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#Analyse : Les jeux de plateau et le monde digital (partie 1)

#Analyse : Les jeux de plateau et le monde digital (partie 1)

C’est les vacances (enfin bon, c’était…), c’est l’occasion pour nous, alors que l’actualité nous bouscule un peu moins, de prendre un peu de recul pour discuter de certains sujets. Florian s’est ainsi livré à un exercice tout à la gloire du jeu vidéo japonais. Je vais pour ma part en profiter pour discuter des relations entre les jeux de société et le monde digital.

Depuis quelques années, le jeu de société a le vent en poupe. Jeux de plateaux, jeux de cartes, jeux apéro commencent à ne plus être cantonnés au cercle plutôt restreint des boutiques spécialisées et viennent petit à petit se faire une place dans les rayons des boutiques généralistes comme la FNAC (qui a maintenant un choix de jeux de société plutôt bien élaboré), ou même dans nos grandes surfaces où il est enfin possible d’acquérir d’autres jeux que le Monopoly et le Scrabble (non je n’aime toujours pas le Monopoly, comme je l’expliquais ici).

On est encore loin de pouvoir parler d’une envolée du marché, mais la démocratisation progresse ! Et cela crée un dynamisme qui explique en partie le nombre toujours croissant de jeux qui sortent chaque année. Un nombre aujourd’hui tellement important qu’il devient difficile pour les joueurs de savoir quel jeu acheter, et qui augmente aussi les risques de rentabilité pour les éditeurs.

Du coup, ces derniers sont souvent timides sur la quantité de jeux produits, et c’est la raison pour laquelle un jeu qui fait un carton se retrouve souvent très rapidement en rupture pour de longs mois ! En effet, il faut du temps pour relancer la fabrication – le plus souvent en Chine – puis pour que notre jeu tant désiré fasse le long voyage jusqu’aux rayonnages de notre boutique préférée. Essayez de trouver un exemplaire de Scythe en ce moment, vous comprendrez tout le sens de mon propos !

De façon surprenante, le digital a peu à peu commencé à s’intéresser aux jeux de société pour aujourd’hui proposer des possibilités complémentaires à notre loisir vraiment intéressantes, tant pour les joueurs que pour les professionnels. Et c’est ce dont je veux parler aujourd’hui. Attention, mon propos n’est absolument pas de vous inviter à migrer du jeu sur table vers le format numérique, bien au contraire ! Je suis un fervent amateur de jeux vidéo, mais je ne compte pas du tout renoncer au plaisir de se retrouver entre amis autour d’un bon jeu. Toutefois, il faut savoir reconnaître qu’il y a du très bon à prendre dans l’offre digitale.

Essayer un jeu sur son ordinateur

Pour moi, au-delà du fait évident de jouer à tout moment avec des gens sur le net, la première possibilité intéressante offerte par le format digital est de tester un jeu, chez soi sur son ordi, avant de décider si celui-ci nous plaît suffisamment pour en faire l’acquisition ! Après tout, nous n’avons pas tous une boutique proche faisant des démonstrations, ou le temps d’aller faire les divers festivals et conventions de jeux pour tester les dernières nouveautés. Et bien, cela tombe bien, car de nombreuses plateformes offrent la possibilité de jouer gratuitement (ou contre un abonnement souvent modeste) à des jeux de société variés et même souvent récents.

J’ai personnellement commencé à jouer à des jeux de plateau sur mon ordinateur grâce à Vassal, un moteur qui permettait de reprogrammer votre jeu préféré grâce à une interface open source, puis de le mettre à disposition de la communauté qui s’est constituée autour de cet outil. Si des passionnés continuent d’animer cette communauté en proposant des jeux et s’affrontent toujours sur Vassal, il faut avouer que le moteur accuse son âge face à une offre désormais plus moderne et surtout beaucoup plus ergonomique. Vassal n’a jamais été facile à prendre en main, mais il a l’immense mérite d’avoir ouvert la voie, et aujourd’hui encore, certains jeux ne sont disponibles que sur ce moteur.

Puis, comme beaucoup, j’ai découvert et suis tombé amoureux de BoardGameArena. Si mon article vous permet simplement de découvrir ce site, il n’aura pas été inutile ! Fondé par deux français, le site regroupe aujourd’hui une communauté de joueurs très active et propose pas moins de 122 jeux, tous en français ! Une offre qui ne cesse de grandir, puisque le site essaye de mettre un nouveau jeu en place par mois !  BoardGameArena a su s’entendre avec les éditeurs, en respectant toujours les droits de leurs jeux, et c’est même devenu un outil utile pour eux, puisqu’on y trouve régulièrement des jeux démarrant une campagne de financement participatif.

L’offre du site est essentiellement gratuite. En fait, le financement a longtemps était uniquement assuré par un système de donations, mais avec 500 000 parties et par mois, et pour proposer des jeux dont il faut payer les licences, le site a aujourd’hui mis en place un système d’abonnement qui donne quelques avantages sur le site et est nécessaire pour accéder à certains jeux ou extensions (c’est-à-dire 7 sur les 122 proposés). Et puis, avec un prix annuel de 24 € par an, on peut difficilement crier au vol !

