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#AndNowForSomethingCompletelyDifferent : Monty Python Chante

#AndNowForSomethingCompletelyDifferent : Monty Python Chante

Au cœur du mois d’août, l’actualité musicale ressemble souvent aux rues des grandes villes françaises, désertées par leurs habitants partis voir ailleurs s’ils y sont, ce qui est, malheureusement pour les autochtones de cet ailleurs, souvent le cas. Du coup, pourquoi ne pas se faire plaisir et redécouvrir ensemble la carrière musicale du groupe de comédiens les plus drôles de l’univers connu ?

D’autant plus que nos amis d’Arte ont préparé le terrain avec leur thème estival Fish & Chips qui revisite les meilleurs aspects de la culture britannique pour nous autres pauvres froggies terriblement envieux de tant de génie alors que, tout de même, ces gens-là ne sont qu’à une heure de bateau de nos côtes.

Pour ceux qui débarquent justement, Monty Python est une troupe d’humoristes anglais pour la plupart ayant sévi sur les ondes de la BBC de 1969 à 1974, composé de John Cleese, Eric Idle, Michael Palin, Graham Chapman, du gallois Terry Jones et de l’américain Terry Gilliam. À la tête de leur émission Monty Python’s Flying Circus, nos six énergumènes ont tout simplement révolutionné la manière de concevoir l’humour grand public, y ajoutant une dose de subversion et une certaine poésie surréaliste dans l’art de pratiquer le grand n’importe quoi, nonsense dans la langue de Shakespeare. Sans oublier un grand nombre de poitrines féminines dénudées.

La musique également commence à faire des apparitions timides au sein (!) de l’émission d’une part avec notamment l’immortelle complainte du coiffeur voulant devenir bûcheron tout en se languissant d’assouvir certains penchants vestimentaires particuliers (Lumberjack Song), et d’autre part sur les albums du groupe.

Car en effet, dans les années 70, le magnétoscope n’existant pas ou très peu, la seule manière de réécouter les sketches du groupe était de se procurer les disques qu’ils enregistraient, composés de versions réarrangées de passages du Flying Circus et de chansons humoristiques, parfois innocentes (Eric the Half a Bee), parfois franchement obscènes (le génial Sit On My Face).

Fort de leur succès en Grande-Bretagne, ils décident de s’attaquer au reste du monde (et notamment aux USA, terre natale de Terry Gilliam) par le biais des télévisions publiques locales, mais surtout du cinéma. Après un premier long métrage anecdotique (And Now for Something Completely Different – 1971) composé de reprises des sketches les plus significatifs du Flying Circus, le premier véritable coup de semonce viendra en 1975 avec Monty Python and the Holy Grail (Sacré Graal par chez nous).

Relecture du mythe arthurien (intelligemment pillé une trentaine d’années plus tard par Alexandre Astier et son Kaamelott), le film va mettre un pied dans le monde du rock n’roll d’une manière inattendue puisqu’il sera financé, entre autres, par les membres de Pink Floyd et de Led Zeppelin, les circuits traditionnels refusant de mettre un penny dans une production aussi potentiellement stupide.

Car si Monty Python pouvait revendiquer un nombre de fans grandissant chez les jeunes générations, la vieille Angleterre (et les dirigeants de la BBC en particulier) ne comprenait pas grand-chose à cette nouvelle forme d’humour. Pire, elle voyait d’un assez mauvais œil de se faire brocarder en permanence par une bande d’ahuris chevelus qui trouvaient amusant de se déguiser en gang de vieilles femmes !

Malgré le succès de Sacré Graal, il fallut une fois de plus en passer par un financement privé pour produire le second véritable long métrage des Monty Python, Life of Brian (La Vie de Brian – 1979), et cette fois c’est George Harrison des Beatles qui s’y colla, allant jusqu’à hypothéquer sa propre maison pour la simple raison qu’il avait « envie de voir le film ».

Relatant la vie de Brian donc, prophète malgré lui et contemporain de Jésus-Christ, le film n’est pas seulement la comédie la plus drôle jamais tournée (point de vue personnel, étayé par le fait que votre serviteur a été témoin à deux reprises d’un phénomène proche de la légende urbaine pendant son visionnage, à savoir des spectateurs riant au point de pleurer et de s’uriner dessus), c’est également l’occasion pour Eric Idle de composer et d’interpréter une chanson presque aussi universelle qu’Imagine ou We Are the World, à savoir Always Look on the Bright Side of Life.

Dans une ambiance prodigieusement blasphématoire (des crucifiés attendant la mort sur la colline du Golgotha), Idle entonne un air léger rythmé par des sifflotements entraînants, enjoignant les spectateurs à prendre la vie du bon côté puisque de toutes façons, à la fin, on y passe tous ! Formidable pied de nez à la religion sous toutes ses formes, au fanatisme imbécile, au sectarisme qu’il soit spirituel ou politique, La Vie de Brian et cette petite chanson innocente redonnent foi en l’humanité, tout simplement.

Mais le film qui va permettre aux Monty Python de donner libre court à leur amour de la musique est encore à venir, et comme dans moult bonnes histoires tout finit par des chansons, il s’agira de leur dernier long métrage en tant que groupe, The Meaning of Life (Le Sens de la vie – 1983).

Depuis le générique animé de main de maître par Terry Gilliam à la charge hilarante contre la phobie des catholiques pour la contraception (Every Sperm Is Sacred) en passant par la mise en perspective de notre place dans l’univers (Galaxy Song), Le Sens de la vie distille ses messages avec un sourire narquois sous couvert de comédie musicale légère alors même qu’on y pratique du don d’organe sur personne encore vivante et que des litres de vomi se déversent dans un restaurant chic français !

C’est là tout le génie des Monty Python. Et ce n’est pas moi qui le dit, il n’y a qu’à voir la liste interminable de personnalités qui se réclament de l’héritage pythonesque, des Nuls aux Robins des Bois chez nous jusqu’aux stars du Saturday Night Live aux USA (Mike Myers, Bill Murray et Dan Aykroyd en tête). Et même parfois certaines personnes incongrues telles que le scientifique Stephen Hawking qui, faisant preuve d’une autodérision forçant le respect, a enregistré sa propre version de Galaxy Song avec la complicité des Pythons !

So british…

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