On a vu… que Noël envoie bouler l’âge d’or des séries

On a vu… que Noël envoie bouler l’âge d’or des séries

Le casting de Hill Street Blues.

Pour certains, les fêtes sont synonymes de retrouvailles avec Sissi ou Marty McFly. Pour d’autres, comme votre serviteur, c’est l’occasion de se rabibocher avec un magnétoscope, des VHS et des séries aux génériques qui durent au moins 90 secondes.

Loin, très loin des débats du type « The Wire est-elle la meilleure série au monde ? », je profite toujours des vacances pour plonger dans le très gros paquet de VHS stocké chez mes parents. C’est avec un magnétoscope que je me suis fait l’intégrale de St Elsewhere (série médicale présentée comme l’ancêtre d’Urgences et de Chicago Hope, on me l’a prêtée) et c’est avec le même engin que j’ai traqué la rediffusion de LA Law (La Loi de Los Angeles, drama préfigurant The Practice ou The Good Wife) sur France 3 il y a 10 ans. Alors autant vous dire que maintenant que j’ai de quoi remplir une bibliothèque, je n’ai pas l’intention de les oublier.

Ce que j’ai vu pour finir 2012 ? Je me suis refait la saison 7 de La Loi de Los Angeles et j’ai -enfin- commencé un visionnage sérieux de Hill Street Blues. Mais si, vous savez : deux énormes classiques, multiprimés aux Etats-Unis mais complètement oubliés par une partie de la critique française. La faute au fameux phénomène de « l’âge d’or des séries » ? Peut-être bien.

« L’âge d’or », c’est cette expression que l’on entend un peu à tort et à travers pour désigner une flopée de fictions diffusées depuis plus de dix ans. Des créations qui ont l’heur de plaire à des observateurs qui, avant ça, méconnaissaient un genre narratif aussi populaire qu’inventif. Mais il l’était tout autant en 1960 (1) et en 1980 qu’en 2010. La seule chose qui change, ce sont les aspirations des auteurs et celles du public, et leur capacité à se rencontrer (2). Aux Etats-Unis comme ailleurs.

Stuart Markowitz (Michael Tucker) dans La Loi de Los Angeles.

Avec sa première saison, Hill Street Blues, véritable chronique d’un commissariat de quartier créée par Steven Bochco et Michael Kozoll, lance la narration en structure modulaire (des histoires bouclées en un épisode ; d’autres qui courent sur plusieurs segments) et une approche urbaine de son sujet. Ses particularités: une prise de vue sensiblement inspirée du documentaire et une grosse capacité à articuler des histoires plus ou moins noires. La photographie de William Cronjager, toujours entre ombre et lumière, colle d’ailleurs admirablement au propos. En 1981, c’était une claque monumentale et si, aujourd’hui, la série a vieilli, sa capacité à capter l’attention du téléspectateur est souvent intacte.

En 1992, quelques semaines après les émeutes à Los Angeles, LA Law s’emparait du sujet et racontait la descente aux enfers d’un de ses personnages principaux (l’avocat fiscaliste Stuart Markowitz), tabassé par des émeutiers. L’histoire va traverser  toute la saison 7 (produite par John Masius et John Tinker, ex St Elsewhere) et certains passages sont toujours d’une grande justesse. L’arc contrebalance le caractère hyper soapesque et moyen d’une autre intrigue -centrée sur le personnage de Gwen Taylor, une avocate piteusement jouée par Sheila Kelley. Il démontre surtout une vraie capacité qu’avait la série à s’immerger dans la réalité sociale d’une mégalopole.

Est-ce que c’est moins bien que The Wire ou Treme ? Non, c’est juste différent. Diffusé sur une chaîne différente (un network) et à une époque différente. Surtout, ce ne sont pas des brouillons des hits d’aujourd’hui: en regardant Hill Street Blues, St Elsewhere, LA Law, Wiseguy, Homicide et compagnie, on s’aperçoit que les séries que l’on consacre (à raison) aujourd’hui n’ont souvent rien inventé. Elles exploitent juste d’une autre façon des « outils » qui ont parfois dix, vingt ou trente ans pour répondre aux aspirations du moment (3). Tout ceci démontre surtout que ces devancières méritent un peu plus qu’une indifférence polie, confinant parfois au mépris. Comme si rien n’avait existé avant 2000 et qu’une génération spontanée de génies avait fait son apparition pile à ce moment-là.

Après tout, il ne viendrait à personne de comparer des films des années 50, 60 ou 70 pour dire que c’est moins bien que ce qui se fait depuis les années 2000. Personne ne dirait « les films des frères Coen, c’est quand même mieux articulé que ce que faisait Sam Peckinpah »… même quand on ne connaît pas toute la filmographie du second. Alors pourquoi ai-je l’impression que c’est parfois ce que l’on fait quand on compare David Simon et le reste du monde télé ?

(1) : Je pense au Prisonnier (1967). Mais pas que.

(2) : Demandez à John McNamara et David Greenwalt, les créateurs de Profit (1995). Ils ne vous diront certainement pas le contraire.

(3) : Ce qu’explique très bien Conundrum dans un texte consacré au même sujet sur pErDUSA.

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