Akira Toriyama : Dragon Quest Illustrations

Akira Toriyama : Dragon Quest Illustrations

Note de l'auteur

Toujours dans l’optique de donner l’opportunité aux public français de découvrir des artbooks perdus chez les éditeurs japonais, Mana Books profite de la sortie du dernier épisode de la saga Dragon Quest (le XI, ça nous rajeunit pas) en France pour sortir un fabuleux recueil d’illustrations de cette autre grande œuvre imprégnée du talent d’Akira Toriyama, le patron de Dragon Ball que l’on ne présente plus.

Enfermé dans un chouette fourreau, le livre d’excellente facture débute par un poster regroupant tout le roster de la saga jusqu’au dixième épisode, avant de balancer la frise chronologique de la vénérable licence de RPG. Série débutée en 1986 sur NES, le premier épisode d’Enix est rapidement devenu l’un des modèles du genre, alliant le genre de l’héroïc fantasy avec des combats au tour par tour, qui ont la particularité de se dérouler sans que l’on voit les personnages, mais seulement les monstres situés droit devant vous, dans une sorte de vue subjective qui ne dirait pas son nom.

Pour chapeauter le design graphique des monstres et des protagonistes, Enix fait appel à Akira Toriyama, qui avait débuté Dragon Ball deux ans plus tôt et dont le succès était déjà au rendez-vous, ce qui lui a donné l’opportunité de travailler sur de nombreux jeux, Dragon Quest en tête mais aussi Chrono Trigger. L’artbook rappelle le talent insolent du dessinateur quand il s’agit de créer des créatures improbables et instantanément géniales. Que ce soit des chats volants, des squelettes drolatiques ou encore les fameux gluants, symboles de la saga, le recueil montre sur les trois premiers épisodes une vraie galerie de monstres incroyables, couplés au designs réussis des héros qui rappelleront évidemment ceux de Dragon Ball. Le trait, simple et enfantin, renforcera la nostalgie des grandes heures du manga Dragon Ball sur l’arc de l’Armée du Ruban Rouge.

Les trois jeux suivants (IV, V et VI) témoignent déjà de l’évolution de Toriyama au sein de la saga Dragon Ball : plus adulte, plus détaillée, Dragon Quest donne l’impression d’avoir franchi un cap dans l’ambition et le souffle épique. Les personnages gagnent en épaisseur rien que par leur design et l’auteur se permet quelques mélanges savoureux. Il n’en oublie pas les monstres crétins et fantastiques, surtout sur le quatrième épisode sacrément bien représenté dans l’ouvrage. Entre un yéti à la langue bien pendue ou une espèce de chauve-souris géante à tête de souris (logique), le maître se fait plaisir.

Mais l’artbook a fait aussi le choix de caler dans ces pages les remakes sortis ces dernières années, et par la même occasion les nouvelles illustrations de Toriyama. C’est assez frappant de constater l’écart énorme de plus de dix ans de son style, passant du crayonné solide aux couleurs flamboyantes au dessin épais agrémentés de couleurs sous Photoshop, vraiment pas glorieux. Oui, Dragon Quest n’est plus aussi incroyable sur son design qu’à l’époque, puisque Toriyama ne prend plus autant de plaisir qu’il y a dix ans. L’artbook a aussi la bonne idée de caler les produits dérivés de la saga sur lequel Toriyama a travaillé, comme le dessin animé mais aussi le spin-off Dragon Quest Monsters.

C’est donc à partir du septième épisode que Toriyama découvre la colorisation par ordinateur, et c’est un peu le début de la fin pour le monsieur, qui perd énormément le charme des débuts de la saga au profit d’un travail bien en-dessous. Les ombres floues pas très glorieuses ne sont pas là pour aider, et il faudra se rabattre sur des illustrations en aplats de couleur pour retrouver un peu de fraîcheur. Des choix de couleurs pas toujours très heureux, malgré certains designs toujours aussi réussis. Dragon Quest VIII est peut-être l’épisode le plus récent où Toriyama retrouve un peu de sa superbe, avec un meilleur équilibre et travail à l’ordinateur, et des designs plutôt marquants. Certains crayonnés de l’artbook sont toujours là pour témoigner du talent du maître.

Mais on retrouve avec Dragon Quest IX des designs beaucoup moins inspirés et une volonté d’épaissir le trait ce qui n’aide pas à faire briller le travail de l’auteur. Étant donné le côté online de ce neuvième épisode, les personnages principaux sont bien plus génériques qu’à l’accoutumée. Après un dixième épisode et quelques spin-off, le livre termine par plusieurs explications bienvenues sur les illustrations par épisode et développe le contexte de ces travaux, un vrai plus non négligeable.

Akira Toriyama : Dragon Quest Illustrations est un artbook indispensable pour les fans du mangaka, de la saga, voire même pour ceux qui s’intéressent aux jeux vidéo en général. Sacrément bien fourni en artworks et illustrations en tout genre, c’est aussi et surtout un vrai témoin de l’évolution du trait chez Akira Toriyama, dont les travaux pour la saga RPG évolueront en même temps que son travail sur Dragon Ball, jusqu’à arriver à un point où il succombera aux outils numériques pour un résultat pas toujours très glorieux (à mon sens). Le boulot de traduction est excellent, ainsi que la qualité du livre en lui-même, et il serait dommage de s’en priver.

Akira Toriyama : Dragon Quest Illustrations
242 pages
Édité par Mana Books

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