L’idée de proposer une table virtuelle sur laquelle il est possible de reprendre n’importe quel jeu de plateau, et de la mettre au service des joueurs et des éditeurs a d’ailleurs été à l’origine d’autres initiatives dont le récent Tabletopia, qui malheureusement ne possède pas de localisation française. Tabletopia reprend une grosse partie des bonnes idées que BoardgameArena a développées de façon communautaire et pour ainsi dire presque artisanale, pour les reprendre sous la forme d’un sandbox, c’est à dire d’un outil sur lequel chacun peut aisément recréer le jeu de son choix.

Tabletopia est un outil efficace et fonctionnel, qui permet vraiment aisément de reprodiuire avec une 3D magnifique presque n’importe quel jeu. Par contre, les jeux développés ne bénéficient pas d’un contrôle de l’éditeur (cela dit, la communauté intervient s’il y a des corrections à faire) et il est aussi beaucoup plus commercial. Qu’il s’agisse de proposer aux éditeurs de pouvoir faire tester leur jeu ou aux utilisateurs d’accéder à une offre qui comprend des jeux récents ou en cours de campagne Kickstarter, Tabletopia fait payer ses services, et seule une petite partie du catalogue est en accès gratuit. L’abonnement premium coûte selon votre usage entre 5 et 10 $ par mois. Mais pour les passionnés anglophiles, ça vaut d’y jeter un œil !

Jouer en solo à nos jeux préférés

Parallèlement, les éditeurs ont réalisé qu’au-delà la possibilité qu’offrait Internet de pouvoir jouer à nos jeux préférés entre amis ou avec des inconnus, le format digital permettait de proposer un mode de jeu solo contre l’ordinateur qui contrôle alors un ou plusieurs adversaires.

On a donc vu arriver les adaptations numériques de leurs plus grands succès. On trouve ainsi sur des sites dédiés ou sur Steam des jeux comme Smallworld, Twillight Struggle, Ticket to Ride (plus connu chez nous sous le nom Les Aventuriers du Rail), Splendor, Carcassonne, Dixit, Galaxy Trucker, Pandemie, Puerto Rico, Scotland Yard (ah, nostalgie !) et beaucoup d’autres…

 

Certains ont même poussé le vice jusqu’à faire une adaptation ludique qui transforme un simple jeu de plateau en un vrai jeu vidéo, comme c’est le cas de l’exceptionnel BloodBowl, édité par Focus Interactive et sur lequel Cyanide a fait un travail époustouflant ! C’est bien simple, on voit à peine transparaître les mécanismes si lourds du jeu d’origine tant le jeu est fluide et bien conçu !

BloodBowl, un jeu vidéo qui fait oublier le jeu de plateau !

 

Certains éditeurs ont aussi compris que le passage au digital pouvait être un moyen d’offrir encore plus en termes d’expérience ludique que la possibilité de jouer en solo ou contre des adversaires réels. Et certains jeux proposent ainsi des campagnes avec une histoire se déroulant dans le contexte du jeu, des challenges, des variantes de jeux, etc. Certains éditeurs réussissent vraiment à nous offrir une version digitale de leurs jeux pleine d’idées et de propositions nouvelles ! Et je ferai un focus sur quelques-uns dans la suite de cet article.

Si personnellement, je n’ai pas été séduit au départ par l’idée de jouer en solo à un jeu de plateau sur mon ordinateur, trouvant que l’outil ne se prêtait pas vraiment bien à l’expérience, j’avoue que j’ai totalement changé d’avis lorsque l’offre est arrivée sur les tablettes. Jouer à un jeu de plateau sur tablette fait en effet de suite immédiatement sens, tant l’ergonomie de l’objet se prête bien à l’expérience. Et les possibilités qu’il offre sont extraordinaires. D’ailleurs, l’outil commence peu à peu à devenir partie intégrante de l’expérience ludique dans certains jeux de plateau !

 

En effet, le futur du jeu de plateau est certainement à la convergence du physique et du digital. En fait, les jeux de vos enfants ont déjà commencé à exploiter ce qu’on appelle le Toys to life, c’est à dire la fusion du physique et du digital pour offrir de nouvelles expériences de jeu. Je parle ici bien sûr des Skylanders, Amiibo, Lego Dimensions et autres Disney Infinity (dont on a parlé ici).

 

Mais le Toys to life ne se limite à cela ! Parallèlement, des jeux de plateau commencent à utiliser nos smartphones et tablettes pour mieux simuler les décisions d’un adversaire (comme dans X-COM le jeu de plateau) ou les possibilités de mélange de potion (pour Alchimistes). Mais ce n’est qu’une esquisse des possibilités. Les jeux du futur jailliront sans doute de studios comme les Éditions Volumiques, Tourmaline ou ePawn, qui se passionnent pour ces sujets (un thème que j’avais abordé ici).

Quoi qu’il en soit, jeux de plateau et outil digital deviennent chaque jour de plus en plus complémentaires et nous offrent désormais une expérience ludique qui ne se limite plus à aller récupérer les erratas du dernier jeu de plateau de chez Edge Entertainment sur Internet (je sais elle est facile…), mais bien à nous offrir de nouvelles façons de jouer !

 

Fin de la première partie de cet édito. Dans la seconde partie, je ferais un focus sur quelques jeux que j’ai eu l’occasion de tester sur tablette lors de la préparation de cet article.

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