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American Crime Story : The People vs. O.J. Simpson (FX), Le Procès du Siècle

American Crime Story : The People vs. O.J. Simpson (FX), Le Procès du Siècle

Note de l'auteur

Ryan Murphy ajoute une corde à ses histoires. Après l’horreur (American Horror Story), le producteur déviant s’attaque au genre judiciaire. Mais à la compilation façon catalogue du premier, il préfère la reconstitution, en adaptant le « procès du siècle ».

 

Un procès pour tout changer ?

Et si toute la première saison de American Crime Story : The People vs. O.J. Simpson se jouait dans ses premières images et un dialogue quasi final entre Johnnie Cochran (avocat star de la défense) et Christopher Darden (bureau du procureur) ?

© Michael Becker/FX Networks

© Michael Becker/FX Networks

La série s’ouvre sur les images des émeutes qui embrasèrent l’Amérique en 1992, en réponse à l’acquittement des policiers qui avaient tabassé Rodney King, citoyen afro-américain. Si l’on peut craindre l’utilisation de ces images d’archives, associées au producteur Ryan Murphy (peu connu pour sa subtilité), elles s’avèrent non seulement pertinentes pour poser un contexte explosif, mais aussi pour cristalliser les enjeux d’un procès qui aura dépassé le cadre judiciaire pour devenir un phénomène de société.
Lors d’un dernier échange, loin du tumulte de la victoire ou de la défaite, Johnnie Cochran affirme à Darden l’importance future de sa réussite sur les rapports de force entre la police et la population noire. Pour l’assistant du procureur, moins optimiste, c’est un jour comme un autre. Mis en perspective avec les sinistres événements de Ferguson, les mots de Darden deviennent malheureusement prophétiques.

Avec ces deux moments, nous comprenons que la série cherche moins à raconter la petite que la grande histoire. Comme dans toutes les fictions historiques intelligentes, quand le passé illustre le présent. C’est encore Johnny Cochran qui nous révélera les clés, quand il justifie sa défense auprès de ses collègues : ne pas chercher à contredire les arguments de la défense, mais raconter leur version de l’histoire, raconter une autre histoire. C’est déjà l’heure du storytelling ! Et le sujet (O.J. Simpson) de s’effacer pour mieux embrasser la vraie matière première de la série : l’Amérique.
C’est donc l’histoire des États-Unis qui s’écrit. Sa justice, son racisme latent et son instrumentalisation, ses médias, son star-system, une grand-messe sidérante dont la série se fait l’écho. Jamais à charge, jamais à thèse, mais éclairante sur une suite d’événements dont on ne mesurait peut-être pas l’incroyable enchaînement.

Un Loft  judiciaire aux coups dégueulasses
© Michael Becker/FX Networks

© Michael Becker/FX Networks

Innocent ou pas, la série ne s’embarrasse pas d’une problématique binaire pour mieux se concentrer sur l’aspect technique, humain, d’un système judiciaire broyé par sa médiatisation. La transparence (inconnue de notre côté de l’Atlantique) soumet le procès à une effusion collective dans laquelle s’inscrivent tous les codes de la télé-réalité. Une messe cathodique, faisant de la salle d’audience un Loft judiciaire. S’y joue un théâtre sanglant, dégueulasse (l’acharnement dont a pu souffrir Marcia Clark) pulsant un paysage populaire haleté par un suspens éprouvant.

D’accusé à victime. En déplaçant les enjeux du procès, les avocats de la défense auront réussi à sortir l’affaire de son circuit judiciaire pour emprunter les routes accidentées du fait de société. Tout le monde aura son avis sur la culpabilité ou l’innocence d’O.J. : la cartographie d’une société gangrenée par le racisme jusque dans ses institutions. C’est (aussi) le procès de la police californienne qui se jouera, mettant en lumière ses plus abjects sujets.

Négation du spoiler
© Michael Becker/FX Networks

© Michael Becker/FX Networks

Du regard dans le rétroviseur à l’effet loupe de notre présent, American Crime Story : The People vs. O.J. Simpson est également un pur objet sériel de son temps. Tout comme sa grande sœur American Horror Story (également produite par Ryan Murphy pour FX) et d’autres séries ayant fait l’événement depuis deux ans (True Detective, Fargo, American Crime et bientôt Law & Order : True Crime), elle adopte le format de l’anthologie. Au traitement long et endurant, elle préfère la fulgurance et la narration resserrée sur l’essentiel. Devant une rétention de plus en plus difficile, ces saisons unitaires favorisent le papillonnement d’un public poussé à l’impatience par une proposition abondante.

La série semble répondre également à une problématique très actuelle : la peur du spoiler. Ce danger sournois qui pousse à tout consommer plus vite au risque d’être pris en otage (le lundi matin, par exemple, au lendemain de la diffusion de Game of Thrones ou The Walking Dead). L’anthologie judiciaire est un remède qui tient en haleine un spectateur avec une histoire dont il connaît l’issue, et qui propose un angle rafraîchissant puisque la force du récit ne tient pas sur la surprise, mais dans la façon dont il s’articule. Elle pratique une forme de négation du spoiler puisqu’elle ne s’intéresse pas à l’anticipation du public. En bons chefs d’orchestre, les auteurs dirigent le regard de leur audience afin de la mettre dans les meilleures dispositions pour appréhender des informations dont l’ordonnancement permet la réflexion.

 

La première saison d’American Crime Story inaugure peut-être une série de gestes importants qui illustrent l’histoire américaine. Par le biais d’un « procès du siècle », elle ausculte la société, ses injustices et son évolution, elle se tient en sentinelle, neutre dans sa façon d’observer, tout en nous donnant clés et pistes de réflexion. Ce que l’on attend d’une œuvre quand elle compose avec l’Histoire.

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