A propos de Batman : les chauves-souris au cinéma

A propos de Batman : les chauves-souris au cinéma

Batman 75 ans logo

Pour marquer le 75e anniversaire du personnage de DC Comics, Batman, Le Daily Mars a décidé de vous offrir, tout les lundis de l’été, une série d’articles sur le chevalier noir et la galerie de personnages l’entourant. Adaptations cinématographiques, séries, jeux vidéo, comics, la rédaction va vous cuisiner un ragout de chauve souris, à la sauce martienne, bien entendu.

Bats 1999Et justement, intéressons-nous cette semaine à cet étrange mammifère qui sert d’emblème au chevalier noir et dont les membranes reliant le corps aux  phalanges des membres supérieurs  permettent le vol, j’ai nommé le chiroptère, plus communément appelé “chauve-souris”. Pour cela, écartons d’emblée les rocambolesques histoires de non-morts issus de la lointaine noblesse transylvanienne et concentrons-nous sur la vie et les mœurs de ces petits êtres mignons tout plein, mais diablement agressifs.

 

Comparé au requin, au serpent ou à l’araignée, le chiroptère fait pâle figure au rayon des agressions animales. Même son cousin sans ailes, le rat, s’en sort avec plus d’honneurs. La chauve-souris à beau s’éreinter à pousser des ultrasons en montrant ses canines, elle ne parvient pas à faire peur et ça, pour le genre, c’est grave. Voyez par exemple le pitoyable La Nuit des chauves-souris (Bats, 1999) de Louis Morneau, faiseur de l’écurie Corman tardive, qui lançait une horde de rats volants génétiquement modifiés et parfaitement ridicules sur une petite bourgade du Texas défendue par un Lou Diamond Phillips pas crédible du tout, enfin ni plus ni moins que d’habitude.

Bats: Human Harvest

Bats: Human Harvest

Le sequel Bats : Human Harvest (2007) réalisé pour la télévision par Jamie Dixon est à peine plus regardable grâce à des bestioles un peu mieux tenues (Dixon fut responsable des effets visuels des Chroniques de Riddick  notamment) et un scénario vaguement original : un commando Delta Force est envoyé dans une forêt en Tchétchénie pour débusquer un savant fou qui met au point une arme de destruction massive sous la forme de chauves-souris elles-aussi génétiquement modifiées. Le commando affrontera tour à tour des soldats russes, des rebelles tchétchènes et, comme si ça ne suffisait pas, une horde de caméléons volants, si si, puisque ces chiroptères se confondent avec les arbres. Il faut vraiment faire l’effort d’y croire et admettre les comportements souvent absurdes et les actes injustifiés des personnages pour parvenir à voir le film jusqu’au bout. Heureusement la présence magnétique de Pollyanna McIntosh, bien avant d’être révélée par Lucky McKee dans The Woman, nous aide à tenir le coup. Quant à Chauves-souris : la vengeance carnivore (Fangs, 2002) de Kelly Sandefur, cette autre histoire de mutation génétique ne vole pas beaucoup plus haut bien qu’elle fasse preuve d’un humour que l’on a du mal à croire volontaire.

La peste soit des chiroptères !

MORSURES (1979)

Morsures (Nightwing, 1979) date d’un temps où les expérimentations génétiques étaient moins en vogue. Du coup les chauves-souris qui infestent un coin paumé des Etats-Unis, s’attaquant aux campeurs et à ce qu’il reste de tribus indiennes, sont porteuses de la peste, ce qui a tendance à les rendre un tantinet agressives. Estimé par quelques cinéphiles pour avoir réalisé Transamerica Express et par les studios pour avoir renfloué les caisses de la Paramount grâce au mélo porn Love Story, Arthur Hiller montrait avec cette incursion dans le genre à quel point il est l’opportuniste yes man que la suite de sa carrière confirmera. Dans Morsures il a beau barioler l’image de chauves-souris en surimpression, il est clair que l’horreur, c’est pas son truc !

