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A Total War Saga: Thrones of Britannia – Make Britain Great Again

A Total War Saga: Thrones of Britannia – Make Britain Great Again

Note de l'auteur

Après une visite fracassante et plus que réussie dans le monde fantastique de Warhammer, la vénérable licence Total War revient enfin à son premier amour, c’est-à-dire l’Histoire avec un grand H. Même si les deux opus consacrés à l’univers dark fantasy de Games Workshop ont été une belle réussite critique et commerciale, Creative Assembly n’a pas oublié ses fans de la première heure en annonçant l’année dernière une nouvelle série de spin-off visitant des périodes courtes mais tumultueuses de l’Histoire. Thrones of Britannia inaugure donc cette nouvelle série intitulée Total War Saga, choix logique pour un studio anglais qui a déjà maintes fois revisité l’histoire britannique. En 2003, l’extension Vikings Invasion pour le tout premier et mémorable Medieval: Total War avait déjà exploré avec brio cette thématique. Quid alors de A Total War Saga: Thrones of Britannia ? C’est ce que nous allons voir tout de suite.

 

Un contexte historique parfait pour un Total War

Nous sommes en 887 après J.-C. Les îles britanniques sont à feu et à sang depuis l’assassinat du légendaire Ragnar Lothbrok. La Grande Armée viking (Great Heathen Army) est venue pour le venger en détruisant et pillant tout sur son passage. Malgré une succession de terribles défaites, les Royaumes anglo-saxons sous l’impulsion d’Alfred le Grand de Wessex ont réussi à stopper l’invasion lors de la bataille d’Ethandun. Mais pour combien de temps ? Et surtout à quel prix ? En Écosse ainsi qu’en Irlande, les peuples gaéliques n’ont jamais porté les Anglo-Saxons dans leur cœur et représentent une sérieuse menace. À l’est, les Gallois se sont toujours farouchement opposés à la suprématie des royaumes de Mercie et de Wessex. Loin d’avoir disparu, les chefs nordiques ont même fondé plusieurs royaumes à l’ouest près de Northumbrie tandis que les raids vikings venus de Scandinavie ont repris de plus belle. C’est une époque charnière pour la Grande-Bretagne où règne anarchie, choc des cultures et une lutte incessante pour le pouvoir.

La campagne de Thrones of Britannia se concentre sur les îles britanniques en ajustant bien sûr l’échelle de la nouvelle carte. Nous retrouvons au total dix factions reparties dans cinq différents groupes culturels (les Royaumes anglo-saxons, gaéliques, gallois, nordiques et les raiders vikings). Chaque faction a ses propres objectifs, avantages et quelques mécaniques de gameplay uniques. Néanmoins, on est très loin d’un Total War: Warhammer en termes de variation de gameplay entre les civilisations.

La gestion des provinces et le système des personnages ressemblent plus au moins aux anciens opus historiques de la saga. Le joueur peut assigner l’administration d’une province à des gouverneurs et autres généraux qui, en fonction de leurs compétences, apporteront des bonus militaires ou civils. Ces compétences peuvent d’ailleurs être améliorées dans un arbre de talent qui reste toutefois bien moins fourni que celui de Total War: Warhammer pour ses héros légendaires. Du côté des bonnes nouvelles, Thrones of Britannia sonne enfin le retour des dynasties et de l’arbre généalogique. Entre les princes héritiers avides de pouvoir et les princesses à marier, le joueur doit toujours faire attention à sa famille royale sous peine de voir éclater une guerre civile. Heureusement, vous disposez de plusieurs moyens pour sécuriser la loyauté des princes ou autres gouverneurs trop rebelles : assassinat, promotion, adoption, mariage ou même distribution de domaines. Sans atteindre la profondeur d’un titre de Paradox Interactive comme Crusader Kings, Creative Assembly est définitivement sur la bonne voie à ce niveau-là.

 

De nouvelles mécaniques intéressantes

Pour un peu plus de réalisme, les développeurs ont apporté quelques changements bienvenus. Premièrement, le studio anglais a complètement revu la façon de recruter les armées. Désormais, le recrutement n’est plus propre à chaque province puisque le joueur enrôlera ses soldats dans une réserve d’hommes plus ou moins importante selon la taille de votre royaume. Autre nouveauté au moment du recrutement, votre unité sera disponible seulement à 20-35% de sa capacité totale et il vous faudra attendre quelques tours avant que celle-ci soit à 100% opérationnelle. Cet ajout change la façon dont le joueur planifie sa stratégie défensive puisque vous ne pourrez plus recruter en cas d’invasion une gigantesque armée en seulement un tour. Enfin, les unités d’élites ne sont dorénavant plus débloquées par des bâtiments spécifiques mais par la recherche de technologies.

Le nerf de la guerre est certes l’argent, mais il ne faut pas oublier l’importance du ravitaillement en nourriture lors des campagnes militaires. Avec cette idée en tête, les développeurs ont imaginé une mécanique intéressante pour le futur de la licence : à partir de maintenant, votre armée aura un besoin important en nourriture qu’il vous faudra absolument combler. Le joueur doit donc constamment surveiller la production des fermes et autres élevages. À noter que la gestion de la nourriture dépendra également des saisons. En cas d’incursion en territoire hostile, vous n’aurez que quelques tours avant que votre armée souffre de famine et que vos soldats commencent à déserter. Dans ce cas, il vous faudra soit conquérir rapidement une ville ou un village ennemi, soit retourner illico presto sur vos terres. Le besoin en ravitaillement incite le joueur à avoir une ligne de front cohérente et limite les expéditions punitives lointaines à l’autre bout de la carte. Seul petit bémol, les déplacements ne sont pas du tout réalistes puisqu’il vous faudrait théoriquement plusieurs années pour traverser l’île.

