Agent WTF : James Bond en 007 parodies

Agent WTF : James Bond en 007 parodies

Sam Mendes a tenté d’honorer la légende bondienne avec Spectre ? Au Daily Mars, nous avons plutôt choisi de la déshonorer. À travers 007 parodies sélectionnées rien que pour vos yeux, moquons-nous gaiement du plus alcoolique et phallocrate des agents secrets de la perfide AlbionDu smoking au Martini, rien ne sera épargné…

Dr. Goldfoot and the Bikini Machine de Norman Taurog, 1965

goldfootPochade sortie un an après Goldfinger, ce long métrage au nom suprêmement débile et totalement cool du studio AIP se concentre plus, comme son nom l’indique, sur la figure du bad guy bondien que sur l’agent secret lui-même. Relégué au rang de neuneu de service et affublé du matricule 001/4, il laisse place au maléfique Dr Goldfoot, scientifique à l’esprit dérangé et complètement misogyne incarné par le king du cabotinage, Vincent Price himself. Sorte de mélange entre Satanas et le Dr. Frankenstein (il est affublé d’un majordome nommé Igor), cet esprit du mal, chaussé de babouches dorées, met au point un plan démoniaque et garanti nanar d’appellation d’origine contrôlée : détrousser les riches de ce monde grâce à une horde de bombasses robotiques en bikinis dorés. On ne vous le cachera pas, ce Dr. Goldfoot and the Bikini Machine vaut plus pour son high-concept que pour sa réalisation, un tantinet balourde, et ses gags, un poil éculés. Cependant, il serait dommage de bouder son plaisir et de ne pas profiter des mimiques de Price, du somptueux générique en claymation, de la chanson titre interprétée par les Supremes et d’une scène où des robots en bikinis dansent le twist. Petit succès à son époque, notons que le film a eu droit à une suite réalisée en 1966 par Mario Bava (!?). Intitulée Dr. Goldfoot and the Girl Bombs, on lui colla en France le meilleur titre nanardeux de la planète nanard : L’Espion qui venait du surgelé. What else?

From Beijing with Love de Stephen Cow et Lee Lik-Chi, 1994

from beijingMaelstrom de références bondiennes diluées dans un grand n’importe quoi qui pisse le sang et les vannes scabreuses, From Beijing with Love est LE chef-d’œuvre de ce grand taré hongkongais de Stephen Chow. Devant la caméra, il incarne Ling Ling Chat, agent secret de bas étage, vendeur de porc et expert du maniement de couteau, envoyé sur les traces d’un malfrat au pistolet d’or. Alcoolique, amateur de putes et de films pornos, il est accompagné de Siu Kam, agent double envoyée pour l’éliminer. D’une violence hallucinante par moments (quand un gamin se prend une balle en pleine tronche) et d’une débilité suprême à d’autres (quand le héros se fait opérer en matant un film de cul), le film est surtout un grand hommage/pied de nez à la saga de Ian Fleming. Tout y est copié-collé à grands coups de cutters qui débordent sur les marges, du méchant Jaws au pistolet d’or en passant par la lascive séquence d’ouverture et même la musique. Un genre de prisme déformant ou le nanard et le cinéma hongkongais auraient passé à la moulinette les aventures d’un James Bond sous acide. Et pourtant, le tout reste emprunt d’une grande candeur, comme si toute cette farce n’était que l’œuvre d’un grand gamin qui aurait regardé l’écran de cinéma d’un peu trop près. Génialement débile et débilement génial.

