100 moments de télé, épisode 18 (Alias, Kaamelott, CSI, Party of Five, Community)

100 moments de télé, épisode 18 (Alias, Kaamelott, CSI, Party of Five, Community)

Place aujourd’hui aux moments 86 à 90. On vous parle d’Alias saison 2 (Indice spoiler : 9/10), Kaamelott saison 6 (Indice spoiler : 9/10), CSI saison 1 (Indice spoiler : 5/10), Party of Five saison 3 (Indice spoiler : 7/10) et Community saison 1 (Indice spoiler : 3/10). Bonne lecture !

86. Sydney se réveille deux ans plus tard

par Marine Pérot

La série : Alias

L’année : 2003

L’épisode : 2×22 – The Telling

« I’m sorry, what ?? »

Comme Nicolas Robert l’évoquait déjà dans  le premier épisode de ces 100 moments, ce season finale d’Alias a marqué les esprits. Mais là où il s’est arrêté, arrive un moment qui reste pour moi l’un des cliffhangers les plus incroyables que j’ai jamais vu. Après avoir tué Francie dans leur combat, Sydney tombe dans les vapes. On est a quelques minutes de la fin de l’épisode et l’on ne sait pas trop où JJ Abrams va nous emmener à partir de là. Et ce que ce cher JJ aura choisi de faire, c’est d’instaurer dans sa série l’un des premiers time-jump du petit écran.

Sydney se réveille et déambule, perdue et sonnée, dans les rues de Hong Kong. Elle passe un coup de fil à la CIA et on lui ordonne de se rendre dans un point de rencontre local et d’attendre de plus amples informations. Elle patiente, remarque une cicatrice sur son ventre, et cherche à comprendre le pourquoi du comment. Débarque alors un Michael Vaughn tout autant en état de choc qu’elle. Le téléspectateur est lui aussi confus et attend désespérément que quelqu’un veuille bien lui dire pourquoi tout le monde tire une tête de six pieds de longs. Vaughn s’assoit et annonce à Sydney que tout le monde la croyait morte. Premier choc pour la jeune femme. Puis Vaughn cherche ses mots et se passe la main sur le visage. Sydney (et le spectateur aussi par la même occasion) remarque immédiatement qu’il porte une alliance. Deuxième choc. Vaughn soupir et lui annonce que depuis sa disparition après le combat contre Francie, deux ans se sont écoulés. Troisième choc, brutal pour Sydney et le téléspectateur, et fin de la saison. A l’époque ça signifie « Vous en saurez plus dans quelques mois. Veuillez contenir votre ‘WTF JJ ???’ et gentiment patienter, merci !» Alias, série créatrice de cliffhanger à vous rendre fou.

87. Le rêve d’Arthur

par Marine Pérot

La série : Kaamelott

L’année : 2009

L’épisode : 6×09 – Dies Irae

Kaamelott, c’est littéralement six saisons de bons moments. Certes, certains un poil moins bons que les autres mais globalement tous très bons. Il y en a quelques un cependant qui sortent du lot, comme c’est le cas de ce passage du dernier épisode de la série.

« Les rêves, ça se compare pas. »

Arthur n’est plus roi, il n’a pas de descendance, il a tenté de se suicider, bref, il est au fond du gouffre. Son état mental est désespéré, si bien que personne n’est sûr qu’il soit vraiment tiré d’affaire. Du coup, tout le Royaume de Bretagne est convié à venir lui rendre un dernier hommage, au cas où. Il voit donc passer à son chevet toutes sortes de personnes. C’est alors qu’il décide de raconter à l’un de ses visiteurs l’un de ses rêves. On ne voit pas qui est son interlocuteur, mais si l’on connait bien la série et que l’on écoute attentivement Arthur, on comprend qu’il s’agit de son fidèle ami Perceval (« ça a toujours été votre truc l’espace », « il y a toujours un vieux dans vos histoires »). Dans ce long monologue, Arthur décrit un rêve dans lequel il rencontre un vieux, qui l’emmène à Kaamelott et lui explique que le Graal est une baignoire. Un rêve qui est la représentation de la quête d’Arthur et qui fait le point sur sa situation.

Poétique, poignant, incroyablement bien écrit et joué, ce monologue bouleversant nous plonge dans les pensées d’Arthur et l’on imagine son rêve aussi bien qu’il le décrit. Alexandre Astier apporte avec cette scène une dimension des plus profondes à une série qui a (bien trop) longtemps été considérée comme une simple suite de sketchs comiques. Et il le fait avec un plan séquence de 6 minutes et une réplique à se taper la tête contre les murs: « Qu’est-ce que c’est quelqu’un qui souffre et qui fait couler son sang par terre pour que tout le monde soit coupable ? Tous les suicidés sont le Christ. Toutes les baignoires sont le Graal. » Bam prends ça, cher téléspectateur. Ajoutez à ça l’inscription au fond du Graal (« Vous m’avez bien cassé les couilles ») et Arthur vient de réinventer tout l’aspect mystique de la recherche du Graal via son rêve. Le côté dramatique de la scène est ensuite immédiatement allégé par Perceval, qui l’ouvre enfin pour lancer un commentaire digne de lui-même, permettant ainsi au spectateur de souffler deux secondes. On vient en effet de passer six minutes suspendu aux lèvres d’Arthur et l’on s’est pris une bonne tarte dans la gueule.