 

Une gestion simpliste pour une campagne trop facile

Par contre, la gestion des cités a été ultra simplifiée, le joueur se contentant juste de construire et d’ensuite améliorer les bâtiments. En s’inspirant des jeux de gestion historiques comme Caesar III, j’aurais aimé voir des bâtiments concernant l’hygiène, les soins ou même l’éducation. Vous n’aurez pas non plus la possibilité de transformer une ville en citadelle et vice versa comme c’était le cas dans Medieval II: Total War. De plus, toutes les cités n’ont pas de murs de défense et encore moins d’imposantes murailles romaines. Au contraire, la grande majorité des petits villages s’avèrent particulièrement vulnérables en cas d’attaques. Seules les capitales des provinces bénéficient d’ailleurs d’une garnison permanente. Aux abonnés absents, le joueur ne peut plus non plus ajuster les taxes en fonction des provinces ou mettre en place des décrets provinciaux. La gestion des routes commerciales a complètement disparu au même titre que les agents comme les espions ou les assassins.

Disparue depuis Empire: Total War, la religion n’a absolument aucun impact dans cet opus. C’est particulièrement dommage pour ce Thrones of Britannia qui dépeint pourtant une époque tumultueuse entre le christianisme romain, le christianisme celtique d’Irlande et les païens scandinaves. À la place, le studio a introduit un système de ferveur de guerre correspondant au niveau du soutien de la population pour vos campagnes militaires. La diplomatie – gros point noir de la licence – reste toujours aussi médiocre malgré quelques améliorations comme la possibilité de sceller des alliances grâce à des mariages. Mais faute à une IA aux fraises, il est toujours impossible de coordonner des attaques avec vos alliés. C’est pourquoi les royaumes vassaux ne servent strictement à rien et qu’il reste préférable de contrôler soi-même toutes les provinces.

Étant un vétéran de la licence, la campagne de Thrones of Britannia est à mon goût beaucoup trop facile. À la tête du royaume de Wessex, je n’ai eu besoin que de cinq petites heures pour obtenir la victoire en « difficile ». Creative Assembly est conscient du problème et a déjà patché plusieurs fois son jeu. Même si la difficulté a été certes revue à la hausse, le problème n’est pas encore réglé. Il est grand temps que les développeurs se penchent sérieusement sur l’IA pour les futurs opus de la saga.

 

Rien de nouveau sur le champs de bataille

Les batailles sont sympathiques mais restent moins épiques que dans les Total War: Warhammer. Les rapports de force entre les unités sont classiques et reprennent la même logique que dans Total War: Attila. À part quelques unités emblématiques pour chaque faction, comme les fameux archers gallois ou les berserks vikings, les armées de Thrones of Britannia offrent au final peu de variété et ressemblent beaucoup trop à celles du DLC Total War: Age of Charlemagne. Histoire oblige, le légendaire « Shileld Wall » est au centre de ce nouvel opus, qui est énormément basé sur l’utilisation massive de l’infanterie. À l’époque, la cavalerie lourde était certes présente mais encore très rare et fera véritablement son apparition avec l’invasion Normande de Guillaume le Conquérant. Par contre, Creative Assembly a fait d’énormes progrès concernant les sièges qui sont beaucoup plus massifs et intéressants que dans les récents opus.

Le moteur utilisé dans Thrones of Britannia reste inchangé depuis Rome II: Total War et commence sérieusement à accuser son âge. Malgré une bonne optimisation et des efforts sur les éclairages, la partie graphique du jeu a des soucis de clipping, popping et des textures assez baveuses, surtout si vous zoomez au plus près des combats. Creative Assembly a peut-être voulu que cet opus soit jouable par une majorité de joueurs, mais cela s’est fait au détriment d’une véritable évolution graphique. Les animations ont clairement besoin d’une révolution pour qu’on puisse enfin assister à de véritables batailles en mêlée plutôt qu’une multitude de mini duels. Heureusement, Thrones of Britannia compense par une sublime carte de campagne détaillée et une direction artistique inspirée.

 

Conclusion

A Total War Saga: Thrones of Britannia est un sympathique spin-off et intègre de bonnes idées comme le système de recrutement et le ravitaillement des troupes. Mais ce nouvel opus souffre de la comparaison avec les excellents Total War: Warhammer en termes de variété de gameplay, de contenu et surtout de feeling. Même les amateurs des épisodes historiques ne seront pas totalement comblés en raison de l’amputation d’anciennes mécaniques comme les agents ou la religion. Total War Saga: Thrones of Britannia reste toutefois appréciable, d’autant plus si vous êtes un passionnés d’Histoire Médiévale ou un fan des séries TV Vikings et The Last Kingdom. Concernant le futur de la série Total War Saga, Creative Assembly n’a encore rien annoncé mais un opus consacré à Alexandre le Grand ne me surprendrait pas.

A Total War Saga: Thrones of Britannia
Développeur : Creative Assembly
Éditeur : SEGA
Prix : 30 €

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