Bons baisers de Hong-Kong de Yvan Chiffre, 1975

Bons baisers de HKJames Bond est mort et ça tombe mal parce que la reine d’Angleterre vient d’être kidnappée au cours d’une garden-party. Pour que l’affaire ne s’ébruite pas le temps qu’on la retrouve, les services secrets britanniques font appel à leurs homologues français pour accompagner le sosie de Sa Majesté au cours d’un voyage à Hong-Kong. Y a-t-il un espion pour sauver la reine ? Mieux, il y en a quatre et ce sont les Charlots, ces irrécupérables neuneus de Gérard, Phil, Jean et Jean-Guy. Difficile aujourd’hui de saisir l’ampleur du phénomène Charlots dans une France pompidolienne en manque de fantaisie. Pourtant les chiffres sont là : 7,5 millions d’entrées pour Les Bidasses en folie (1971), 4,7 millions pour Les Charlots font l’Espagne (1972), 4 millions pour Le Grand Bazar (1973) comme pour Les bidasses s’en vont en guerre (1974)… Une gloire qui amorce son déclin avec cette parodie de James Bond attirant tout de même 3 millions de spectateurs, ce qui, pour le moins drôle des films pas drôles de ces années-là, n’est pas si mal ! Le producteur Christian Fechner et le cascadeur Yvan Chiffre, qui passe ici à la réalisation, font l’effort, en tant qu’auteurs du scénario, de respecter quelques figures imposées du genre telles que le prégénérique ou la guest star – en l’occurrence Mickey Rooney – dans le rôle du méchant de service. Mais Bons baisers de Hong-Kong ne se cache pas d’être avant tout un véhicule pour les Charlots et leurs pitreries souvent incompréhensibles, comme lorsqu’ils se mettent à démonter un taxi pièce par pièce, sans raison apparente. Il y a aussi un caméo de Léon Zitrone et les cascades sont signées Rémy Julienne. Quoi, ça ne vous fait pas rêver ?

Agent Zéro Zéro de Rick Friedberg (1996)

spyJuste après le dernier volet des Y a-t-il un Flic…. en 1994 (…pour sauver le Président ? alias The Final Insult) la carrière de Leslie Nielsen s’est retrouvée en pente descendante. Il a cachetonné pour beaucoup d’autres films, et éventuellement l’adaptation de Mr. Magoo pour les studios Disney, qui n’étaient pas alors au faîte de leur inspiration, il faut bien l’avouer. Surtout, il a aussi pris la vedette de Drébineries qui ne disent pas leur nom, sans l’aide des Zucker/Abrahams/Zucker… ou de leur acolyte Pat Proft. On se retrouve donc avec Le Détonateur en 1998… et Agent Zéro Zéro (Spy Hard en VO) qui étaient l’un des premiers projets de la descendance crétine et cossarde des ZAZ : Aaron Seltzer et Jason Friedberg. Contrairement à leurs films suivants, qui consistaient en un amalgame très petit budget de « parodies » du programme du multiplexe local, Agent Zéro Zéro reprend une intrigue bondienne très basique, mais intègre quand même bien les autres films à son canevas. Il est donc question d’un bad guy qui a mis la main sur une ogive nucléaire conçue par un professeur russe et compte bien l’activer. Tout le monde cabotine dans ce festival de slapstick de plus ou moins bon goût, qui nivelle par le bas les inconsistances bondiennes : des flash-backs idylliques aux infiltrations foireuses et aux hommes de main foncièrement inefficaces, tout y passe. Il faut bien avouer que sans le timing et le comique physique parfait de Leslie Nielsen, le film s’effondre… ou s’envole vu le poids plume de sa trame et ses gags à la minute. Quelques-uns d’entre eux fonctionnent, comme un bus qui vole sur fond de pleine lune (ou quand Speed rencontre E.T.), ou un chef de la CIA adepte du camouflage improbable pour ne pas se faire repérer par son ex-femme. Ces 75 minutes restent quand même plutôt bien emballées, pour peu qu’on reste indulgent, et qu’on pardonne le générique d’un Weird Al qui singe l’association Shirley Bassey/John Barry avec l’application contractuelle d’un Thierry Beccaro pour sa 6000e quotidienne de Motus.

