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Actor’s Studio (Critique d’Un été à Osage County de John Wells)

Actor’s Studio (Critique d’Un été à Osage County de John Wells)

Note de l'auteur

August Osage County PosterAugust: Osage County est la 3ème pièce adaptée à l’écran de la dramaturge américaine Tracy Letts. Ceux qui la connaissent un peu savent qu’elle est capable du meilleur (Bug) comme du pire (Killer Joe). August: Osage County est pile poil entre les deux. Beaucoup plus posé et nettement moins hystérique que ses œuvres précédentes, le film réalisé par John Wells (The West Wing) pèche néanmoins par une absence quasi-totale de tension, et ce malgré la remarquable performance du casting.

Si on sait depuis Johnny qu’On a tous en nous quelques chose de Tennessee, ce n’est pas une raison pour croire que tout le monde peut faire du Tennessee Williams. La comparaison entre August: Osage County et une pièce comme Cat On a Hot Tin Roof peut ne pas être super évidente au moment où le film débute, mais il est difficile de ne pas la faire au fur et à mesure de son déroulement. Influence peut-être inconsciente ou culturelle du canevas de la pièce « familiale », de nombreux aspects de la pièce de Tracy Letts font irrémédiablement penser à l’œuvre de Tennessee Williams.

D’une certaine manière August: Osage County peut paraître comme une version moderne de Cat On a Hot Tin Roof ou de The Glass Menagerie. En soi, l’idée n’est pas mauvaise et d’une manière générale, ça fonctionne plutôt pas mal. Au rang des bonnes idées, les figures parentales qui passent d’un carcan conservateur à un environnement apparemment plus libéral et intellectuel. Le père (Sam Sheppard) n’est plus un riche propriétaire terrien, mais un romancier à succès, la mère (Meryl Streep) ne se défonce plus au scotch mais aux antidépresseurs. De même, il ne s’agit plus de refonder l’unité familiale en acceptant l’autre, mais de tout envoyer balader avec un gros « fuck off and die ». Sur le papier, August: Osage County avait tout le pièce spéciale grosse baffe sauf que cette baffe n’arrive malheureusement jamais.

August Osage PicLa faute tout d’abord à Tracy Letts qui laisse s’éventer un secret familial un peu trop tôt et se voit forcer d’en rajouter un autre qui pour le coup, tombe comme un cheveu sur la soupe. Plutôt que de faire monter la sauce petit à petit, elle crève l’abcès  en plein milieu de l’acte II et se fout toute seule le bec dans l’eau pour arriver à faire un acte III qui soit pleinement satisfaisant. Ensuite, malgré tout le savoir faire dont fait preuve John Wells, sa réalisation très académique ne sert malheureusement pas le propos. Il n’utilise jamais véritablement le décor, ni de l’atmosphère étouffante de l’Oklahoma en plein été, pour accompagner le texte. La conjonction des deux donne l’impression d’une œuvre qui fait tout pour éviter les débordements, alors que le sujet, lui, le réclame.

Le casting aussi. Car au bout du compte, August: Osage County est une démonstration implacable de ce qu’un bon acteur peut faire avec pas grand-chose. De Benedict Cumberbatch à Margo Martindale (Justified), en passant par Julia Roberts et Juliette Lewis, tous parviennent à donner une profondeur à leur rôle, profondeur malheureusement trop absente ailleurs. Il y a clairement une volonté dans ce casting de dingue d’aller là où la pièce se refuse d’aller qui sauve littéralement le film de l’ennui. Si l’incroyable violence de cette famille s’exprime parfois avec des mots, elle le fait surtout au travers du visage et du regard des acteurs.

Comme souvent dans la course effrénée aux Oscars, on laisse trop souvent le soin aux acteurs de faire le film alors que ces derniers ne devraient être que les vecteurs de quelque chose d’autrement plus travaillé. Au final August: Osage County n’est qu’un film moyen, tiré d’une pièce moyenne mais joué par d’excellents acteurs.

 

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