American Horror Story – Asylum : Dom Montay Vs John Plissken

American Horror Story – Asylum : Dom Montay Vs John Plissken

American Horror Story fait décidément couler beaucoup de sang à l’écran mais aussi pas mal d’encre sur le web entre ses détracteurs et défenseurs. Débutée le 17 octobre sur FX, dans la foulée d’une campagne promo hallucinante, la seconde saison, baptisée Asylum, ne risque pas de susciter la réconciliation des belligérants ! Cette fois, Ryan Murphy et son complice Brad Falchuk ont abandonné la chronique familiale fantastico-tordue pour foncer plein pot dans une formule horrifico-déjantée ne laissant aucune place à la demi-mesure. Bataille d’avis entre les deux tauliers du Daily Mars. AIE !!!

On rappelle les prémices de l’intrigue : dans notre présent, deux jeunes amants visitent les ruines d’un vieil asile psychiatrique désaffecté, l’institut Briarcliff. Ils se font brutalement agresser par une créature mystérieuse, dernier vestige de sombres événements qui se déroulèrent dans les lieux 40 ans plus tôt. Un flashback remontant à 1964 nous fait découvrir les pensionnaires du sinistre endroit, jadis géré par l’Eglise catholique : la directrice sadique Soeur Jude (Jessica Lange) hantée par un passé trouble, son supérieur Monseigneur Howard (Joseph Fiennes), le professeur tortionnaire Arthur Arden (James Cromwell), la soeur Mary Eunice (Lily Rabe) et toute une clique de malades plus ou moins dangereux. Débarque alors un patient très spécial : Kit Walker (Evan Peters), accusé du massacre de plusieurs femmes (dont la sienne) mais qui clame son innocence et affirme que des aliens ont enlevé son épouse… Voilà ! Une fois de plus, les Murphalchuk font dans la sobriété et tandis que Dominique (qui n’a sans doute pas apprécié l’usage répété de la chanson Dominique de Soeur Sourire dans cette saison) rejette en bloc Asylum, Plissken lui trouve quelque indéniable charme dans le nawak assumé. Choisis ton camp, camarade !

 

L’innocente Soeur Mary Eunice (Lily Rabe, ex-fantôme en saison 1) va-t-elle bientôt succomber à la beauté du diable ?

Dominique Montay : Merci beaucoup, Philippe. Non, sérieusement, merci. A la fin de la saison 1 d’American Horror Story je me disais que j’en avais fini avec les histoires alambiquées, fourres-tout d’inspirations diverses mélangées dans un mixeur, dont Ryan Murphy et Brad Falchuk ont le secret. Et non, il a fallu qu’on parle ensemble du début de la saison 2. Alors, la bonne nouvelle pour les gens qui ont aimé la saison 1, c’est que la saison 2 est du même acabit. Ce qui devient une mauvaise nouvelle pour les gens comme moi. En trois épisodes, je ne peux vaguement retenir que le sensoriel, et encore: ça empile les images choquantes, ça accumule, certes, mais c’est encore une fois un catalogue. Sauf que cette fois-ci, au lieu de se borner au catalogue des films d’horreurs, ils empruntent dans d’autres. Non mais sérieusement : des extraterrestres ? Rien qu’en mentionnant cette piste narrative, je sais comment ça va se finir : un gros bordel pendant 12 épisodes, avec un bon Deus es Machina via les petits hommes gris pour nouer tous les fils à la fin. Tu y crois, toi, à cette saison 2 ?

Jessica Lange (Soeur Jude) : de second couteau dans la première saison, la voilà promue star de la série. Béni soit Murphy !

