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Aden Young à Monte-Carlo : « Rectify est l’histoire d’un fantôme qui revient à la vie »

Aden Young à Monte-Carlo : « Rectify est l’histoire d’un fantôme qui revient à la vie »

Il prête ses traits à Daniel Holden dans la sublime série Rectify, Aden Young était présent lors du dernier Festival de la Télévision de Monte-Carlo pour promouvoir la série de Sundance TV. Lors d’une interview captivante, il nous a parlé de son rôle dans la série, dont la saison 3 vient de débuter aux Etats-Unis et qui vient d’être renouvelée pour une quatrième saison.

Scroll down for the English version of the interview.

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Il y a deux ans, vous nous avez dit ne pas imaginer pouvoir jouer le rôle de Daniel Holden pendant très longtemps, qu’en est-il aujourd’hui ?

Aden Young : Je me sens idiot d’avoir dit ça, merci de me le rappeler (rires). Cela a été un processus très organique. Ray (McKinnon) a en tête une série d’histoires à propos des rites de passages de cet homme et de ce que ce parcours signifie pour la petite ville dans laquelle il vit et pour sa famille. Quand je tâche de comprendre l’idée que Ray se fait de cette histoire, je vois ça comme un tableau représentant une famille qui aurait été brisée le soir du crime qui s’est produit il y a de nombreuses années. Ce tableau a été reconfiguré afin de survivre, ajoutant de nouveaux enfants, un nouveau mari, pour le solidifier. Mais on peut voir qu’il est abîmé. C’est une mosaïque de douleur et de chagrin. Imaginez recevoir un coup de téléphone vous annonçant que votre fils est accusé du meurtre d’une jeune fille qui est venue dîner à la maison au cours des dernières semaines. C’est horrible et ça a détruit cette famille. Et alors qu’ils se construisent, ils reçoivent un autre appel, “votre fils va être libéré.” Le fantôme rentre à la maison. C’est ça Rectify, c’est l’histoire d’un fantôme qui revient à la vie. Et bien-sûr, il atterrit en plein milieu du tableau et le brise à nouveau. Ils essaient de recoller les morceaux, mais la question de savoir s’ils peuvent y parvenir ou non est ce que l’on commence à voir dans la série. On observe leur désir de se reconstruire mais aussi leur volonté de ne pas le faire. Ils ont tous survécus à quelque chose, mais pourrons-t-il survivre à ça ?

Photo Isabelle Ratane

Photo Isabelle Ratane

La saison 2 est plus longue que la première, en quoi était-ce différent pour vous d’avoir plus de temps pour raconter l’histoire de Daniel ?

A.Y. : La première saison était très intense parce que tout le monde observait Daniel, étant attentif à ses moindres faits et gestes, et j’avais beaucoup de temps à l’écran. Mais c’est aussi lors de cette saison que l’on a commencé à voir le parcours de Daniel ainsi que de découvrir qui était sa famille. Ce qu’il y avait de vraiment beau dans la saison 2, c’est qu’on connaissait l’entourage de Daniel, et on pouvait passer plus de temps avec eux, avec son avocat et sa sœur, avec son frère, son beau-père, sa mère. De nombreuses histoires étaient racontées tout en participant à l’intrigue principale, car c’est, comme je l’ai dit, l’histoire de ce tableau cassé qui se brise à nouveau quand Daniel revient, quand le fantôme rentre à la maison. En ce qui me concerne, cette saison 2 a été très éprouvante physiquement. A la fin j’étais sous antidouleur et c’était relativement cauchemardesque. Lors du dernier jour de tournage, quand on a filmé la scène de la confession, on a tourné un nombre interminable de prises, et ça m’a vraiment affecté physiquement. Mais ça a été bien plus dur pour Ray qui, et vous pouvez me citer là-dessus, n’est pas de la planète Terre. Il vient d’une autre planète, où les gens sont brillants, aimants, tendres, tout simplement incroyables. Il vient de là, et qu’il ait la possibilité de raconter cette histoire à la télévision est une véritable joie, pour moi en tout cas. Faire parti de ce projet est un véritable honneur. Je ne sais pas de quelle planète il vient, mais j’aimerais bien m’y rendre (rires).

Daniel est un personnage très touchant, en partie du fait qu’il soit autant abîmé. Pensez-vous que l’attachement du spectateur à son égard changerait s’il était clairement affirmé que Daniel est coupable ?

A.Y. : Je n’en doute pas. La question n’est pas de savoir si Daniel est coupable, mais de savoir si nous sommes tous coupable. C’est là la question que pose la série. Nous avons tous la capacité de prendre une vie. J’ai deux enfants et si quelque chose venait à leur arriver… Nous sommes faits comme ça, avec l’instinct de protéger nos épouses, mères, pères […] Lorsque l’on incarne un personnage, il faut avoir conscience que cette personne peut avoir une part de monstre. Si cet aspect monstrueux se révèle, s’il s’avère que Daniel a bel et bien pris une vie pour la détruire de la manière la plus ignoble qu’il soit, et bien il faut reconnaître que malheureusement, il n’est qu’humain.

