages et que, du coup, c’est impossible de s’y attacher ? En plus je dis ‘personnages’, mais on n’a pas vraiment l’impression que vous êtes allé les chercher bien loin, hein…
– Oui mais c’est mon frère qui m’a dit…
– Tut-tut-tut. Il est là tous les jours ton frère ?
– Non, il vient juste de temps en temps pour nous crier un truc et après y part.
– Genre quoi ?
– Genre “faites un épisode lié avec Thor 2 mais sans Thor parce que ça nous coûterait une blinde”
– Ah ouais. Non, mais ça va pas du tout. Alors tu sais ce qu’on va faire ?
– Non.
– Oui, c’est bien ce que je te reproche. Alors on va faire comme si il ne s’était rien passé. Tu vas me reprendre tout ça, avec Maurice Tâcheronne…
– Maurissa Tancharoen.
– Pareil. Tu reprends tout. Ton héros, Coulson, je veux qu’il soit torturé, moins à faire des vannes à toutes les occasions. Il est revenu d’entre les morts et t’as l’impression qu’il revient de chez Disneyland. Ton officier coinços, tu lui donnes au moins une deuxième dimension et tu recrutes un acteur compétent. Ta rebelle, tu choisis une fille crédible, pas une chanteuse de pop japonaise. Et c’est quoi le problème avec Ming-Na ?
– Elle est torturée.
– Elle a surtout l’air de se faire chier, alors arrange ça. Et fais en sorte qu’on s’attache aux personnages dès le premier épisode, c’est la base. Parce que là, ils pourraient tous crever que je m’en cognerai complètement. Ah, dernière chose !
– Oui ?
– C’est pas un gros mot, le drame. T’es pas obligé de tout désamorcer, de montrer à tout le monde que tu as le sens du verbe et de la punchline. C’est bien de temps en temps, mais il faut que ça te serve pour rendre les personnages attachants, pas juste pour détourner l’attention du fait que tes scènes d’actions sont sans enjeu. Allez, file garnement…”

 

UGLY BETTY (2006-2010)

Par Nicolas Robert

Une excellente saison 1, avec une belle montée en puissance, un très bon début de saison 2… et puis patatras : alors que la voiture roulait à belle allure, un de ses pneus a explosé bruyamment. De toutes les séries dramatiques qui ont essayé de se réapproprier les codes du soap opéra pour en livrer une version jouissive, drôle, enlevée et maline, Ugly Betty est sans aucun doute celle qui avait le plus à donner – en tout cas, à partir du moment où l’on parle des années 2000 et que du coup, on met de côté le cas Twin Peaks.

Malheureusement, les scénaristes ont par la suite connu un vrai trou d’air créatif. Et la série a fini sa course dans une indifférence polie.

C’est un fait : le network de Grey’s Anatomy cherche depuis de nombreuses années à jouer sur cette ligne du soap qui s’assume et qui est susceptible de séduire des gens qui n’en regardent pas forcément. Si la chaîne semble avoir touché la grosse timbale avec Scandal, on peut cependant nourrir une certaine nostalgie en repensant à la première saison et demi des aventures de Betty. Bien plus souvent que Desperate Housewives, la série aura joué avec les attentes du téléspectateur pour susciter des émotions étonnantes… et faire réfléchir.

Franchement, si Silvio Horta voulait remettre le couvert en tirant parti des enseignements du passé (lire : ne pas partir dans tous les sens), ce serait tout sauf idiot. Reviens, Betty !

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