John Plissken : Je ne sais pas si j’y crois mais pour l’instant elle me fait rire. Ce que je crois surtout, c’est que tu as la dent dure. Tu es un fieffé rancunier envers Ryan Murphy et ta fourbe hargne (bizarre à prononcer tout haut, essayez pour voir… NDDM) obscurcit ton jugement ! Car justement, ce qui me saute aux yeux et me plait plutôt à la vision des trois premiers épisodes d’American Horror Story – Asylum c’est l’aspect bel et bien totalement décomplexé de la direction prise par les Murphalchuk sur ce coup-là ! Et à ce titre je trouve cette nouvelle cuvée très différente de la précédente. Alors que la saison 1 semblait avoir le cul entre deux chaises – chronique d’une famille en crise d’un côté, bazar fantastico-érotique de l’autre – cette saison 2 part en mode « full throttle » dans les codes de l’épouvante et bizarrement le gère plutôt bien. Fini l’alibi scénaristique auteurisant, on part plein pot dans une série de genre à bord d’un train fantôme représenté par l’institut Briarcliff, terrain de jeu idéal pour que Murphy lâche ses monstres. A côté de ce début de 2e saison complètement dingue, la 1ère, c’est de l’épure à la Manoel de Oliveira ! Pour le moment, ça ne déraille pas trop et surtout, je ne sais absolument pas quels aiguillages va prendre l’intrigue et ça me distrait. Je me garderai bien de crier au génie, mais cette accumulation généreuse, par ailleurs bien servie par un excellent cast, est plutôt plaisante à consommer. Arrête de bouder ton plaisir, Dom !

D.M : Bouder mon plaisir ? Et moi qui croyais qu’on était devenus proches, qu’on se connaissait bien, maintenant ! Voilà un plaisir qu’il m’est impossible de bouder, car je n’en prend quasiment pas ! Murphy a en effet, contrairement à la saison précédente, décidé de ne pas s’embarrasser d’un scénario trop prenant, trop handicapant. En quoi est-ce une qualité ? On n’est pas obligé de considérer que toute ambition scénaristique a un but auteurisant. On parle d’une oeuvre télévisuelle, où le scénario est au coeur de tout. On a assez souvent tapé sur Lost et son aspect « cool mais pas cohérent » pour ne pas adhérer ce coup-ci, non ? Deux poids deux mesures suivant si c’est Lindelof ou Murphy ? Moi ça ne passe pas. Je ne peux même pas mettre ça au niveau « guilty pleasure » vu que je ne prend aucun plaisir. En plus, cette saison, j’ai aussi l’impression que c’est free-style total en direction de comédiens. « Fais ce que tu veux, fort, et rajoutes-en des caisses ». Autant j’avais trouvé Lange juste la saison dernière, autant là, ses scènes confinent au grotesque (sérieux, la scène « Drakkar Noir » où elle se parfume en nuisette rouge filmée comme une mauvaise pub pour parfum… digne d’un bêtisier). Et puis, j’ai peut-être la dent dure, mais c’est Murphy qui m’attaque personnellement cette saison. Si tu vois ce que je veux dire…

La journaliste Lana Winters (Sarah Paulson) va fouiner d’un peu trop près dans les arcanes d’Asylum. Too bad !

J.P  : Attention Montay, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, mon vieux ! On est bien d’accord : Murphy n’est pas prêt de remporter un Emmy ou un Golden Globe pour ses scripts. Mais d’une part je trouve que la comparaison avec Lost n’est pas très juste : Lost s’est progressivement fourvoyée dans une mythologie trans-saisons accumulant les promesses d’une année à l’autre pour se conclure sur un putain de massif foutage de gueule. Et là en effet, y avait de quoi etre en pétard parce que le traitement se voulait « réaliste » et rationnel. AHS, rien à voir : c’est une anthologie saison par saison et, dans le cas de cette deuxième récolte, le contexte onirique/fantastique plus poussé « habille » mieux les ellipses et surtout, en ce qui me concerne, désamorce ma tendance naturelle à repérer systématiquement les incohérences. Surtout, Murphy arrive bien à planter une pure ambiance à la EC Comics/petit théâtre de l’horreur, avec des personnages très caractérisés (Lange, Cromwell, Sevigny dans un enieme rôle de chaudasse mais fun…)et pour l’instant, dans tout ce délire, je ressens paradoxalement moins d’invraisemblances/incohérences qu’en saison 1. Je trouve par ailleurs assez jubilatoire de voir Murphy et Falchuk recycler des comédiens de la saison précédente dans de nouveaux rôles, ça fonctionne. Et puis j’ai bien aimé la référence musicale à Carrie dans le season premiere. Encore une fois, je ne suis pas un défenseur inconditionnel d’AHS Asylum, mais j’ai regardé ses 3 premiers épisodes à la suite sans m’emmerder, c’est bon signe. Rabat joie, Montay !

