ANNA : CHAPKA ET PETITE CULOTTE

ANNA : CHAPKA ET PETITE CULOTTE

Note de l'auteur

En pleine guerre froide, une espionne russe en string massacre des tas de nuisibles. Misogyne, bas de plafond, obscène : le naufrage de Luc Besson.

 

Anna est un film lamentable.

Luc Besson, 60 ans, est un cinéaste lamentable.

Toute son « œuvre » est placée sous le signe de la médiocrité. Totale, absolue, définitive. Si Le Dernier Combat ressemblait à une bonne surprise au sein d’un cinéma français sclérosé, le reste de sa filmographie a rarement dépassé le niveau du caniveau, que cela soit Le Grand Bleu, Malavita, Nikita, The Lady, Les Minimoys, Subway, Angel-AJeanne d’Arc ou l’abject Léon. Du rien, mais enrobé avec de belles couleurs et des images qui bougent. Devenu le parrain du ciné français, Luc Besson s’est réinventé en entrepreneur à l’américaine et a fondé sa boîte, EuropaCorp. Pendant des années, il a usiné des nanars en série, pensé pour un public populaire : Le Transporteur, Yamakasi, Taxi, Banlieue 13 et autres Taken. Du cinéma bourrin, avec des bastons mal filmées, des filles pré-pubères sans culotte et des poursuites en BMW et/ou Mercedes. Insignifiants, misogynes (les femmes sont des nymphos hystériques), xénophobes (les Albanais moustachus sont tous des proxos, les cheiks arabes obèses et pédophiles, les Asiatiques fourbes et cruels), ces nanars véhiculent souvent une idéologie rance, où Luc justifie la loi du talion ou la torture quand c’est pour la bonne cause.

La honte du cinéma français.

Depuis Angel-A, le vent a tourné pour Luc Besson. En 2006, ses films marchent moins et il annonce même qu’il passe la main et arrête la mise en scène. « J’ai envie de m’occuper un peu de mes concitoyens, j’ai envie de m’occuper un peu de ma planète. Ça me paraît un peu normal, tout doucement, de commencer à rendre aux autres. » Bien sûr, il ne rendra rien ! Son public a vieilli, les jeunes ne le calculent même pas. En 2014, il cartonne pourtant avec Lucy, film très con sur l’intelligence, dans lequel Scarlett Johansson se métamorphose en clé USB. En 2017, c’est le coup de grâce et Luc se prend un râteau en béton armé dans les dents avec le misérable Valérian, du Z pas drôle avec une bande d’aliens et d’humains qui se battent pour le dernier hérisson de l’espace qui fait caca des trucs. Depuis, EuropaCorp connaît de grosses difficultés financières, Luc se débat avec des accusations d’abus sexuels et tente de se refaire la cerise avec une petite production de 30 millions, Anna, tourné en 2017. Le résultat est une cata industrielle, un objet étrange, déjà obsolète, sorte de remake obscène de Nikita, avec des méchants Soviets, des tops models en string, des guns, une poursuite asthmatique en Mercedes, une petite scène saphique, des doubles-saltos dans la gueule de méchants moustachios, bref, une compil-remix-best of du cinéma moisi de Besson.

 

Fin des années 80. Anna est blonde, porte une chapka et roule les RRRRR. Donc elle est russe. D’ailleurs, elle déclare « I wolk fol KGBiiii, baby ». Recrutée par le KGB, elle fait mannequin anorexique à Paris le jour (et pose des photographes folles hystériques), et dessoude les ennemis de l’URSS la nuit. Mais en culotte et porte-jarretelles, c’est plus pratique. Ce n’est pas un film, c’est le catalogue de La Redoute. Retournée par un cadre de la CIA, elle se métamorphose en agent double voire triple, multiplie les massacres, couche avec le KGB et la CIA, en rêvant de liberté…

 

On se doute bien que Luc Besson ne doit pas bosser plus qu’un quart d’heure sur un scénario (un chauffeur de taxi + une BMW + un yamakasi + une bimbo décolorée qui pose sa pêche avec sa petite culotte en bas de jambes + des méchants Albanais = un carton en salles), en sirotant une caïpirinha au bord de sa piscine hollywoodienne. Ici, il a battu son record. Il a transposé le script de Nikita en URSS en changeant trois prénoms. Pour maquiller le bouzin, il multiplie les retournements de situations et joue avec la temporalité, mais son film reste un concentré de bêtise et le spectateur qui cherchait un peu de climatisation au cœur de l’été termine les deux heures (2 !) de projection en bavant. En plus de la narration bas de plafond et la misogynie crasse qui irrigue chaque microseconde, la pauvreté formelle de l’ensemble enterre définitivement le « film ». Séquences disjointes, bastons illisibles, acteurs en roue libre : c’est aussi passionnant que de regarder un évier se vider. Comme absent au film et à lui-même, Besson accumule les scènes de dialogue explicatif, mais semble incapable de diriger Sasha Luss, aussi charismatique qu’une étagère, d’emballer la moindre scène d’action excitante (hello John Wick), de faire naître la moindre tension, même érotique. Son intérêt semblant s’éveiller – à peine – quand il faut filmer sous les jupes d’une fille… очень плохой фильм.

 

Aux dernières nouvelles, Anna s’est bien sûr plantée aux USA et devrait vite s’effondrer en France. Il y a un proverbe qui dit que l’on ne frappe pas un homme à terre. Pourtant, il est impossible d’évoquer Anna sans mentionner la plainte pour viol en mai 2018 de la comédienne hollandaise Sand Van Roy à l’encontre de Besson. La plainte a été classée sans suite en février 2019 (mais d’autres femmes ont brisé l’omerta), et Besson a bien sûr coupé les quelques scènes de Sand Van Roy – tournées entre Moscou et le parc Monceau – de la version définitive d’Anna. Besson ose tout, c’est même à cela qu’on le reconnaît, mais comment peut-il usiner ce nanar dont l’héroïne, femme-objet soumise aux fantasmes des hommes, est obligée d’écarter les jambes pour survivre, se rend dans les salons des palaces, attend un coup de fil, avant de monter baiser avec son client ? Sérieusement ?

Quand tu regardes un film de Luc Besson, tu as l’habitude de contempler le néant.

Ici, c’est simplement obscène et dégueulasse.

Tu te sens complice, sali.

À fuir…

 

 

Anna
Réalisé par Luc Besson
Interprété par Sasha Luss
En salles le 10 juillet 2019

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