#Analyse American Gods : vision, adaptation, carnation

#Analyse American Gods : vision, adaptation, carnation

Note de l'auteur

L’attente est presque terminée. Bientôt, le monde aura vent de la bataille qui se prépare. Ceux qui avaient jusqu’à présent lu le livre de Neil Gaiman étaient au courant depuis 2001. Les autres vont peut-être le découvrir avec la nouvelle série de Bryan Fuller, American Gods, ce soir à Séries Mania. Sinon, il faudra attendre le 1er mai, sur Amazon en France.

Shadow PRAmerican Gods fait partie de ces œuvres qu’on a cru inadaptables. Véritable odyssée intérieure d’un homme obligé de s’engager sur la route, à la découverte d’une Amérique qu’il ne connaissait pas, pris dans une guerre qui le dépasse largement. C’est l’incarnation de tous les fantasmes de Neil Gaiman, de ce monde ailleurs, si proche, et si loin de nous. Ce monde au-delà du monde que nous avons croisé déjà dans Neverwhere, ou dans L’Océan au bout du chemin. C’est ce monde auquel s’est attaqué Bryan Fuller.

Bryan Fuller, nous l’avions quitté après une autre adaptation, celle des romans de Thomas Harris, Hannibal and co. Non, non, promis, je ne reviendrai pas sur cette œuvre majeure. La comparaison s’arrête là, dans ce statut d’adaptation. Mais, là où Hannibal était une vision personnelle, American Gods devient une vision partagée. Celle de Fuller, mais aussi d’un Neil Gaiman qui a été bien plus présent lors du tournage (à quel point ?). Là où Hannibal s’éloignait du roman pour raconter l’histoire d’avant la chute, celle d’un psychiatre cannibale encore en liberté, American Gods suit en partie la trame d’une histoire racontée par la voix de quelqu’un d’autre.

Mr Wednesday PRDes couleurs inhumaines. Des dieux qui se promènent sous la forme d’hommes. Du sang et de l’eau qui se mélangent dans des geysers presque cartoonesques. La peau sous tous ses aspects, ses couleurs, ensanglantée, vivante ou morte. Deux obsessions qui se mélangent, et un casting de haut vol pour servir de canevas. Le choix a été fait d’un épisode par semaine, sur Starz aux États-Unis. Une décision importante dans un monde où tout le monde peut bingewatcher des saisons entières. Un pari aussi, sur le retour des spectateurs d’une semaine sur l’autre. Alors certes, le premier épisode est un feu d’artifice, de couleurs, mais aussi de rapidité, peut-être un peu trop. Il est inégal, en comparaison des trois épisodes suivants, que nous avons pu voir. Il faut vite poser le cadre, avant de se lancer sur la route en compagnie de Shadow Moon (Ricky Whittle), un voleur tout juste sorti de prison, et de Voyageur (Ian McShane), un être étrange qui a besoin d’un conducteur et garde du corps pour traverser les États-Unis. Son but ? Inconnu. Mais de nombreuses rencontres sont au programme. De multiples colères vont se réveiller. Des femmes et des peuples qui ne veulent aucun compromis.

Shadow Moon, un drôle d’être presque silencieux. Voyageur/Mr Wednesday cabotine, charme, presque débonnaire et qui lui donne un air pas si dangereux que ça. Mais bien entendu, le jeu ne fait que commencer… La femme de Shadow le surnommait « Puppy », le chiot. Et c’est vrai qu’il y a de ça, dans le regard de l’acteur, presque doux, qui suit un nouveau « maître » à peine sorti de prison. Mais il possède aussi des lignes qui semblent autant de duretés, une palette d’émotion mise en valeur par une lumière particulière, très travaillée dans American Gods. Des effets spéciaux redessinent espace et décor, et veillent autant à surprendre Shadow que le spectateur. C’est ce personnage, et surtout cet acteur, Ricky Whittle, (en interview demain sur le Daily Mars), la vraie révélation de cette série. Un corps, une diction, un jeu, qui portent sur ses épaules le poids des attentes. Celles d’un roman, qui a obtenu en son temps les prix Hugo et Nébula. Celles du nouveau projet de Fuller, qui s’est moins investi que prévu à la direction de Star Trek Discovery, pour poursuivre American Gods.

AmericanGods

Quand Pushing Daisies (ABC) possédait un certain charme kitsch, et Hannibal (NBC) était une œuvre queer, ici, nous sommes plus dans une vision camp. C’est presque trop. Des combats avec du sang version grand-guignolesque, des corps nus, des sexes en érection (fait suffisamment rare pour en parler), un langage cru. Bryan Fuller se permet bien plus sur Starz que ce qu’il osait jusqu’à présent sur un Network américain. Une certaine tristesse pourtant se dégage de l’ensemble, difficilement sensible au départ. Les rencontres ne sont pas celles que l’on fait autour d’un joli café. Ici, c’est la crasse et la gloire perdue. Ce sont les rêves d’une Amérique d’avant. Alors que Shadow et Voyageur se déplacent à travers le pays, c’est l’histoire d’un pays et de ses migrants qu’ils retracent. La version qui mord la poussière, mais en jouant sur une palette de couleurs brillantes, celles des peaux, de la sueur, de la pluie, du sexe. Du ciel, qui nous observe plein de mystères. C’est presque trop d’effets spéciaux, une balade onirique à laquelle il faut adhérer.

636244380941262929-ian-mcshane-mr-wednesday-ricky-whittle-shadow-moon-american-godsPourtant, ce n’est pas un spectacle psychologique. C’est un road-trip, avec de la belle musique, des effets spéciaux qui rendent les nuits plus belles, de vieilles femmes au charme intemporel. C’est aussi un royaume de caméos, d’anciens acteurs qui sont déjà apparus dans des séries du showrunner, des petits nouveaux, et des clins d’œil aux amateurs de mythologies et d’histoires au coin du feu. Huit épisodes d’une heure attendent ceux qui veulent monter à bord de la voiture. Mais attention, pas d’autoroute ! Juste autant de paysages, qui sont des fenêtres sur les histoires et les mondes des dieux anciens. C’est presque trop court, et seule une partie du livre est traitée, avec l’introduction de nouveaux arcs narratifs originaux, tout de même.

Difficile de savoir où commence Fuller et où se termine Gaiman. Si deux obsessions se reflètent, il faut faire attention à ce qu’elles ne s’annihilent pas.

American Gods
Showrunners : Bryan Fuller et Michael Green
Produit par : FremantleMedia North America
Diffusion : Starz aux États-Unis, Amazon en France
Acteurs : Ricky Whittle (Shadow Moon), Ian McShane (Mr. Wednesday), Emily Browning (Laura Moon), Pablo Schreiber (Mad Sweeney), Yetide Badaki (Bilquis), Bruce Langley (Technical Boy), Crispin Glover (Mr. World), Gillian Anderson (Media), Peter Stormare (Czernobog), Cloris Leachman (Zorya Vechernyaya), Omid Abtahi (Salim), Orlando Jones (Mr. Nancy) and Demore Barnes (Mr. Ibis)

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