Alita Battle Angel : Méchants cyborgs et cœur avec les doigts

Alita Battle Angel : Méchants cyborgs et cœur avec les doigts

Note de l'auteur

Au 26siècle, une jolie cyborg explose des méchants et fait des bisous à un bogoss. Produit par James Cameron, du cyberpunk mièvre pour pré-ado.

James Cameron + un chef-d’œuvre du manga + un budget de 200 millions + une attente de 20 ans : c’est peu dire que Alita Battle Angel était l’objet de désir ultime, un film dont on a rêvé pendant des années. L’attente est désormais terminée, Alita va sortir dans des milliers de salles en Europe puis aux États-Unis pour tenter de braquer le box-office pendant une semaine ou deux. À l’arrivée, le résultat est, comment dire, inoffensif, sans saveur particulière, voire carrément insipide. Pourtant, Alita ne mérite même pas de se mettre en rogne, c’est simplement un filet d’eau tiède, un film d’as du marketing, de DJ digital qui remixe des blockbusters de SF comme MatrixRollerballHunger Games, Elysium, Transformers, Judge Dredd, Ghost in the Shell, Ready Player one… Ça se regarde sans déplaisir, mais le film est irrémédiablement quelconque et surtout – incroyable pour une production Cameron – ennuyeux. Oui, oui, un film de Cameron chiant ! La faute tout d’abord à un scénario basique et paresseux, coécrit par Cameron, le réalisateur Robert Rodriguez et Laeta Kalogridis, déjà coupable de niaiseries comme Altered Carbon ou Shutter Island. Jugez plutôt !

 Iron City, 2563. Dans une décharge d’un univers post-apocalyptique, le docteur Dyson Ido, sorte de Geppetto steampunk, fait son petit shopping matinal et tombe sur l’occaz du siècle : un bon tas de ferraille composé d’un corps de cyborg, issu d’une technologie ultra-avancée (extraterrestre ?) mais perdue depuis 300 ans, et le cerveau d’une ado un poil rebelle (pléonasme), bref « l’arme-la-plus-sophistiquée-de-tous-les temps ». Ido fait deux-trois soudures, bidouille les micro-processeurs et lui donne le prénom de sa fille décédée. En plus d’être un as des prothèses avec plein de petites lames et de tire-bouchons aiguisés, le gentil Ido aime bien le cosplay. La nuit, il revêt un bel imper noir, prend une pioche géante et se fritte avec des cyborgs-transformers top méchants. Mais il est incapable de protéger Alita de ses instincts de guerrière et d’une série de méchants bad ass, créatures mi-homme mi-métal qui n’ont qu’une idée en tête : transformer Alita en tas de ferraille, ou la vendre en pièces détachées.

Pendant deux longues heures, Alita explore deux arcs narratifs : la BAGARRE, avec une série de bastons entre Alita qui fait du kung-fu au ralenti contre des créatures improbables qui ânonnent des répliques définitives. Et une histoire d’amour entre la belle cyborg et un jeune tourtereau, portrait craché de Rodriguez jeune. Le film est clairement destiné à un public entre 12 et 12 ans 1/2 et on retrouve les considérations philosophiques de Twilight ou Hunger Games, à savoir quand Roméo va-t-il rouler une gamelle à cyborg-Juliette (« Ça te dérange que je ne sois pas tout à fait humaine ? »). C’est incroyablement puéril, niais, aussi palpitant que Les Marseillais à Iron City ou Les Princes de l’amour du 26siècle.

L’autre gros problème d’Alita, c’est Robert Rodriguez himself. Très peu souvent inspiré, il a bricolé des choses aussi improbables que Machette, Spy Kids, Les Aventures de Shark Boy et Lava Girl ou Desperado. Si Une nuit en enfer et Sin City (photocopie live la BD de Frank Miller) pouvaient faire un temps illusion, Rodriguez reste un gros bourrin, un roi du système D sympatoche, mais un metteur en scène approximatif de séries Z. J’ai l’impression que sa seule (bonne) idée réside ici dans le choix du décor. Alita ne se déroule pas comme dans la sempiternelle Mégalopolis nippone surpeuplée, mais dans un barrio, avec une architecture latino sympa et colorée. Pour le reste, Rodriguez est incapable d’insuffler un peu de vie à ses personnages, qui ne sont des clichés biomécaniques. Je ne parle même pas des personnages secondaires, complètement sacrifiés (la pauvre Jennifer Connelly n’a RIEN à jouer et se voit réduite à cachetonner en porte-jarretelles). Rodriguez ne parvient jamais à faire décoller la 3D et il n’y a pas un effet de jaillissement satisfaisant, pas une idée de mise en scène démultipliée par le relief. Et surtout, il ne peut emballer une scène d’action un peu excitante. On se doute que les scènes de bastons ont été ciselées par des infographistes aux quatre coins du monde et des réalisateurs de seconde équipe, mais comment est-il possible, avec des effets spéciaux signés Weta et Joe Letteri, le chef op’ Bill Pope (Matrix) et le monteur d’Avatar, de signer un spectacle un film de SF aussi peu excitant, aussi terne ?

Malgré le déferlement de pixels et de décibels, on regarde la bête d’un derrière endormi, somnolant comme devant un nanar made in Netflix. Mais en quittant la salle, un miracle se produit quasi instantanément : Alita sort aussitôt et à jamais de votre mémoire (vive), laissant un peu de place sur votre disque dur mental pour la prochaine bêtise made in Marvel.

La vie est bien foutue…

 

Alita Battle Angel 
Réalisé par Robert Rodriguez
Avec Rosa Salazar, Christoph Waltz.
En salles le 13 février 2019

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