• RSS
  • Facebook
  • Twitter
  • Google Plus

ANALYSE :Les Revenants, métaphore de notre destin national ?

par John Plissken - Le 13 décembre 2012 Dossier, TV

 

Camarades lectrices et lecteurs, Plissken speaking ! Le texte que vous vous apprêtez à lire est l’oeuvre du journaliste média Stéphane Boulan, qui s’est gracieusement fendu pour le Daily Mars d’un billet d’analyse sur Les Revenants, série dans laquelle il décèle une métaphore, voulue ou non de la part des auteurs, du déni de crise dans lequel serait plongé notre pays. Un angle d’observation qui personnellement m’avait échappé mais que je trouve suffisamment intéressant pour vous le faire partager. A vous de juger !

 

« D’habitude, quand une fiction sur les zombies voit le jour, la critique y voit une métaphore de la société. Elle le fait pour les séries américaines, mais, à ma connaissance, elle ne s’est pas posé la question pour Les Revenants, pure création française. Personnellement, j’en ai vu une, de métaphore. Elle m’a même sauté aux yeux. Les auteurs de la série diront qu’ils n’y avaient pas pensé. Sauf que les circonstances font que…

Ce qui frappe dans la série de Canal +, c’est cet archétype de ville française, tranquille et plutôt prospère, théâtre des événements. Et si nous étions nous-mêmes ces morts-vivants revenus assister au déclin de la France ?

C’est une petite ville d’une vallée des Alpes. Dans Les Revenants, il s’y produit des phénomènes étranges : des morts – enfants, frère, fiancée, épouse… – reviennent d’outre-tombe. Ils ne veulent a priori aucun mal aux vivants, juste reprendre leur place parmi eux. Ils sont en pleine santé et ignorent qu’ils sont morts. La stupeur des retrouvailles passée, les habitants finissent par accepter plus ou moins leur présence. On ne sait pas pourquoi ni par quel procédé ces mort-vivants ressuscitent. On ne nous le dit pas et on ne l’apprendra sans doute pas davantage au fil des autres saisons. Si vérité il y a, elle est ailleurs.

Mais revenons à cette agglomération, théâtre des événements. Regardons-la de près, comme nous y invite d’ailleurs le réalisateur qui a soigné son décor : ses lotissements aux pavillons proprets, ses HLM, son église, sa gendarmerie, sa bibliothèque, son hôpital, son lycée, son barrage. Seule incongruité : un diner à l’américaine en bord de route, clin d’œil au mythique Twin Peaks de David Lynch, son atmosphère inquiétante et ses questions restées sans réponse. Mais à ce détail près, elle est bien de chez nous, cette cité. On est même dans l’archétype de la ville française.

Observons ses habitants maintenant : des gendarmes, une bibliothécaire, une infirmière libérale, un permanent de centre d’accueil, un patron de bar, un serveur de restaurant, des employés du barrage… Les autres, on ne sait pas. Et on pourrait penser, du coup, qu’ils ne travaillent pas. Vous suivez le raisonnement ? Une ville située dans une belle région, entre urbanisation et nature sauvage, dotée de tous les équipements derniers cris et où il fait d’autant mieux vivre qu’on est fonctionnaire ou ne travaille pas ou si peu.

Oui, c’est bien notre France qui transparaît ici, celle à qui certains en Allemagne, à Bruxelles et à l’intérieur de nos frontières reprochent de ne plus être assez productive à l’heure de la mondialisation et de ne pas vouloir remettre en cause son modèle économique et social. Une France qui ne bosse pas et où l’Etat et les collectivités financent tout : l’hôpital, l’école, la bibliothèque (il doit bien y avoir aussi un théâtre, une piscine ou une patinoire voire les trois)… Une France fière de son autonomie énergétique : ah, le génie d’EDF dont la centrale et l’impressionnant barrage alimentent en électricité et en emplois la région. Mais une France qui, elle ne veut pas encore le voir, en accepter l’idée, va se prendre la crise en pleine face vu qu’elle dépense plus qu’elle ne produit.

