#Analyse Sherlock Holmes, Variations sur un Même Thème (2/5)

#Analyse Sherlock Holmes, Variations sur un Même Thème (2/5)

C’est le premier janvier que débutera la quatrième saison de Sherlock, la transposition moderne du célèbre détective par Steven Moffat et Mark Gatiss. Pour l’occasion, Amandine s’est lancée dans un comparatif des dernières adaptations du personnage de Sir Arthur Conan Doyle. Une analyse complète, complexe en cinq parties, parce que Holmes n’en méritait pas moins.

Deux acteurs, deux Sherlock

1-sherlock-danceDu fait peut-être de sa forme (10 épisodes de 90 minutes répartis sur six ans), Sherlock a présenté d’emblée un personnage « abouti » dont la caractérisation n’a que peu évolué. En revanche, qui reverra les premiers épisodes de Elementary sera fort surpris d’y retrouver un Sherlock plus ordinaire, assez proche finalement des consultants classiques dont la télé raffole, façon Patrick Jane dans The Mentalist par exemple. D’ailleurs, le costume des débuts rappelle celui de House : tee-shirt un peu rock sous une chemise ouverte, dans un style négligé que la suite de la série contredira totalement. Il faut en effet attendre une dizaine d’épisodes avant que toutes les pièces (écriture, interprétation, costumes, coiffure, expressions du visage de plus en plus tendues) ne s’ajustent pour créer un personnage qui dorénavant ne bougera plus.

L’interprétation de Cumberbatch et celle de Miller ne sauraient être plus éloignées. En effet, Cumberbatch a une certaine souplesse avec laquelle Moffat et Gatiss jouent volontiers, ce qui renforce l’imagerie héroïque de la série avec notamment la figure du « héros au long manteau » (que l’on retrouvait déjà chez le Docteur de Tennant et chez Jack Harkness, bien que les personnages aient des personnalités différentes). C’est d’ailleurs largement mis en valeur dans la dernière scène de The Sign of Three (3×02) : à l’issue du mariage de Watson, on voit Sherlock quitter la salle, enfilant avec classe son long manteau sur fond de musique avant d’être avalé par la nuit. Sa solitude est mise en scène de manière très romantique : il est le héros qui a fait son devoir et s’en va vers d’autres aventures.

Si le mal-être de Cumberlock est largement suggéré, le Sherlock de Elementary souffre bien plus explicitement de son isolement, ce qu’il confie dans cette scène (3×18, The View from Olympus) : « C’est une souffrance. Tout ça. Tout ce que je vois, tout ce que j’entends, touche, sens. Les conclusions que je suis capable d’en tirer. Les choses qui me sont révélées. La laideur. » De fait, l’interprétation de Jonny Lee Miller souligne cette différence : bien que très athlétique si besoin, le Sherlock de Elementary est raide, plus nerveux qu’énergique, la chemise toujours boutonnée trop haut jusqu’au dernier bouton, le pantalon souvent un peu trop court, le dos légèrement voûté. Là où Cumberbatch donne l’impression d’évoluer avec une certaine grâce, détaché d’un environnement qu’il ne voit que comme un décor à analyser, Miller semble toujours quelque peu menacé par ce qui 2-elemtaryl’entoure. Cela est explicitement souligné au début de l’épisode The Marchioness (2×07) : « Mes sens sont exceptionnellement, on pourrait même dire anormalement, affûtés. Et nous vivons une ère de distractions, un rythme éprouvant de sollicitations constantes. C’est une cacophonie… » Les deux personnages partagent cependant la même difficulté à établir des relations avec les autres, notamment du point de vue physique. Certes, les fans de Sherlock cherchent à monter en épingles une relation charnelle totalement impossible (avec l’assentiment d’un Moffat qui s’amuse des ambiguïtés alors qu’on sait pertinemment qu’il n’en fera jamais rien), mais l’écriture ne va jamais dans ce sens. D’ailleurs, Cumberlock et Millock partagent ce même inconfort vis-à-vis du contact physique, avec une grande différence cependant : Millock est fréquemment montré comme entretenant des relations sexuelles avec des jeunes femmes de passage, qu’il respecte mais avec lesquelles il ne crée pas de liens affectifs. En revanche et malgré sa relation étroite avec Joan Watson (« Elle est la personne que tu aimes le plus au monde » lui dit son frère), le contact physique est systématiquement montré comme problématique entre eux. À cet égard, deux scènes sont révélatrices : lorsque impuissante face à son émotion et à défaut de mots appropriés, 3-elementaryJoan pose sa main sur celle de Sherlock dans M (1×12), il lui signifie par le regard et par la parole que le mouvement le gêne. Et lorsqu’à la fin de la saison 2, Watson revient saine et sauve après son enlèvement, Sherlock se précipite vers elle avant de s’arrêter à quelques centimètres. Là où n’importe quelle autre série aurait mis en scène une accolade de soulagement, les scénaristes ont vraisemblablement choisi de respecter jusqu’au bout les particularités de leur personnage, quitte à priver le spectateur (et peut-être Watson elle-même) d’un contact physique attendu.

Amandine Srs
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