Beaucoup plus original à défaut d’être vraiment meilleur, Chosen Survivor (1974) de Sutton Roley est un curieux mélange de post-apo et d’agression animale sous forte influence du Mystère Andromède (The Andromeda Strain, 1971), chef d’œuvre de Robert Wise. Une poignée d’individus se réfugie dans un abri antiatomique au moment du déclenchement de la guerre nucléaire qui va anéantir toute vie sur Terre. Le problème c’est que ce refuge souterrain a été creusé à côté d’une grotte où pullulent des chauves-souris de type vampire qui ont trouvé un passage pour pénétrer dans l’abri et se nourrir du sang des malheureux survivants. Vous me direz qu’un abri antiatomique assez peu étanche pour laisser passer des chauves-souris, ça fait négligé. Certes. Il y a une explication à cela plus tard dans le film mais je me garde bien de vous la dévoiler. Sachez seulement qu’en dehors des interminables scènes où les protagonistes se demandent ce qu’ils vont bien pouvoir faire pour s’en sortir et se promettent de rester grouper, Chosen Survivor réserve quelques bons moments dont une efficace séquence finale.

Chosen Survivors

Chosen Survivors

En cette même année 1974, le téléaste Jerry Jameson livre Bat People, où un homme en vacances avec son épouse se transforme en chauve-souris après avoir été mordu par une race particulière de chiroptères, la roussette. Nous n’avons pas eu l’occasion de voir ce film mais il y a fort à parier que les vacances du couple s’en trouveront gâchées.

 

Le cri de la mouette

Au fil des décennies précédentes, entre les différentes adaptations de la pièce policière de Mary Roberts Rinehart et Avery Hopwood The Bat – dont nous retenons celle de Crane Wilbur en 1959, Le Masque, où Vincent Price interprète un criminel déguisé en chauve-souris – se niche La Chauve-souris du diable (The Devil Bat, 1940) amusante série B signée de l’inconnu mais prolifique – huit films la même année – Jean Yarbrough. Se sentant professionnellement exclu, un chercheur travaillant pour une entreprise de cosmétiques met au point un après-rasage qui attire des chauves-souris conditionnées pour réagir à ce stimulus olfactif et qui, bien entendu, se délectent de la chair parfumée.

The Devil Bat

The Devil Bat

Bon, l’idée vaut ce qu’elle vaut mais voir l’ancienne gloire de la Universal Bela Lugosi, définitivement associé à l’image du mammifère volant, ricaner en conditionnant les chiroptères à grand renfort d’ondes magnétiques est un petit plaisir, et les énormes chauves-souris pendues au bout de cannes à pêche fonçant sur leurs proies en poussant des cris de mouettes, un bel éclat de rire.

Ce rapide panorama tend à prouver que la chauve-souris a été mal servie par le cinéma, à tel point que l’emblème de Batman en reste, à sa manière, le meilleur représentant. Pourtant, lorsqu’un film lui consacre une séquence seulement au lieu d’en faire la principale source de danger, notre petit chiroptère ne s’en sort pas si mal. Le déroulement du premier des meurtres machiavéliques perpétrés par Vincent Price dans L’Abominable Dr Phibes de Robert Fuest (1971) consiste à introduire une cage pleine de vampires dans la chambre de la victime endormie puis d’attendre que les bestioles fassent leur œuvre. Avec talent, Fuest capte l’émergence de la peur dans le regard de celui qui se découvre pris au piège de chauves-souris dont on ressent pour une fois fortement la présence à l’écran, malgré la brièveté de leur prestation.

L'Abominable Dr Phibes

L’Abominable Dr Phibes

Plus fugitive encore, et dans un tout autre registre, l’apparition remarquée de la chauve-souris qui arrache le képa de jellybeans des mains de Jack Black dans Tonnerre sous les tropiques (Tropic Thunder, 2008) de Ben Stiller, lui imposant une désintoxication qu’il vivra très très mal et dont il se vengera façon Ozzy Osbourne. Autrement plus déterminant enfin, le chiroptère qui mord le museau du brave saint-bernard dans Cujo (1983) de Lewis Teague, l’adaptation réussie quoique tronquée du roman de Stephen King. Même si son apparition ne dure qu’une poignée de secondes c’est bel et bien une chauve-souris qui est à l’origine de tout, qui transmet le mal et fait de Cujo un précipité des peurs enfantines.

 

 

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