Le Magnifique, de Philippe de Broca (1973)

magnifiqueDans son appartement miteux sous la grisaille parisienne, François Merlin essaie désespérément de terminer l’écriture du dernier volet des aventures du super-espion Bob St-Clare, sa création. Perdu dans le fantasme de ses propres histoires, Merlin capte l’attention de sa voisine Christine : une jeune et jolie sociologue fascinée par l’univers machiste et régressif ultra-codé des livres griffés Bob St-Clare. Très vite, Merlin tombe sous le charme et crée, au côté de son agent secret, un nouveau personnage : Tatiana. Presque 40 ans avant que la pose méta ne gangrène la culture geek via le web 2.0, la télé et une nouvelle génération de réalisateurs piégés par leurs références, Le Magnifique se posait en précurseur français de la manipulation humoristique des codes du récit héroïque. Dans le viseur de Philippe de Broca : 007 et son succédané franchouille OSS 117, qu’il met en boîte avec une frénésie de gags gotlibiens hilarants et un gore outrancier précurseur du Sacré Graal des Monty Python. Le point faible du film : une dernière partie un peu moins alerte, un peu plus lourdingue, peut-être le résultat d’une cacophonie en coulisses entre De Broca et son partenaire scénariste Francis Veber. Résolument opposés à mi-parcours sur ce que devait être le film, les deux hommes se quitteront fâchés, le réalisateur convoquant Jean-Paul Rappeneau à la rescousse pour finir le travail laissé en plan par Veber. Ce dernier ne sera pas crédité au générique. Peu importe : visionnaire, virevoltant, Le Magnifique fait beaucoup rire encore aujourd’hui, propulsé aux confins du délire par un Bébel tout simplement extraordinaire. Au sommet de sa forme et de son délire comique, l’acteur rugit, bondit, grimace, cavale, explose, fait l’ahuri comme personne, c’est la fête ! Face à lui, la sublimissime Jacqueline Bisset balance avec talent et humour entre l’ingénue à grosses lunettes et une caricature de femme fatale. Bref, une parodie référentielle de grande classe et en avance sur son temps.

Austin Powers, de Jay Roach (1997)

austin powersEn 1997, le fanfaron Mike Myers puisait encore dans une de ses prestations au Saturday Night Live pour composer, après le rocker geek Wayne Campbell, un nouveau personnage de cinéma bien barré : Austin Powers, espion en provenance directe du swinging London, croisement libidineux de James Bond, OSS et de l’inspecteur Clouzeau. Totalement immergée dans la charte graphique et thématique de l’ère Bond sous le règne de Connery, mais picorant aussi sa “ringue culture” chez un certain George Lazenby et sa chemise à jabot dans Au service secret de Sa Majesté, la comédie quasi-musicale de Jay Roach pousse à fond les manettes du kitsch parodique et débite du clin d’œil à cadence infernale. L’ensemble, mis en scène plutôt poussivement par le réalisateur qui signe là son premier long métrage, repose avant tout sur l’hallucinant festival de mimiques et la diction so british du ludion Myers, qui maintient l’attention même lorsque les gags manquent leur cible. Deux ans plus tard, une suite nettement plus réussie et bénéficiant de la présence thermonucléaire de la regrettée Heather Graham (quelqu’un sait où est-elle passée ???) va faire sauter le box-office US de 1999. Il faut dire que le hit international d’une Madonna en plein come-back, Beautiful Stranger, servi par un clip hilarant, va aussi largement servir la notoriété du film. Terminant quatrième derrière La Menace fantôme, Le Sixième Sens et Toy Story 2, (et devant Le Projet Blair Witch et Matrix…), Austin Powers : l’Espion qui m’a tirée plonge de plus belle dans le délire non-sensique et cette fois, la comédie semble mieux maitrisée. Hélas pour Myers et son comparse Jay Roach, le troisième volet Austin Powers : Goldmember se reposera trop lourdement sur les acquis d’une franchise paraissant déjà en fin de mission. Décevants et encadrés par une critique plutôt assassine, les scores au box-office de ce dernier acte signeront la fin de la récré. Mais puisqu’Hollywood fait feu de tout bois en matière de reboots/remakes ces derniers temps, allez savoir si Myers ne va pas ressortir prochainement paillettes, moumoute et chemise à jabot, hein…

Casino Royale de John Huston, Ken Hughes, Val Guest, Robert Parrish et Joseph McGrath, 1967

casino royaleNe vous avisez jamais de dire à un membre du Club James Bond que vous aimez Casino Royale, vous serez condamné au bûcher pour hérésie sur la place publique ! Je veux parler bien sûr du Bond parodique de 1967, pas de la version de 2006 avec Daniel Craig, considérée par beaucoup comme le meilleur des Bond. Aimer ce pastiche de 007 équivaut en effet à défendre, devant un fan transi des Beatles, le très décrié Revolution 9, titre expérimental paru sur l’album blanc du fameux quatuor de Sa très gracieuse Majesté.