Accusé d’être un serial killer, Kit Walker (Evan Peters) se dit innocent. En attendant d’être jugé, il expérimente le traitement maison des patients à l’Institut Briarcliff… Au fait, ça ne nous rappelle pas Orange Mécanique, ce plan-là dites donc ?

D.M  : Oui, je le revendique sur ce coup-là ! Plus sérieusement, je n’y trouve pas ce que vous y trouvez, mon vieux. Du tout. Je m’y ennuie ferme, dans cet asile. Je trouve que les personnages ne sont pas seulement caractérisés, mais caricaturaux. Si je veux du solidement caractérisé, de l’aspect BD en live, sur la même chaîne je vais voir Justified et j’y trouve à la fois le plaisir primaire d’être dans un terrain connu, balisé, mais j’arrive à être enchanté par la finesse de la mécanique. Là tout est grossier, appuyé, souligné. Aucune place pour la nuance. Zéro finesse. Murphy et Falchuck font une série-porno sans être sur le bon canal de diffusion. La réutilisation de comédiens ne me gène pas. Et au moins il nous a épargné de remettre Dylan McDermott, même si en contre-offre il nous colle celui de la famille Fiennes qui ne sais pas jouer. La seule chose que je retire de ce visionnage et de ce débat – car non, vous ne m’avez pas convaincu, Plissken! (cette dernière phrase est à lire comme si Jessica Lange la jouait, c’est à dire en serrant les dents mais en essayant de crier quand même) – c’est que American Horror Story, ça n’est tout simplement pas pour moi. Donc je souhaite bonne route à la série, plein de plaisir à ses fans. Par contre si, un jour, FX doit faire le choix entre AHS et disons… Justified, dans ses renouvellements, vous savez dans quel camp je serais. Et je serais armé jusqu’aux dents.

J.P : Pas de finesse, nous sommes d’accord, du « fantasy porn », je veux bien…. Mais le fait précisément de me dire que tout peut se passer à l’écran, et que précisément à peu près tout se passe (en effet le coup de l’intrigue alien, fallait oser), non sans humour.. et bien j’apprécie la générosité de la démarche grand guignol plus festive qu’en saison 1. Je suis conscient des limites de l’exercice, car c’est un exercice et rien d’autre, mais ça me fait rigoler et c’est extrêmement distrayant. Est ce que le délire tiendra la distance sur 13 épisodes ? J’en suis moins sûr mais définitivement AHS Asylum a sa griffe bien à elle. C’est une série outrancière et païenne qui expérimente, mélange le gore au burlesque, montre sa culotte et ricane sous cape… Je n’arrive pas à ne pas trouver tout cela sympathique ! Hé dis Dom, dis Dom, si on arrêtait de se pouiller et qu’on demandait au fidèle lecteur de nous donner son avis ?

D.M : Du moment qu’on est tous d’accord pour dire que c’est pas bon, pas de problème !

J.P : Vade Retro, escroc  !

 

American Horror Story saison 2 (Asylum) : créée et showrunnée par Ryan Murphy & Brad Falchuk. Diffusion USA : en cours chaque mercredi sur FX (13x45mn). France : prochainement sur Ciné + Frisson ?

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