Et qui, on le sait, commence déjà à accuser le coup si on se rend dans la vraie ville ayant servi de décor au tournage (en l’occurrence Annecy et ses environs, en Haute-Savoie). Cette France emprunte, insouciante, de périlleux lacets de montagne et va rater son virage, à l’instar du car de la série qui transportait une trentaine de collégiens. Elle va s’abîmer, disparaître, mourir. Signes avant-coureur : quand les revenants apparaissent, les pannes électriques se multiplient, le lac du barrage se vide sans raison, laissant apparaître les vestiges d’un village traditionnel, et le gibier sort de la forêt et se précipite dans le lac où il se noie, mu par on ne sait quelle peur…

Et si c’était ça la clé des Revenants ? La série de Canal + comme métaphore de notre destin national. Ces morts surgissent en réalité non pas de l’au-delà mais du passé pour nous prévenir de l’imminence du désastre. De leur temps – et certains sont décédés trente-cinq ans plus tôt – le pays était insouciant et pouvait l’être, dépenser sans compter. On l’a fait d’ailleurs, avidement, investi tant et plus dans des infrastructures sans voir que même un Etat ne peut pas vivre à crédit. La France a peu à peu réduit son temps de travail au profit des loisirs. L’heure est venue de régler la douloureuse.

A moins, autre hypothèse, que nous ne soyons nous-mêmes, téléspectateurs, des zombies revenus non du passé mais du futur, conviés à contempler la chute de la France de 2012, encore prospère en apparence mais ayant déjà perdu son statut de cinquième puissance mondiale et de moteur de l’Europe, et promise, selon les cassandres, à la paupérisation pour ne pas dire la tiers-mondisation… Impression renforcée par l’atmosphère – lumière voilée, musique sourde – qui crée une distance entre cette réalité et nous, comme si nous étions derrière une vitre… ou un linceul.

Telle est l’idée qui m’est venue à l’esprit en regardant les Revenants, et c’est presque plus flippant que de voir se relever les morts ! Même si ce n’est pas le propos des auteurs de la série, le contexte de sa diffusion fait qu’elle entre en résonance avec l’actualité. Cette ville, idéal urbain français, sera-t-elle la même dans cinq ans ? Mieux vaut ne pas y penser en regardant Les Revenants, ça vous gâcherait votre plaisir. Mais autant être prévenu. Comme le dit l’ado du car à un autre ressuscité, car certains ont quand même de l’humour : « Entre zombies, faut bien qu’on s’entraide ».

Stéphane Boulan

Les Revenants (8×52′), une série créée par Fabrice Gobert. Diffusion des épisode 7 et 8  le 17 décembre sur Canal+.


Journaliste pigiste ciné/séries/entertainment depuis 1999, schizophrène depuis la création de son précédent blog John Plissken of Mars en 2008, Philippe Guedj a suivi le parcours classique du fanboy : premier Strange à cinq ans, Goldorak et Star Wars à 7, L’Homme qui valait 3 milliards, Magnum et Hill Street Blues entre 7 et 10, Zombie en VHS à 14, Assaut et Blade Runner à 15, Homicide à 27… liste sur demande ! Devrait s’arrêter de parler de lui à la 3e personne.

5 réponses à des années-lumières.

  1. Deprimator dit :

    Eh ben… Les z’amis…
    C’est la pêche ! Youpiland !!!
    Bon ça une série de fiction qui n’est en fait qu’un simple miroir de notre futur proche…
    Une fable relatant notre fin apocalyptique…
    Bref, « MORITURI TE SAULTANT »…
    Allez je vous laisse, fô que j’aille ouvrir le gaz, me taillader les veines, finir mon verre de comprimés, serrer mon nœud de corde…
    Et ah au fait… Camaaaaaaaaaaaaaaaaaaaargh…

  2. Alain Carrazé dit :

    C’est une vision personnelle. Celle de l’auteur de l’article qui projette sans doute ses propres interrogations dans une œuvre qui n’en demandais pas tant… mais qui est, peu ou prou, le reflet de notre société.
    Après tout, à l’époque ou X Files cartonnait, un partis politique français avait bien tenté d’assimiler sa lecture de la société française au « la vérité est ailleurs » conspirationniste de la série, par pure tentative de récupération.
    Chacun y voit ce qu’il souhaite y voir.
    Un peu comme un p’tit truc des années soixante avec un mec poursuivit par une grosse boule blanche… ;-)

  3. Gentledroid dit :

    La réflexion n’est pas fausse, elle est même plutôt bonne. Toutefois, la ville des Revenants est un fantasme bizarre… les HLM, le commissariat, en fait une ville moyennement importante. Mais elle ressemble beaucoup à un village de par la proximité des personnages. Tout le monde se connaît, y a un petit cimetière, un seul bar (et pas un PMU, wtf?!).

    Bref un fantasme hyper surveillé par des caméras de « vidéoprotection », sauf un tunnel ou plusieurs meurtres ont eu lieux.

  4. trohzen dit :

    bon en effet c’est une vision.

    Personnellement, je pense que cette série surfe sur la Zombie Wave venue des US et ,comme a notre habitude, on a bien intellectualisé le concept pour assumer la différence Culturelle Française.

Laisser un commentaire