Tourné pour dix millions de dollars (somme importante pour l’époque) en Irlande, en Écosse (à Ken) et aux studios de Pinewood, près de Londres, ce Casino Royale a toujours divisé la famille bondienne. Conçu en marge de la série officielle (comme plus tard Jamais plus jamais, autre Bond hors-la-loi), cette satire au casting impressionnant dispense un humour laborieux au cours de ses 132 (très) longues minutes. Avec ses gags psychédéliques difficiles à saisir (en tout cas à jeun), le résultat est assez embarrassant. Alors, on se rabat sur les couleurs pop, les décors expressionnistes des séquences berlinoises (avec un hommage au Cabinet du docteur Caligari, film muet allemand de 1920), les toilettes signées Guy Laroche et Paco Rabanne, la musique allègre composée par Burt Bacharach et la trompette bouchée d’Herb Alpert & The Tijuana Brass. Mais aussi sur Orson Welles qui, dans le rôle du Chiffre, l’agent du Smersh, est excellent.

Dans le récit, difficile à suivre, James Bond (interprété par David Niven, le premier choix de Ian Fleming) est tiré de sa retraite par les chefs des services secrets anglais (MI5), américains (CIA), russes (KGB) et français (Deuxième Bureau) qui lui demandent de reprendre du service pour découvrir qui tue leurs agents à travers le monde. Bond (qui bégaie !) se fait aider dans sa mission par la fille qu’il a eu avec Mata Hari (!?!). Il découvre à la fin que son neveu complexé (Woody Allen, en col Mao) à tout manigancé : sous le pseudo du Dr Noé, ce dernier souhaite lâcher une bactérie sur le monde pour transformer les femmes en beautés fatales et tuer tous les hommes de plus de 1,27 mètre.

Réalisé par un quintet de cinéastes (dont John Huston – qui joue M en prime), Casino Royale est un foutu fourbi. Bourré de décors pop art, de musique ultra-lounge (The Look of Love, chanté par Dusty Springfield) et de filles splendides (Ursula Andress, Barbara Bouchet, Daliah Lavi, faites votre choix…), le film ronge la tête à coups de gags loufoques et délirants. On ne s’étonne même pas de voir débarquer une soucoupe volante à Buckingham Palace lors du final helzapoppinesque, bordel incommensurable où l’on croise aussi des cow-boys et des Indiens, le monstre de Frankenstein et Jean-Paul Belmondo en légionnaire moustachu. Peter Sellers, en as du baccara, s’y déguise en Hitler, Napoléon et Toulouse-Lautrec. Des “filles en orˮ apparaissent par enchantement. Espionnes en tenues Courrège et Jaguars type E sont aussi au programme de cet ovni cinématographique qui joue à fond le jeu de la surenchère. “Casino Royale is too much… for one James Bond!ˮ clamait le slogan de ce film indigeste, qui évoque La Panthère rose, Quoi de neuf, Pussycat ? et La Party. Du grand n’importe nawak qui a le mérite d’avoir ouvert une voie – forcément – royale à la série des Austin Powers, autre classique du non-sens.

Premier roman de la saga écrite par Ian Fleming en 1953, Casino Royale a connu aussi une première adaptation sérieuse pour la télévision américaine en 1954. Tourné en studio et diffusé en direct, dans le cadre du CBS Climax Theatre, ce téléfilm cheap fut interprété par Barry Nelson (le premier James Bond à l’écran… qui deviendra par la suite le directeur de l’hôtel dans Shining de Stanley Kubrick !) et Peter Lorre (M le maudit) dans le rôle du vilain Le Chiffre.

Dossier réalisé par Lordofnoyze, Ray Fernandez, David Mikanowski, Philippe Guedj et Douglas MacDouglas.

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