54e Festival de Monte-Carlo / Armelle Deutsch :  « Souvent, à la télé, les rôles féminins ne sont pas assez fouillés »

54e Festival de Monte-Carlo / Armelle Deutsch : « Souvent, à la télé, les rôles féminins ne sont pas assez fouillés »

Armelle Deutsch. Photo Mars Distribution

Armelle Deutsch. Photo Mars Distribution

Membre d’un des jurys du festival, la comédienne revient sur son histoire avec la télévision. Une histoire faite d’envies, de souvenirs… et de frustration aussi.

Vous faisiez partie du jury mini-séries. Que retirez-vous de cette expérience ?

Armelle Deutsch : « J’étais hyperflattée de faire partie de ce jury, en présence de membres qui sont vraiment de haute qualité. Notamment Michael Hirst, qui est le créateur de séries incroyables et s’avère en plus être quelqu’un de très sympa, très drôle. C’était très enrichissant : j’ai vu des choses très différentes et ça me donne un nouveau regard sur ce que peut proposer la télé à travers le monde ».

Dans votre carrière, vous avez tenu plusieurs rôles qui ont marqué les téléspectateurs. Comme celui d’Emma dans Pigalle La nuit, rediffusée sur D17 il y a quelques mois. C’est un souvenir fort ?

Armelle Deutsch : « Pigalle m’a donné la chance de montrer un côté de moi que je n’avais jusqu’ici pas exposé. Quelque chose de très glamour. Il y a cette fameuse scène de striptease, qui reste une expérience de fou. J’avais 400 personnes en face de moi et je me suis foutue à poil… »

Vous êtes quelqu’un de réservé à la base ?

Armelle Deutsch : « Je ne suis pas du tout pudique. Enfin, j’ai plus de difficulté à mettre mon coeur à nu, mes états d’âmes, que mon corps. Un corps, c’est un corps : ça ne me pose pas vraiment de problème. Mais de faire un show comme ça, devant des figurants à qui on a rien dit sur la façon de réagir, et se retrouver face à des gens qui hurlaient… c’était dingue ! Et encore, le striptease n’a pas été tourné entier : j’avais près de huit minutes de show sur scène. Enormissime. D’autant qu’à l’image, on montre beaucoup plus la sensibilité dans le regard que tout le reste : on est vraiment dans quelque chose d’artistique, pas vulgaire ».

C’est un de vos souvenirs les plus forts, en tant que comédienne ?

Armelle Deutsch : « Au niveau du show, oui. C’est la première fois que je faisais quelque chose comme ça. J’ai suivi trois semaines de préparation : ça, j’adore ».

Armelle Deutsch dans "Pigalle La Nuit".

Armelle Deutsch dans « Pigalle La Nuit ».

On a l’impression que vous choisissez vos rôles en fonction des coups de coeur. Sans plan de carrière.

Armelle Deutsch : « Oui, aux coups de coeur. Je ne sais pas si un plan de carrière sert véritablement à quelque chose. Non, je crois que parfois, tout ça tient à des coups de cul aussi. C’est une question de volonté aussi, de ce qu’on veut faire : certains rêvent d’être célèbres, d’autres moins ».

Certains observateurs déplorent le manque de relief de certains rôles féminins à la télévision ou au cinéma. C’est quelque chose que vous ressentez également ?

Armelle Deutsch : « Bien sûr. Souvent, les rôles féminins ne sont pas assez fouillés. D’autres fois, il y a une espèce de pudeur : une femme ne pourrait pas dire « Putain, va te faire enc… » mais il y en a plein qui le disent. Pourquoi ne le pourraient-elles pas d’ailleurs ? Pourquoi on n’aurait pas le droit de créer des personnages qui s’exprimeraient comme ça ? On nous répond « Parce que c’est une heure de grande écoute, il vaut mieux éviter ». Dans un téléfilm pour lequel je jouais une femme enceinte à qui il arrive plein de conneries, j’ai proposé de vomir pendant que je joue : ça a été très compliqué pour que je puisse le faire. A un moment, je rote : ils l’ont enlevé au son. C’est moi qui y vais, c’est moi qui propose ça. On est encore beaucoup trop dans une typologie de rôles où on est soit une mère, soit une amante, soit une pute. Le truc, c’est que lorsque l’on incarne un vrai personnage fort, souvent, on est les trois »

Vous venez de tourner un téléfilm qui s’appelle Couvre-feu, l’histoire d’une femme venue se reconstruire dans un centre de rééducation et qui est témoin de ce qui pourrait être un crime. Vous pouvez nous en parler ?

Armelle Deutsch : « Je suis extrêmement fan du travail de Harry Clevens, le réalisateur de ce téléfilm. Il adore diriger : il fait travailler par le corps et moi j’adore ça. Il va chercher de choses dans le corps des acteurs et après, ça transpire la psychologie, la noirceur des personnages. Moi, j’aime me mettre dans des états pas possible quand je joue. Lui, il m’a offert la possibilité de le faire ».

Êtes-vous parfois hantée par des rôles ?

L'affiche de l'Affaire Villemin.

L’affiche de l’Affaire Villemin.

Armelle Deutsch : « Non, le téléfilm sur l’affaire Villemin dans lequel je joue Christine Villemin m’a vacciné, vis à vis de ça. (rires) Jouer une femme encore vivante, qui a vécu un authentique drame, c’est dur. Celui-là, j’ai eu du mal à m’en remettre ».

De quoi avez-vous envie ?

Armelle Deutsch : « De théâtre. Et je veux aussi réaliser mon premier court-métrage. Je l’ai écrit et maintenant, je vais y aller. Ca fait longtemps que ça me trifouille mais j’avais peur. Mais j’en ai eu marre, d’avoir peur (rires) Donc je vais le faire, et si ça ne marche pas : tant pis : je ne me retournerai pas à 70 piges en me regrettant ce que je n’ai pas fait ».

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