#Analyse 24 Legacy : Quel Héritage ? (/1×06)

#Analyse 24 Legacy : Quel Héritage ? (/1×06)

Une nouvelle folle journée a débuté sur FOX. Exit Jack Bauer, trop vieux pour ces conneries et passé à la présidence sur ABC (Designated Survivor), place à la relève Eric Carter. Le corps de 24 est à peine froid que s’élève déjà l’héritage, mais quel héritage ?

Au début de 24 : Live Another Day (saison 9), chant du cygne de Jack Bauer, ce dernier est à mi-chemin entre le mythe et la légende urbaine. Un nom que l’on murmure pour faire trembler le plus impitoyable des terroristes et capable de provoquer des sueurs froides à n’importe quelle agence nationale. À la télévision aussi Jack est un symbole : apatride et pourtant sauveur de la nation (américaine), juge et bourreau quand il s’agit de combattre le terrorisme, s’il n’a jamais légitimé la torture, il n’a cessé de poser des réflexions sur la fin et les moyens (d’où son procès en saison 08). Jack a marqué son époque, est devenu une référence, est entré au panthéon des personnages de fiction (tout le monde connaît Jack Bauer).

Quand on annonce un reboot (terme à la mode) ou du moins une continuité de l’univers, on vacille, mitigé devant l’idée d’un héritage, mais purgé (?) de ses figures récurrentes. De Homeland à Designated Survivor, la descendance de 24 s’est diluée avec le temps. Contagion lente des séries devenues références dans l’inconscient collectif, la pertinence d’un retour se pose s’il n’est nourri par une réelle réflexion.

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© Guy D’Alema/FOX

Mauvais timing

Si dans 24, les auteurs avaient anticipé l’élection de Barack Obama, ceux de Legacy n’ont pas vu venir l’actualité et l’élection de Donald Trump. Pire, la diffusion de la série est entrée en collision avec le Muslim Ban, l’odieux décret refusant l’entrée sur le territoire américain à tous les réfugiés et ressortissants de sept pays musulmans. La série avance sur un terrain miné en montrant, sans autre introduction, des terroristes assassiner une famille américaine. Il ne s’agit pas d’accuser 24 Legacy de quelques manœuvres dégueulasses, les auteurs ont écrit les scénarii avant l’impensable action de Donald Trump. Et il ne faudrait pas insulter l’intelligence du spectateur capable de démêler la fiction de la réalité. Mais ce mauvais timing donne un goût amer au spectacle proposé, une désagréable impression de mimétisme.

La folle journée de Jack Bauer nous a maintes fois prouvé que les apparences étaient trompeuses. Et l’ennemi de l’Amérique était souvent l’Amérique elle-même. Si la raison voulait nous dire qu’il faut savoir être patient avant de tirer des conclusions, la situation actuelle est bien trop explosive sur ce délicat sujet pour manœuvrer avec la grâce d’un monster truck lancé dans une casse automobile.

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© Guy D’Alema/FOX

La solitude du sprinter de fond

24 Legacy est symptomatique de son époque. Elle veut démarrer pied au plancher, agripper le spectateur dès les premières secondes, entre passages en force et intimidation, mais se crashe en une poignée d’épisodes. Se détachent des sentiments contraires, une forme de résilience face à une énergie vide de sens et de la soumission devant un spectacle désincarné. Pour comprendre l’échec d’une démarche qui ne manque pas totalement de sens, il faut reprendre le cours de l’existence de la série mère et le chemin d’un Jack Bauer à la radicalisation progressive. Au-delà des aspects géopolitiques protéiformes de 24, il y avait l’histoire d’une déshumanisation, résultat d’une malédiction chronique qui renvoyait le personnage au mythe prométhéen. Paroxysme atteint en saison 08 avec la mort de Renée et sa transformation en machine à tuer vengeresse.

Dans 24 Legacy, le fils théorique de Jack Bauer, un ancien soldat des forces spéciales se retrouve dès les premières minutes pris dans une chasse à l’homme où il est tour à tour la proie et le chasseur. On apprendra, deux épisodes plus loin, qu’il souffre d’un PTSD (post-traumatic stress disorder), trouvant dans le conflit belliciste matière à s’exprimer. Eric Carter (Corey Hawkins) promène sa silhouette fantomatique, alignant les épreuves comme dans un mauvais jeu vidéo. Une définition par l’action qui dévitalise ce personnage cabossé pour façonner un monolithe caricatural, sorte d’Action-Man nerveux.

Le concept de 24 voyait dans le temps réel, l’inexorable et lente progression du temps sous la menace terroriste. L’accélération du récit n’intervenait que dans l’imminence de sa conclusion. La gestion du temps s’opérait comme une partie de Tétris, selon l’habileté des scénaristes à emboîter des pièces distinctes, chutant à vitesse plus ou moins régulière. Legacy, tout comme les saisons 6, 7 et 8 de 24 ont augmenté le mouvement rendant difficile sinon impossible la création d’une construction viable.

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© Ray Mickshaw/FOX

Potato-potato

Derrière l’idée de figurer un temps d’action réel, 24 posait des idées intéressantes : comment montrer la simultanéité à l’écran ? Jouer avec la géographie des lieux, éprouver les distances. Avec le temps, la série a moins cherché à reproduire son principe fondamental (on peut même dire qu’elle l’a corrompu) que des marqueurs qui ont fini par rendre mécanique l’exercice. Et Legacy poursuit ce geste suicidaire qui consiste à réintroduire sans autre forme de réflexion tous ces éléments qui ont pourri 24 de l’intérieur. C’est une héritière en fin de vie que FOX nous présente, déjà vieille et sclérosée par de vieux réflexes arthrosés.

Bien sûr, on peut comprendre que réduite à 12 épisodes, la série cherche une forme d’efficacité brute : aucune perte de temps et reprise de motifs familiers. C’est à la fois rassurant et confortable. Seulement l’idée d’héritage dont s’est drapée 24 Legacy explose devant la facilité de la démarche. Plus qu’une série de l’après, c’est une série travestie. Mais nous ne sommes pas dupes, cette reproduction mensongère est l’aveu d’un sentiment de culpabilité devant l’inutilité même de son existence.

24 LEGACY (FOX)
Créé par Manny Coto et Evan Katz
Avec Corey Hawkins, Miranda Otto, Anna Diop, Jimmy Smits, Kathryn Prescott,…

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