Abigail Spencer (Amantha Holden) et Aden Young - Photo Isabelle Ratane

Abigail Spencer (Amantha Holden) et Aden Young – Photo Isabelle Ratane

Le sujet de la série n’est pas de savoir si Daniel est coupable ou non, mais avez-vous votre propre idée à ce sujet ?

A.Y. : Il n’est pas coupable. […] Ça me briserait le cœur s’il l’était.

Est-ce que c’est important pour vous en tant qu’acteur de savoir s’il est coupable ou non, dans votre manière de l’interpréter ?

A.Y. : C’est difficile de répondre à cela car c’est une question philosophique. Daniel est responsable du fait d’avoir emmené Hanna à la rivière, et il a rejoué cette nuit en boucle dans sa tête au cours des 20 dernières années. Il se remémore cette soirée encore et encore et à chaque fois ses souvenirs changent. La mémoire, c’est quelque chose qui change constamment, c’est volubile, c’est élastique, ce n’est plus ce que c’était. On parle là de quelque chose qui s’est produit il y a des années sous l’influence d’hallucinogènes. Je ne peux même pas imaginer l’horreur que cela doit être de se demander “est-ce que je l’ai tué, cette fille que j’aimais ? Et si je l’ai fait, pourquoi ?” et puis de se souvenir de quelque chose qui pourrait vous amener à penser “oui, tu l’as fait.”

Propos recueillis par Marine Pérot lors d’une table ronde au 55ème Festival de Télévision de Monte-Carlo, en présence d’autres journalistes.

Two years ago you told us you didn’t see yourself playing Daniel Holden for very long. How do you feel about that now?

Aden Young: I feel silly for saying that, thanks for reminding me (laugh). It’s been a very organic process. Ray (McKinnon) has in mind a series of stories about the rites of passage of this man and of course what that journey means to this town and especially this family. As I begin to understand Ray’s idea of what the story is, it’s almost like a tableau of a family that has been smashed on the night of the crime so many years ago and has been reconfigured just to survive, and built with new people, new children, a new husband. But you can see it’s shattered. It’s a mosaic of great suffering, great grief. Just imagine the phone call that your son has been charged with the murder of a girl who came to dinner for the last six weeks. It’s horrific and it destroyed them. And they rebuilt this and then they get another phone call, “your son is going to be released.” The ghost is coming home. And that’s what Rectify is, it’s a story about a ghost returning to life. And of course he lands right in the middle of the tableau and smashes it all over again, and they are putting it back together and whether they can do this or not is what we begin to see. We begin to experience their desire to do it and also their decision to not do it. They’ve all survived something, but will they survive this?

Season 2 is longer than season 1, how was it different for you to have more time to tell Daniel’s story?

A.Y.: One was so intense because everyone in the show was watching, wondering what is he going to do, and there was a great deal of screen time but that’s where we began to see Daniel’s journey, and we also began to understand who the family was. What was really beautiful about season 2 is that now we knew the family, and we could travel with them more, the lawyer and the sister, and the bother, the stepfather, and the mother. They were many different stories being told that were really opening up the overall story, because it is, like I said, about that tableau that has been destroyed and is now destroyed again by Daniel’s return, by the ghost returning. But for me I was a complete physical wreck when I left the shoot, I was on painkillers, it was a nightmare beyond nightmares. I remember the final day that we were shooting the confession, we shot all day, we did 60 takes of that scene I think, and it took a toll on me, physically. But it was much harder to Ray because he’s just, and you can quote me on this, Ray isn’t from planet Earth. He came from somewhere else, where people are quite brilliant, and loving and tender and spectacular. He is from there, and that he has the ability to tell this story on this medium is a joy to behold. For me, I don’t know if the world feels that but I certainly do. To be a part of it I feel honored. I don’t know where he is from but I’d like to visit (laugh).

Daniel is a very loveable character, mainly because of how broken he is. But do you think the viewer’s attachment to Daniel would change if it were to be clearly said that he is guilty?

A.Y. : I have no doubt. The question isn’t whether Daniel is guilty, it’s whether we are all guilty, that’s what the show is really looking at. We all have the ability to take a life. I have two children and if something were to happen to them… We are designed for that purpose, to protect our wife, mother, father… […] In portraying a character, in trying to paint a portrait of a human being, you have to recognize that in that portrait there might be a monster. And if the monster comes to be that Daniel did let it out, that he took a life and destroyed another human being in the most vile way possible, he is only human, unfortunately.

The show isn’t about whether he is guilty or not but do you have your own idea about that?

A.Y. : He’s not guilty […] It would break my heart if he was.

Is it important for you as an actor to know if he is guilty or not, in the way you play him?

A.Y. : It’s a hard thing to answer, because it’s a philosophical question. Daniel is responsible for taking Hanna to the river, and he’s played that night out for nearly 20 years to scale. He does over and over and in every recounting his memories change. Memory is shifting, it’s changing, it’s volubile, it’s elastic, it’s not what is was. We’re talking about something that occurred way back when under the influence of hallucinogens. I couldn’t even begin to imagine the horror of wondering “did I kill her, this girl I loved? If I did, why?” and remembering something that might say “yeah you did.”

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