88. La rookie Holly Gribbs est abattue

par John Plissken

La série : CSI

L’année : 2000

L’épisode : 1×01  Pilot

Holly Gribbs, dans le pilote de « CSI : Las Vegas »

Le premier épisode des Experts ne fut pas seulement un choc visuel, avec toute cette incroyable sophistication importée de ses blockbusters cinéma par le producteur Jerry Bruckheimer. Ce pilote a surtout marqué les esprits pour son final à la noirceur totalement inattendue et sa puissance dévastatrice touchant les membres de la police scientifique de Las Vegas. Comme dans beaucoup de séries, l’épisode introduit un personnage de bleu parmi les héros : la rookie Holly Gribbs, dont la construction narrative induit dans la tête du spectateur qu’elle sera l’équivalente d’un John Carter dans Urgences. A savoir un personnage que l’on va voir mûrir au fil de la série, apprendre de ses erreurs et devenir un jour l’égal de ses confrères.

Le trauma final n’en est que plus rude : Holly ne reviendra pas en seconde semaine parce que, laissée seule sur une scène de crime suite à la négligence de ses collègues, la pauvre débutante va se retrouver nez à nez avec l’assassin. Qui ne lui laissera pas une chance. Alors que l’intrigue policière est résolue en fin d’épisode et que nos héros sont prêts à aller manger un bout pour se détendre après une rude nuit de labeur, Grissom annonce la nouvelle tragique : Holly Gribbs est entre la vie et la mort à l’hopital. On partage d’autant plus la stupeur de l’équipe que le personnage était vraiment touchant dans ses maladresses et sa fraîcheur, très bien jouées par la comédienne Chandra West. Son agression sera lourde de conséquences pour toute l’équipe et en premier lieu pour Warrick Brown (Gary Dourdan), le dernier à avoir laissé Holly seule pour pouvoir assouvir son addiction – aller placer un pari aux courses. Dans l’épisode suivant, la culpabilité prendra des proportions écrasantes avec l’annonce de la mort de Gribbs, qui n’a pas survécu à ses blessures. La fin de ce pilote reste particulièrement glaçante et pose un niveau de qualité dramatique très, très élevé pour la série.

 

89. L’intervention

par Dominique Montay

La série : Party of Five

L’année : 1997

L’épisode : 3×20 – Intervention

L’un des principes de Party of Five était de donner une thématique d’ensemble à une saison, autour d’un drame familial. La maladie, par exemple. Cette année-là, c’était l’alcoolisme. Celui de Bailey, pourtant le fils Salinger le plus équilibré de la famille. La saison 3 sera l’année de sa descente aux enfers. La famille Salinger n’a pris la mesure de son problème que récemment, lors de l’anniversaire d’Owen, le petit dernier. Lors de la fête, Bailey est venu déguisé en clown, ivre mort, et a fait un scandale, brisant le coeur du gamin.

La fratrie décide de procéder à une intervention, prétextant qu’Owen a eu un accident. Bailey débarque, et commence le jeu de massacre. Chacun dans son style, les membres de la famille prennent la parole et essaient de faire entendre raison à Bailey. Au final, non seulement l’opération n’a pas fonctionné, mais en plus Bailey semble renforcé dans son autodestruction. Alors que tout le monde à abandonné la cause, au final, Claudia menace Bailey d’être banni de la famille s’il continue à boire, et refuse d’entrer dans un programme. Bailey refuse et quitte la pièce.

Bottle-episode intense, sans concession, digne des plus grandes pièces de théâtre, « Intervention » met en avant les deux grandes qualités de cette série trop peu connue à notre goût, son écriture et son interprétation.

 

90. Le film d’Abed qui fait pleurer son père

par John Plissken

La série : Community

L’année : 2009

L’épisode : 1×03 : Introduction to film

Abed et son père, dans une scène très touchante.

C’est le premier véritable épisode de Community à sortir du lot et à nous avoir fait comprendre que décidément, cette série avait quelque chose de spécial. Et aussi que décidément, Abed (et son interprète Danny Pudi) allait très vite rejoindre le panthéon des personnages les plus cultes de la télé. Nous sommes donc sur le campus universitaire cheap de Greendale. La jolie et passionnée Britta vient d’inscrire Abed à un cours de cinéma, au grand désespoir du père de ce dernier. Incarné par Iqbal Theba (second couteau familier au ciné et en télé ricains), le père n’est pas juste un tyran caricatural : il tempête uniquement par authentique soucis de protéger son fils dans un contexte américain toujours très marqué par le racisme anti-musulman depuis le 11 septembre. Pour le papa d’Abed, la seule voie d’un avenir stable pour son fils est de reprendre son commerce de bouche, pas de se perdre dans l’aventure hasardeuse du cinéma.

Britta, en bonne cheftaine militante, va passer l’épisode à s’enguirlander avec ce père trop dirigiste et inciter Abed à tourner son court métrage. Abed, lui, passera l’épisode à faire son petit film mais donne l’impression de toujours tourner n’importe quoi, n’importe comment, au gré de sa fantaisie lunaire insaisissable et exaspérante. Ce court métrage sera forcément une catastrophe tant les prises d’Abed semblent n’avoir ni queue ni tête…. Mais la projection du dit court métrage révèlera tout le contraire. Abed, incapable de s’exprimer vraiment par des mots et victime du syndrome d’Asperger, va en dire plus à son père dans ce court métrage qu’il n’a jamais dit de toute sa vie. Des blessures, la perte d’un être cher, de l’amour, une poésie touchante… et une fin de projection qui voit son père désarmé fondre en larmes (et nous un peu avec bien sûr). Dan Harmon nous a magnifiquement baladé pendant 20 minutes et réussi une superbe digression sur le pouvoir du montage au terme de cette très jolie scène. Chapeau l’artiste !

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